Lyon: Deux plaintes déposées contre des policiers, accusés d'avoir tabassé «gratuitement» deux étudiants

INFO 20 MINUTES L'une des victimes âgée de 19 ans, qui souffre notamment d'une facture au poignet, a subi 100 jours d'ITT

Caroline Girardon

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Illustration d'une voiture de police de nuit, ici à Rennes.
Illustration d'une voiture de police de nuit, ici à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Deux étudiants de 19 ans viennent de porter plainte contre deux fonctionnaires de police de Lyon.
  • Ils disent avoir été agressés «gratuitement» alors qu'ils rentraient de soirée.
  • Les deux fonctionnaires, identifiés, doivent être entendus.

De multiples contusions au thorax et aux jambes, une fracture du scaphoïde et une ITT de 100 jours. Deux étudiants de 19 ans en DUT technique à Lyon ont déposé plainte le 22 février contre X pour « violences volontaires aggravées » après avoir été violemment passés à tabac par deux agents des forces de l’ordre. » « Il s’agit d’une bavure totalement gratuite », confie à 20 Minutes Jean-Christophe Basson-Larbi, l’avocat de Benoît, l’un des deux étudiants.

Les faits présumés se sont déroulés dans la nuit du 20 au 21 février vers 3 h 30 aux abords de la place Saint-Nizier, dans le 2e arrondissement de Lyon. Ce soir-là, Benoît rentre de soirée avec son meilleur ami, Florent, originaire de Saint-Etienne. Il propose de marcher un peu et de le raccompagner rue Mercière, où il réside.

Frôlés par un véhicule de police

« Benoît marchait sur le trottoir et Florent se trouvait sur la chaussée, juste à côté, lorsqu’une voiture de police sérigraphiée les a frôlés. Florent, qui a manqué de se faire écraser, a crié “Attention” », raconte l’avocat. Peut-être un peu trop fort ? Les garçons concèdent qu’ils avaient consommé de l’alcool et même tiré quelques bouffées sur un joint. Ils disent surtout avoir été « surpris par les feux » du break. Soudain, la voiture pile. Trois personnes en sortent. Deux hommes et une femme.

Dans l’une des deux plaintes que 20 Minutes a pu consulter, Benoît explique que le « plus petit » des fonctionnaires s’est alors dirigé vers son copain pour « le pousser au niveau du torse ». Le jeune homme bute alors sur le trottoir et tombe en arrière. Sa tête percute le sol. « Sa casquette est partie dans les plantes qui se trouvent sur le rond-point », précise l’étudiant, ajoutant être intervenu « pour calmer les choses ».

« Barrez-vous, bande de petits cons »

« J’ai dit quelque chose comme “arrêtez, on n’a rien fait”. Mais je n’ai pas prononcé d’injures pour ne pas mettre de l’huile sur le feu », assure la victime dans sa déposition. La suite : « Le plus grand » des policiers s’est tourné vers lui et a effectué une « balayette », le faisant chuter à son tour. S’ensuivent plusieurs coups de pied. La policière, sommée par ses collègues de gazer les deux garçons, ne s’exécute pourtant pas.

Les étudiants tentent de partir. « Ils nous ont dit “barrez-vous bande de petits cons si vous ne voulez pas finir en garde à vue” », ajoute Benoît dans sa plainte. Et d’avancer au sujet de l’agression : « Florent est typé. Son père est d’origine algérienne. Est-ce à cause de ses origines ? Je ne sais pas. » L’étudiant ne fait en tout cas aucune mention d’injures racistes prononcées à leur encontre.

Les deux fonctionnaires identifiés

L’avocat a écrit au parquet de Lyon afin de demander l’exploitation des caméras de vidéoprotection. « Ils n’étaient pas en train de crier dans la rue, ni d’uriner contre des façades ou de bloquer la circulation. S’il y avait eu quoique ce soit à leur reprocher, s’ils avaient été à l’origine des violences, ils auraient dû être placés en garde à vue ou en cellule de dégrisement. Là, les policiers sont partis sans même les interpeller », argumente Jean-Christophe Basson-Larbi.

« Mon client et ses proches sont particulièrement choqués par cette agression totalement gratuite qui ne peut en aucune façon être qualifiée de légitime défense et d’emploi de la force nécessaire au maintien de l’ordre public », conclut-il.

« Le pôle de commandement discipline et déontologie de la DDSP du Rhône a été saisi de l’enquête », indique ce mardi matin le parquet de Lyon, ajoutant que les deux fonctionnaires « d’ores et déjà identifiés », « doivent être entendus très prochainement ».