Decathlon va commercialiser des «hijabs de running» en France

VENTE Le groupe français Decathlon a affirmé mardi «assumer complètement» la commercialisation prochaine d'un «couvre-tête» destiné aux pratiquantes de course à pied

Manon Aublanc

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Un magasin Decathlon.
Un magasin Decathlon. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Après Nike, H & M et Uniqlo, c’est maintenant au tour de Decathlon de se lancer dans la commercialisation de hijabs. Après l’apparition sur le site de l’équipementier, ce dimanche, d’un « hijab de running », plusieurs internautes et responsables politiques se sont indignés sur les réseaux sociaux. Après avoir expliqué que le produit avait été créé pour le marché marocain et que la publication de la fiche du produit sur le site français était une erreur, Decathlon a finalement annoncé que le « hijab de running » serait commercialisé en France dans les prochaines semaines.

« Ce vêtement en polyester permettra à celles qui décideront de le porter de gagner en confort lors de leurs séances », expliquait la page du produit, mise en ligne dimanche et supprimée depuis. Le hijab de course a été « testé plusieurs fois par 20 femmes qui portent habituellement le hijab », et « validé pour son confort et sa respirabilité », détaillait l’équipementier.

« C’est presque un engagement sociétal »

Dans les prochaines semaines, cet « accessoire initialement développé et commercialisé au Maroc, à la demande de pratiquantes locales de course à pied », sera « rendu disponible en France et partout dans le monde dans les magasins » Decathlon qui en feront la demande, a indiqué Xavier Rivoire, responsable de la communication externe de Decathlon United.

« Nous assumons complètement le choix de rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde. C’est presque un engagement sociétal, si cela permet à des coureuses de pratiquer la course à pied, nous l’assumons avec sérénité », a-t-il poursuivi. « L’engouement pour le produit a fait que nous nous sommes posé la question de le rendre disponible » ailleurs qu’au Maroc, a ajouté Xavier Rivoire, soulignant que « ce couvre tête laisse le visage libre et visible ».

Pour Decathlon, c’est « un produit dédié à un usage sportif »

« Ce couvre tête (Hijab Kalenji) a été cocréé avec nos équipes de Decathlon Maroc, qui souhaitaient rendre accessible cette pratique à toutes les sportives et futures sportives de leur pays. Nous mettons donc à disposition de tous les pays, toutes les villes, tous les magasins qui le souhaitent ce produit, il en revient néanmoins à la responsabilité de celui qui a la délégation de pouvoir de le valider à la commercialisation », a détaillé Angélique Thibault, la responsable de la marque Kalenji, au Figaro.

Cette dernière s’est dite « mue par la volonté que chaque femme puisse courir dans chaque quartier, dans chaque ville, dans chaque pays, indépendamment de son niveau sportif, de son état de forme, de sa morphologie, de son budget. Et indépendamment de sa culture ». Le groupe se place dans une posture de « tolérance absolue et une inclusion totale », et souligne que ce hijab de running n’est pas « un produit lié à n’importe quelle mode, mais un produit dédié à un usage sportif », a-t-elle poursuivi.

« Le promoteur de l’apartheid sexuel »

Dimanche, l’ajout de ce produit au catalogue a provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’associations et de personnalités politiques. A l’image de Lydia Guirous, la porte-parole des Républicains :

De son côté, Laurence Rossignol, l’ancienne ministre du droit des Femmes, a partagé un communiqué de la Ligue du droit international des femmes et du comité laïcité république, qui accusent Decathlon de se faire « le promoteur de l’apartheid sexuel ». « Le monde du sport se rend complice » de « l’enfermement » des femmes en Iran, en Algérie et en Arabie saoudite en « faisant la promotion d’un modèle islamiste féminin » destiné à « prolonger l’apartheid sexuel imposé aux femmes dans l’espace public », détaille le texte.

Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, elle, s’est interrogée sur un éventuel boycott de l’équipementier.

« J’aurais préféré qu’une marque française ne promeuve pas le voile »

Pour la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, interrogée ce mardi sur RTL, un tel produit n’était « pas interdit par la loi ». Mais « c’est une vision de la femme que je ne partage pas. J’aurais préféré qu’une marque française ne promeuve pas le voile », a-t-elle déclaré.

Pour Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche, « le sport émancipe. Il ne soumet pas. Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs. Ceux qui tolèrent les femmes dans l’espace public uniquement quand elles se cachent ne sont pas des amoureux de la liberté ».

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a lui aussi appelé au boycott de la marque et a demandé que le produit soit retiré de la vente. « J’ai deux filles et je n’ai pas envie qu’elles vivent dans un pays où la place des femmes dans la société régresse comme en Arabie Saoudite », a-t-il déclaré sur France 2.