VIDEO. Violences conjugales: «J'ai vu des pleurs et des cris!» Adil Rami s'engage pour une asso

INTERVIEW Le défenseur de l'OM Adil Rami lance la campagne «contrer les frappes». Il explique cet engagement dans une interview touchante

Propos recueillis par Jean Saint-Marc

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Adil Rami lance en mars 2019 une campagne contre les violences conjugales (archive).
Adil Rami lance en mars 2019 une campagne contre les violences conjugales (archive). — D. Vincent / AP / SIPA
  • Adil Rami a été le témoin d'un féminicide en 2008, alors qu'il jouait à Lille. 
  • Il a donc décidé de s'engager contre les violences conjugales en devenant l'égérie d'une campagne du mouvement Positive Football et de l'association Solidarité Femmes.
  • Cette campagne, intitulée «contrer les frappes», veut inciter les femmes à appeler le 3919.

Interview piquante, interview poignante. 20 Minutes a déjeuné avec Adil Rami, ce lundi midi. On a découvert que le défenseur de l’OM mange beaucoup trop épicé. On a découvert aussi un mec sensible derrière le sniper de la vanne, l’homme qui vous appelle « khouya » et qui chambre non-stop. Un Rami émouvant quand il évoque la mort de Clélia, tuée par son compagnon en 2008. Avec le mouvement Positive Football et l’association Solidarité Femmes, Adil Rami lance la campagne « contrer les frappes » pour lutter contre les violences conjugales.

Pourquoi avoir choisi cette cause ?

Je ne cherche pas à embellir mon image, à essayer de me rassurer et de me dire : Dieu me regarde, au moins j’ai fait ça ! Je voulais vraiment m’investir mais dans quelque chose de fiable. Ils m’ont demandé les actions qui m’intéressent… La première chose, c’était la cause des femmes battues. Depuis des années. Le déclic, c’est la mort de Clélia en 2008 près de Lille. J’étais très ami avec son père. Un matin, Clélia a été retrouvée morte dans une rivière, tuée par son copain. J’étais en plein milieu de cette tragédie, j’ai vu des pleurs, j’ai vu des cris. Elle avait 18 ans ! C’est chaud, on ne peut rien faire pour aider la famille, pour les rassurer, c’est beaucoup trop fort.

C’est resté en moi pendant ces années, quand je vois qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Et c’est même tous les deux jours depuis le début de l’année. J’en ai reparlé avec son père… Eric ne veut pas qu’on oublie sa fille mais son message c’est : « Si on peut, grâce à Clélia, sauver d’autres vies… »

La campagne a débuté ce lundi 4 mars 2019.
La campagne a débuté ce lundi 4 mars 2019. - La Fourmi

Pourquoi ne pas s’être engagé plus tôt ?

J’ai essayé de m’investir dans une association mais ils ne m’ont pas pris au sérieux. J’ai mis ça de côté, j’ai fait d’autres choses : je participe à des ventes aux enchères, je mets souvent de l’argent dans des cagnottes pour des enfants ou des personnes handicapées… Mais on ne sait pas forcément où va l’argent.

Pamela me tapait sur les doigts : “T’es footballeur, t’es beau, t’as tout ce que tu veux. Maintenant, sois actif !” »

Est-ce que le fait que votre compagne Pamela Anderson soit très engagée, ça vous a incité à relancer ce projet ?

Elle est fière de moi parce que je me rends utile. C’est une cause qu’elle a déjà défendue, mais c’est vrai qu’elle est tellement active… Elle me tapait sur les doigts, elle me disait : « T’es footballeur, t’es beau, t’as tout ce que tu veux. Maintenant, sois actif ! »

Vous avez déjà eu des retours ?

Dimanche après le match, deux supportrices m’ont arrêté. Deux personnes, dont une qui me dit qu’elle est en train de vivre ça : « Comment je peux m’en sortir ? » C’est vachement dur de lui répondre. Je ne savais pas quoi lui dire, si ce n’est : faut appeler le 3919. Une autre femme m’a dit : « Une de mes amies se fait violenter, est-ce que je dois la dénoncer à la police ou au 3919 ? » C’est pareil, je ne sais pas quoi répondre à ça.

Il y a une tradition macho dans le foot, on traite les adversaires de fillettes… Est-ce que le foot est un milieu sexiste ?

Ça va plus souvent sur le terrain de l’homophobie, en fait. « Fillette, tapette, tarlouze », tout ça, c’est homophobe. C’est inconscient, ce sont des métaphores, mais ça peut blesser. En vieillissant, j’essaye d’y faire attention, de ne plus trop dire ça.

Avez-vous côtoyé des joueurs qui étaient violents avec leurs compagnes, au moins verbalement ?

J’ai connu ça à Lille, pas des joueurs mais dans l’entourage. C’était une sorte de mode, un style, pour se faire respecter vis-à-vis de ses copains. Ils parlaient très mal au téléphone : « Tu sors pas espèce de grosse pute, reste à la maison ! Si tu bouges une oreille, t’es mal… » Pour la fille, c’était peut-être le début de gros problèmes et je ne m’en rendais pas compte. Ça me faisait rire, même. En fait, faut tourner ça en ridicule. T’es pas un bonhomme si tu parles comme ça à une fille. Si tu penses que t’es viril, c’est exactement l’inverse. Etre viril, c’est respecter les femmes.