VIDEO. Sexisme ordinaire: Comment éduquer nos filles en luttant contre les clichés sexistes?

SEXISME ORDINAIRE Parce qu'on sait aujourd'hui que les stéréotypes de genre cadenassent les femmes et qu'une des solutions viendra de l'éducation, voici quelques conseils pour tenter de faire le ménage chez soi dans les clichés

Oihana Gabriel et Emilie Petit à la vidéo

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Illustration d'une petite fille.
Illustration d'une petite fille. — Pixabay
  • A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, 20 Minutes s'est penché sur le sexisme ordinaire. 
  • L'occasion de revenir sur le poids de notre éducation mais aussi du rôle que les parents peuvent occuper dans cette lutte contre les clichés sexistes transmis aux filles.
  • Voici quelques conseils pour tenter de slalomer entre les pièges du sexisme omniprésent dans les livres, jouets et la société.

« Un déguisement de Peter Pan pour ta fille, tu es sûre ? » Il arrive que les efforts pour éviter d’enfermer nos filles dans les rêves de princes charmants se fracassent contre une société pas tout à fait dépouillée de ses préjugés sexistes. Beaucoup d’études et d’articles ont souligné le poids dans le devenir professionnel et familial de ces futures femmes des stéréotypes de genre transmis par les petites phrases des adultes, jeux, livres, publicités. Cette réflexion gagne du terrain à l'école. Et à la maison ? Sans ajouter aux diktats du parent parfait, 20 Minutes décline cinq astuces pour aider les parents à éviter les pièges du sexisme dans l’éducation des filles ( pour les garçons, c’est par là).

Exemplarité

« Ce soir, c’est papa qui cuisine et maman qui joue avec toi ! » Si cette phrase ne vous choque pas, c’est peut-être que vous appartenez à la minorité de couples qui se partagent de façon égale la charge mentale et domestique. Selon l’Insee, en 2010, les femmes effectuaient la majorité des tâches ménagères (71 %) et parentales (65 %). Autant dire qu’il reste du chemin et que, si l’on espère convaincre nos filles que leur place n’est pas cantonnée aux fourneaux, le plus simple serait de leur montrer l’exemple. Car les plus petits apprennent par mimétisme.

« Nous femmes, mères, tantes, amies, plus on va s’autoriser à être libres dans nos têtes et nos vies, plus on va transmettre ces valeurs, si on reste dans une relation toxique, qu’on se laisse écraser par nos chefs ou qu’on souscrit aux stéréotypes de genre, on perd cette opportunité pour nous, adultes, de changer », insiste Elise Morfin, éditrice pédagogique et militante connue pour être derrière le blog Maman, Rodarde.

Egalité de traitement et d’aspérités

S’interroger sur nos propres représentations et faire attention aux normes qu’on transmet, c’est un boulot à plein temps… « Il n’y a pas les Dix Commandements de l’éducation non sexiste, s’amuse Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme et auteure de Beyoncé est-elle féministe ?. Mon premier conseil serait d’éviter de se mettre la pression et de tomber dans la culpabilité, car, comme souvent, elle revient aux mamans ! Chaque petite graine que vous avez semée est précieuse. L’autre aspect, c’est de les traiter comme des enfants avant d’être une fille ou un garçon, donc de partir sans a priori, être très à l’écoute de ce dont ils ont envie que ça soit en termes de jouets, couleurs… » En laissant toutes les portes ouvertes.

« Il est important de répéter que les filles sont capables de faire les mêmes choses que les garçons », reprend Elise Morfin. Et donc que si elle souhaite faire du foot, du judo, de l’escalade, des jeux vidéo, rien n’est impossible. « Sans tomber dans le travers inverse qui serait de dévaloriser les activités typiquement féminines, on a aussi le droit d’aimer mettre des robes de princesses ! », avertit cette militante.

