Haute-Garonne: «Dans 30 ans, on aura un beau château»... Comment une petite ville a sauvé son trésor millénaire

PATRIMOINE Le château de La Salvetat-Saint-Gilles remonte au XIe siècle. Racheté par la commune dans un état de décrépitude avancée, il renaît peu à peu

Nicolas Stival

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Le château de La Salvetat-Saint-Gilles, près de Toulouse, en plein chantier.
Le château de La Salvetat-Saint-Gilles, près de Toulouse, en plein chantier. — N. Stival / 20 Minutes
  • Le château médiéval de La Salvetat-Saint-Gilles, en ruines, fait l’objet d’un plan de sauvegarde triennal.
  • La commune de la banlieue toulousaine peut compter sur le soutien des pouvoirs publics, mais aussi de la Fondation du Patrimoine, via notamment le loto promu par Stéphane Bern.

Depuis la fin du XIe siècle, il s’élève à 90 mètres au-dessus de la rivière Aussonnelle. Le château de La Salvetat-Saint-Gilles a été bâti par le comte de Toulouse Raymond IV entre 1088 et 1096 pour surveiller l’un des chemins d’accès à sa capitale, située une quinzaine de km plus à l’est.

Classé aux Monuments historiques depuis 2007, le bâtiment pourrait intégrer la catégorie des « chefs-d’œuvre en péril » si celle-ci existait, tant il a subi les outrages du temps. Inhabité depuis les années 1960, encore un peu plus abîmé après le passage de la terrible tempête Klaus en 2009, l’édifice a été acheté en décembre 2016 par la municipalité pour l’euro symbolique.

« La population avait été consultée en septembre 2016, explique François Arderiu, maire de cette commune d’environ 8.300 habitants. Un programme de trois ans de travaux de sauvegarde a été lancé. A son issue, le parc [d’une surface de 6.800 m2] sera ouvert au public. »

« C’est un grand malade »

Pour visiter le château, il faudra encore attendre, sans doute longtemps. « C’est un grand malade, souligne Jean-Louis Rebière, le très pince-sans-rire architecte en chef des Monuments historiques. On n’en est pas encore à la restauration. » Loin de là même, « au bout de 30 ans, on aura un beau château », ajoute le spécialiste.

Le premier plan triennal consiste humblement à mettre l’emblème de la ville hors d’eau et hors d’air : réparation des charpentes – celle du pavillon côté est s’est écroulée en mai 2017 - des 500 m2 de toiture, des planchers intérieurs, des fissures dans les murs… Coût total des travaux : 1,3 million d’euros pris en charge à 40 % par l’Etat. Le reste des dépenses est partagé à parts égales entre la région Occitanie, le département de la Haute-Garonne et la commune.

La vue depuis le sommet du château a quelque peu changé depuis l'époque de Raymond IV.
La vue depuis le sommet du château a quelque peu changé depuis l'époque de Raymond IV. - N. Stival / 20 Minutes

« Grâce au montant des subventions, le reste à charge de la commune [moins de 90.000 euros hors taxe par an] n’impactera pas nos impôts locaux », promet un panneau à proximité du chantier, sur lequel ont été conviés mercredi un peu moins d’une centaine de donateurs via la Fondation du Patrimoine.

Cette souscription a déjà rapporté 10.000 euros, auxquels il faut ajouter les 14.000 euros (qui pourraient encore faire des petits) du Loto du Patrimoine promu par Stéphane Bern. Sans oublier le mécénat d’entreprise, comme Terreal, qui fournit les tuiles Pompadour au coloris brun-noir « qui recréent la patine du temps qui passe », dixit la société.

Un château chamboulé au fil du temps

Les donateurs ont eu droit à un tour du propriétaire, pour contempler l’étendue des dégâts, mais aussi le fort caractère qui se dégage de ce bâtiment remanié, comme tout château, au fil de l’Histoire et au gré des modes. De l’époque de Raymond IV, il ne reste rien. La façade sud est la plus ancienne, avec des archères et des merlons de la fin du XIIIe siècle. Les mordus d’architecture médiévale apprécieront.

Les fresques du XVIIe siècle. Oui, il y a du boulot.
Les fresques du XVIIe siècle. Oui, il y a du boulot. - N. Stival / 20 Minutes

« Au XVIIe siècle, on a vidé et reconstruit l’intérieur, mais aussi dérégulé les niveaux », ajoute Jean-Louis Rebière. C’est de cette époque que datent les très belles fresques et les décors au pochoir au-dessus de la cour intérieure, dont certaines ont miraculeusement survécu à plus de 300 ans de pluie et d’infiltrations.

Capitouls et propriétaire guillotiné

Autres rescapés qui ont marqué l’histoire du château : les Capitouls venus chercher un air plus pur que celui de Toulouse, lors de l’épidémie de peste de 1481. Les magistrats de la grande ville voisine s’en sont mieux sorti que Pierre Emmanuel Marie de Reversat de Célès de Marsac, maître des lieux guillotiné à Paris pendant la Révolution, en 1794. La propriété avait alors été saisie, morcelée et vendue comme bien national.

225 ans plus tard, le château de La Salvetat-Saint-Gilles est un vieillard convalescent, dont on s’occupe enfin après un long abandon. « Quand ces travaux sur trois ans seront terminés, on se remettra autour d’une table pour décider de la suite », indique le maire François Arderiu. Le chantier ne fait que commencer.