Alsace: Des centaines de personnes se rassemblent devant le cimetière juif profané

REPORTAGE Un rassemblement a réuni plusieurs centaines de personnes dimanche matin devant le cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), profané le 19 février

Alexia Ighirri

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Alsace: Rassemblement au cimetière juif de Quatzenheim, profané le 19 février Lancer le diaporama
Alsace: Rassemblement au cimetière juif de Quatzenheim, profané le 19 février — A. Ighirri / 20 Minutes
  • Une dizaine de jours après la profanation du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), plusieurs centaines de personnes se sont réunies à l'occasion d'un rassemblement organisé par la mairie dimanche en fin de matinée.
  • Ce moment de recueillement et de soutien à la communauté israélite de la région a  été l’occasion pour chacun d’appeler à faire barrière à « une banalisation » de ces actes face à la résurgence des « démons de l’antisémitisme ».

Il a fait gris ce dimanche matin dans le Bas-Rhin. Une météo en accord avec la mine affichée par beaucoup en fin de matinée à Quatzenheim, inquiets par la multiplication des actes antisémites en France, et plus particulièrement dans leur région. Il y a bien sûr eu, le 19 février, la profanation du cimetière juif de ce village situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg, devant lequel la mairie a organisé un rassemblement ce dimanche matin. La veille, cependant, tous apprenaient  la profanation de la stèle de l’ancienne synagogue des Halles de Strasbourg.

C’est dans ce contexte que 200 à 400 personnes – représentants des cultes, élus, riverains croyants, de toutes confessions, ou non croyants — se sont amassées pendant près d’une heure devant le cimetière israélite, dont les 96 tombes profanées ont depuis été nettoyées.

Faire barrière aux « démons de l'antisémitisme »

« Ça suffit, ça suffit ! Nous voulons vivre ensemble ! Dans la paix, le respect de l’autre, de ses convictions politiques ou religieuses », a scandé le maire de Quatzenheim, Christian Libert, agréablement surpris par le nombre de participants et l’émotion qu’a suscité ce rassemblement : « On nous avait demandé d’en faire un rapidement. J’ai pensé qu’il ne fallait pas faire quelque chose à chaud. Et je ne le regrette pas, parce qu’entre-temps, il y a eu une prise de conscience, indique-t-il. Dans le village, il y a eu un grand étonnement que cela puisse arriver ici. On s’aperçoit que tout le monde est vulnérable. »

Ce moment de recueillement et de soutien à la communauté israélite de la région a en effet été l’occasion pour chacun d’appeler à faire barrière à « une banalisation » de ces actes face à la résurgence des « démons de l’antisémitisme ». Aux discours ont succédé la lecture de poèmes par des enfants, des chants et un moment de prière.

« Je n'arrive pas à comprendre »

Pour le Strasbourgeois Roger, il était évident de se rendre au rassemblement à Quatzenheim « pour être solidaire » : « Depuis un moment les choses s’empirent et deviennent de plus en plus fréquentes. S’il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre, c’est de s’attaquer aux morts. On a atteint le sommet de l’incompréhension. A chaque fois, ça me bouleverse, confie le septuagénaire, ému. Je n’ai jamais vu, dans les pays que je visite pour des missions humanitaires, des violations de sépultures. En France, c’est devenu possible et fréquent… »

Roger sera interrompu par Raphaël, résidant un autre village bas-rhinois, accablant l’inaction de l’Etat et s’interrogeant : « Je ne sais pas si on a encore notre place ici. Pourquoi est-ce qu’on ne nous laisse pas vivre comme les autres ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Je ne me sens plus Français. »

Francis, dont la tombe de son père a été profanée à Quatzenheim, a tenu à rappeler la participation des Juifs à la vie de la cité. Et d’émettre un dernier souhait : « Espérons que l’avenir soit plus paisible et que le vivre-ensemble ne soit plus un vain mot mais une réalité. »