« Il arrive souvent que les mères, sans forcément en être conscientes, soient beaucoup plus tolérantes et laxistes avec leurs garçons qu’avec leurs filles notamment sur les tâches ménagères, regrette de son côté Marie-Pierre Badré présidente du Centre Hubertine Auclert et conseillère régionale chargée de l’égalité en Ile-de-France. C’est fondamental de demander autant à sa fille qu’à son fils. » Et donc d’éviter l’excuse courante du « il est remuant » pour un garçon » ou l’injonction pratique « tu dois être sage et douce » pour une fille…

Dépliants d’autodéfense antisexistes

Mais une fois qu’on a bien scanné nos réflexes, on doit aussi se confronter au reste du monde. J’ai testé pour vous et constaté que dès trois ans, filles et garçons croient déjà qu’ils n’ont pas les mêmes droits… Elise Morfin a trouvé une idée judicieuse pour clouer le bec à ceux qui se moquaient de son garçon de cinq ans adepte de vernis à ongles : des dépliants d'autodéfense antisexistes, un outil utilisé aujourd’hui jusqu’au lycée. On y trouve les réponses en images pour répliquer aux stéréotypes de genre. Et prouver que oui, une femme peut ne pas avoir d’enfant ou les cheveux rasés. « J’ai choisi un support visuel pour que les enfants qui ne savent pas lire puissent s’en servir, explique-t-elle. Et des exemples d’époques et de pays différents pour montrer qu’on ne fait pas partout pareil. Comme une invitation à changer les choses… »

Apprendre la confiance et à dire «non»

Autre sujet d’attention : éviter d’élever nos filles dans la peur des violences sexuelles. « Il est important d’apprendre aux filles, dès le plus jeune âge, la confiance en soi, la prise de risque raisonnée, écrit la féministe et blogueuse Valérie Rey-Robert, dans Une culture du viol à la française. Les filles ont le droit de s’habiller comme elles le souhaitent et rien ne justifiera jamais qu’elles soient harcelées, agressées ou violées. Les violences sexuelles sont toujours de la faute de l’agresseur, jamais de la victime. »

Sur ce pan complexe et tabou, Elise Morfin propose deux autres pistes : « d’abord, il faut apprendre aux filles à dire "non". On attend des femmes qu’elles prennent en charge, anticipent et répondent aux besoins de leur entourage, y compris au détriment des leurs. » L’autre exigence, c’est aussi que les filles connaissent mieux leurs corps, leur sexe, et qu’elles n’en aient pas honte. « On n’a pas éduqué les enfants dans l’idée que ce corps leur appartient, et pourtant ce n’est pas compliqué pendant le bain d’expliquer que personne n’a le droit de le toucher sans leur accord », souscrit Marie-Pierre Badré. Oubliez donc le baiser obligatoire à mamie, surtout contre un cadeau. « C’est encore pire quand la tendresse devient monnaie d’échange », renchérit Elise Morfin.

S’appuyer sur les livres

Les parents volontaires peuvent (depuis peu !) s’appuyer sur la littérature pour propager quelques idées progressistes et exemples de femmes inspirantes. Si les contes et romans favoris de notre enfance peuvent donner des haut-le-cœur, l’édition a bien identifié depuis une décennie l’intérêt de promouvoir des livres qui mettent à l’honneur des femmes modernes et parfois invisibilisées. Pour preuve, le best-seller Histoires du soir pour filles rebelles, la récente série  « Les Plumées », le décalé La revanche des princesses, l’inspirant Manon dit toujours non, le didactique La ligue des super féministes et quantité de conseils littéraires proposés par certains blogs et par l’association Adéquations. « Il y a une extraordinaire évolution : il y a dix ans quand on parlait d’éducation non sexiste, on nous reprochait de vouloir embrigader les enfants, aujourd’hui certaines maisons d’édition ou marques de jouets s’y intéressent… », se remémore la porte-parole d’Osez le féminisme. « On a même l’impression que c’est la mode d’avoir des ouvrages féministes », s’amuse Elise Morfin.

Viviane Albenga, maîtresse de conférence en sociologie à l’Université Bordeaux Montaigne et auteure de S’émanciper par la lecture met toutefois en garde : « A vouloir faire des héroïnes non stéréotypées, fortes et sans contradiction, on risque de créer de nouveaux standards. » Quant à lire les contes pas vraiment féministes, elle ajoute : « ce qui est important, ce sont les pratiques partagées : parler de ses lectures d’enfants, acheter des livres, lire ensemble, en discuter, nuance Viviane Albenga. Il n’y a pas de censure à avoir, l’important, c’est surtout d’en discuter après, de décortiquer les stéréotypes associés. Sinon l’idéologie patriarcale sera transmise, notamment à l’école, et sans contre-feu. »