VIDEO. «Gilets jaunes»: A Clermont-Ferrand ou à Bordeaux, les manifestants ont voulu montrer qu'ils n'étaient «pas fatigués»

ACTE 15 Les « gilets jaunes » ont mobilisé samedi davantage que la semaine précédente, avec plus de 46.000 manifestants en France

Marion Pignot avec AFP

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Entre 3.000 et 4.000 «gilets jaunes», selon des manifestants, ont défilé dans les rues de Bordeaux samedi 23 février 2019.
Entre 3.000 et 4.000 «gilets jaunes», selon des manifestants, ont défilé dans les rues de Bordeaux samedi 23 février 2019. — AFP

46.000 manifestants en France. Les « gilets jaunes » ont mobilisé samedi davantage que la semaine précédente. L’acte 15 a ainsi enrayé la lente décrue amorcée depuis un mois, d’après des chiffres du ministère de l’Intérieur. Selon ces données officielles, régulièrement contestées par les « gilets jaunes », la mobilisation a donné lieu à deux fois plus de rassemblements que pour l’acte 14.

 

La plupart des manifestations se sont déroulées dans le calme mais quelques heurts ont éclaté dans certaines villes, comme chaque week-end quasiment depuis le début du mouvement il y a plus de trois mois. Le point sur les rassemblements en régions.

A Bordeaux

Quelque 3.500 « gilets jaunes », selon la police, ont défilé à Bordeaux, témoignant d’une mobilisation quelque peu en baisse dans ce bastion du mouvement. Cinq personnes ont été placées en garde à vue pour jets de projectiles sur les forces de l’ordre, détention de matériel offensif, d’artifices et de munitions.

La manifestation et les heurts qui ont suivi étaient terminés à 19 heures. Plusieurs milliers de personnes avaient dans l’après-midi défilé dans le calme, dans une ambiance bon enfant. Des organisateurs avaient clairement montré leur volonté d’une démonstration pacifique en bloquant eux-mêmes l’accès à la place Pey-Berland, théâtre habituel de débordements, à l’aide d’une large banderole grise où s’inscrivait « Pas de Pey-Berland aujourd’hui », détournant ainsi le cortège.

A Toulouse

Plusieurs milliers de personnes, ont manifesté, un défilé marqué par des incidents avec les forces de l’ordre en fin de parcours et quatre interpellations. « On n’est pas fatigué », «  Toulouse Toulouse soulève-toi », ou encore « Emmanuel Macron on vient te chercher chez toi », ont scandé les manifestants tout au long de l’après-midi.  La préfecture n’a pas donné de bilan chiffré de la participation, estimant dans un communiqué que le nombre de manifestants avait connu « une baisse sensible par rapport aux semaines précédentes ».

Après près de trois heures de défilé, dans le calme et sous le soleil, les manifestants se sont rassemblés devant l’hôtel de ville. Quelques instants plus tard, les forces de l’ordre ont tiré les premières salves de grenades lacrymogènes, les manifestants s’éparpillant alors dans les rues adjacentes. Les CRS, cibles de projectiles mais aussi de « cocktails Molotov », selon le communiqué de la préfecture, ont fait à nouveau usage de grenades lacrymogènes mais aussi d’un canon à eau à proximité du centre-ville.

A Clermont-Ferrand

Quelque 2.500 « gilets jaunes » ont défilé dans une Clermont-Ferrand barricadée. Les pouvoirs publics redoutant des dégradations, la capitale auvergnate a engagé toute la semaine une opération de sécurisation inédite dans une ville où les manifestations des « gilets jaunes » locaux ont eu lieu jusqu’à présent dans le calme.

Les bâtiments publics et les stations de tramway ont été protégés par des plaques de bois et de métal, le mobilier urbain et autres horodateurs ont été retirés en nombre. Les grilles de la préfecture ont également été fortifiées. Coût de l’opération : 300.000 euros, selon la mairie de Clermont-Ferrand, qui a engagé une cinquantaine de personnes pour transformer la ville en forteresse.

