VIDEO. Marseille: «Je touche à peine un SMIC !» Un ramasseur de trottinettes Lime se confie

REPORTAGE « 20 Minutes Marseille » a passé une soirée à ramasser des trottinettes Lime. Un jeu de piste parfois compliqué et pas forcément très rémunérateur

Jean Saint-Marc

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Les trottinettes Lime sont ramassées chaque soir par des «juicers» rémunérés.
Les trottinettes Lime sont ramassées chaque soir par des «juicers» rémunérés. — M. Fourmy / SIPA
  • Les personnes qui ramassent et rechargent les trottinettes électriques Lime sont payées cinq euros par engin ramassé.
  • L’opération prend environ une heure et demie mais exige de se lever au petit matin pour que les trottinettes soient disponibles à 7 heures du matin.

On la pistait depuis cinq bonnes minutes dans les ruelles du quartier Saint-Tronc. Et voilà qu’on croise cette trottinette Lime lancée à 25 bornes à l’heure sur la piste cyclable… « Eh ben c’est foutu, c’est sûr que c’était celle-là », soupire Louis Dansereau, « juicer » pour la société Lime​, à Marseille. Un « juicer », concrètement, ramasse les trottinettes en bout de course, les recharge à son domicile puis les dépose au petit matin devant des lieux où elles sont très demandées : les terminus de métro, par exemple.

Ce soir-là, Louis a ramassé quatre trottinettes, entassées dans le coffre de sa petite voiture. Il a vadrouillé environ une heure dans Marseille, avec son smartphone dans une main : une carte indique où sont les trottinettes déchargées. Et à partir de 21 heures, toutes les trottinettes doivent être ramassées, même si elles ont encore de la batterie. « Ils ont très peur du vandalisme », souffle Louis. A raison, d’ailleurs : on trouve déjà beaucoup de trottinettes vertes au fond du Vieux-Port ou dans l’Huveaune.

26 centimes d’électricité par trottinette

Louis, qui dans la vie est conseiller immobilier, sort en général vers 20 heures 30 pour faire sa collecte. « Il faut se dépêcher, les gros joueurs arrivent avec leurs camions à 21 heures et ramassent tout », poursuit le « juicer », qui assure que des altercations éclatent parfois, à Paris notamment, quand deux personnes se disputent une trottinette.

Louis peut mettre quatre trottinettes dans le coffre de sa voiture.
Louis peut mettre quatre trottinettes dans le coffre de sa voiture. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Une recharge rapporte en effet cinq euros – un peu plus si l’engin était difficile d’accès. Avec ses quatre chargeurs, Louis empoche donc 20 euros par nuit de charge… Pour environ une heure et demie de travail. « La partie pénible, c’est qu’il faut se lever vers 5 heures du matin pour que les Lime soient disponibles avant 7 heures », poursuit Louis. Il a fait ses calculs : son salaire horaire, « c’est à peine le SMIC », une fois retranchés les différents frais. L’électricité ne lui coûte pas grand-chose (26 centimes par trottinette) mais il faut soustraire quelques euros d’essence et l’entretien de la voiture.

« Je fais ça par idéologie »

« C’est d’ailleurs un peu débile de brûler de l’essence pour ramasser des engins électriques, se désole Louis. Mais je n’ai pas encore ma voiture électrique. » Ça viendra vite : ce Québecois, installé à Marseille depuis 2007, est un militant des transports électriques. « Je fais ça par idéologie, pas pour gagner ma vie… Et je n’ai jamais conduit de trottinette Lime », se marre Louis, qui a aussi installé deux prises devant sa maison pour recharger les « Totem », ces petites voitures électriques en libre-service.

Il a sorti 1.000 euros de sa poche pour cette petite installation et ne le regrette pas : « j’y crois à fond », lance cet (heureux) propriétaire d’un scooter électrique. Le seul « hic », c’est la vie familiale. « Mon fils adore quand on va chercher des « bébés voiture », raconte Louis. Ma femme, un peu moins : une heure de collecte le soir, ce n’est pas idéal pour la vie de famille ! »