Les heurts avec les forces de l’ordre ont commencé assez rapidement après le début de la manifestation et quelque 500 personnes étaient encore rassemblées en fin d’après-midi sur la place centrale de Jaude. Si la préfecture a évalué le nombre des manifestants à 2.500 au centre-ville, ils seraient « de 5.000 à 6.000 » selon les organisateurs qui signalaient aussi la présence de quelque 150 casseurs venus de l’extérieur de la ville.

Des affrontements ont eu lieu dans une artère commerçante de la ville entre une trentaine de « gilets jaunes » et les CRS qui ont tiré au LBD. Cinq personnes ont été blessées, dont l’une au pied, selon la préfecture. Les forces de l’ordre ont procédé à 18 interpellations, dont 16 ont débouché sur des gardes à vue. Des armes dont certaines par destination (boules de pétanque, batte de base-ball, pied-de-biche, pistolet d’alarme, poignée à impulsion électrique, etc.) ont été saisies.

A Rennes

Autour de 2.000 personnes, selon la police, ont défilé à l’appel des « gilets jaunes ». Les manifestants, venus de toute la Bretagne, mais aussi des Pays-de-la-Loire et de la Touraine répondaient à un appel à un rassemblement interrégional. Vitrines de banques et d’enseignes immobilières brisées, tags, feux de poubelle : de nombreuses dégradations ont été commises, selon la préfecture. Selon un bilan provisoire, « sept fonctionnaires de police ont été blessés – touchés par des jets de projectiles –, ainsi que quatre manifestants, tous blessés légers », a-t-on ajouté. La préfecture a fait état 26 interpellations.

A Chambord

Entre baraques à frites et camion à pizzas, plus d’un millier de « gilets jaunes » ont fêté l’acte 15 de la mobilisation avec un pique-nique festif sur les pelouses du château de François Ier à Chambord (Loir-et-Cher). Très attendue, Priscillia Ludosky, l’une des figures des « gilets jaunes » est arrivée peu avant midi, se prêtant au jeu des selfies avec quelques manifestants.

Principalement venus de Sologne et de Touraine, les participants ont mis en place, pour éviter tout débordement, un vaste réseau de « gilets blancs », chargés de surveiller le bon déroulement de l’événement organisé en coordination avec la mairie et les gestionnaires du château où, en décembre 2017, Emmanuel Macron avait fêté ses 40 ans.

A Lille

Entre 1.000 et 2.000 « gilets jaunes » (selon l’AFP) et au moins 1.700 (selon les organisateurs) ont manifesté. Tous ont défilé depuis la place de la République en scandant « Lille debout, soulève-toi », La Marseillaise, « Macron démission » ou encore « la police déteste tout le monde » en passant devant les cordons de CRS.

Sur les pancartes, on pouvait lire des slogans hétéroclites comme « Frexit », « Politicards tous des tocards, smicards au pouvoir, smic à 1850 euros net », « sans nature pas de vie, cessons de la massacrer », ou encore « et si on n’avait rien d’autre à faire que d’être ensemble ? ». L’actrice Corinne Masiero (connue pour « Capitaine Marleau » et « Les Invisibles ») était également présente.

L’un des meneurs lillois, Alexandre Chantry, a animé la tête du défilé, libéré après « 23 heures » de garde à vue. « On est très déterminé. On a encore plus les crocs », a-t-il déclaré. Le défilé, qui s’est scindé en deux, s’est déroulé dans le calme, malgré quelques face-à-face avec la police, jets de canettes d’un côté et grenades de gaz lacrymogènes de l’autre. Selon la préfecture, la police a interpellé sept personnes.

Sur Twitter, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a dénoncé les violences en marge des rassemblements et ajouté qu’il saluait de nouveau « l’action » des forces de l’ordre « intervenues avec sang-froid et détermination alors même qu’elles étaient violemment prises à partie ».

Depuis plusieurs semaines, les manifestants dénoncent de leur côté les violences policières. Près de 2.000 manifestants ont effectivement été blessés depuis le début du mouvement le 17 novembre et plus de 200 signalements faisant état de violences policières ont été déposés sur la plateforme de l’IGPN. Les blessés les plus graves pointent du doigt les forces de l’ordre et les armes controversées utilisées pour le maintien de l’ordre :  lanceur de balles de défense (LBD), grenades GLI-F4 et grenades à main de désencerclement (GMD).