VIDEO. Nantes: Des chiens à la maison d'arrêt pour évacuer le stress carcéral

PRISON La maison d'arrêt de Nantes organise des séances de médiation animale avec une psychologue

Frédéric Brenon

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Gandhi, le petit chien shetland, lors d'une séance de médiation animale à la maison d'arrêt de Nantes.
Gandhi, le petit chien shetland, lors d'une séance de médiation animale à la maison d'arrêt de Nantes. — L.Venance/AFP
  • Les séances sont proposées depuis 2016 aux détenues volontaires.
  • L’interaction régulière avec des chiens visait, au départ, à prévenir les tentatives de suicide.
  • Des effets positifs sont aussi mesurés sur la vie en groupe et l’agressivité.

 

Ils ne sont que deux, pas bien grands, mais suffisent à « réconforter » certaines femmes détenues et « déminer bien des tensions ». Pour la troisième année consécutive, la maison d’arrêt de Nantes accueille des chiens, une fois par semaine, lors de séances de médiation animale. Animé par l’association Cœur d’Artichien, le programme est, pour l’instant, proposé uniquement aux détenues volontaires.

Pendant plus d’une heure, ces femmes condamnées ou en attente de jugement peuvent interagir avec Betty, berger australien au caractère « doux et protecteur », et Gandhi, le petit shetland facétieux. « On joue avec eux, on leur fait des câlins. Ils viennent vers nous facilement. Ils apportent de la chaleur et de la gaieté. Comme s’ils savaient que j’en avais besoin », raconte Nathalie, 44 ans, incarcérée depuis janvier 2018.

« Elles parviennent à briser leur carapace »

Aurélie Vinceneux, la psychologue animatrice, convie le groupe de sept-huit femmes à écouter des récits, discuter, effectuer des petits jeux sur des thèmes tels que les émotions, l’estime de soi, le rapport au corps, l’éloignement des familles… Pendant ce temps-là, les chiens « formés à garder leur calme quel que soit l’environnement » déambulent librement, d’une caresse à l’autre.

« Avant de venir, certaines personnes n’avaient que la colère comme mode d’expression, raconte Aurélie Vinceneux. Petit à petit, je constate qu’elles parviennent à briser leur carapace. Les chiens leur apportent tout un tas de choses imperceptibles, notamment l’apaisement. » « Celles qui reviennent sont celles qui en ont le plus besoin. On a beaucoup d’activités à la maison d’arrêt. Si elles n’en ressentaient pas le bienfait, elles feraient autre chose », complète Eric Baudouin, officier pénitentiaire.

« Les chiens, eux, n'ont aucun préjugé »

A l’origine, la médiation animale avait été suggérée par une détenue après un pic de suicides et tentatives de suicide à la maison d’arrêt de Nantes. « Depuis, il n'y a pas eu de passage à l'acte, se réjouit Eric Baudouin. Mais on mesure aussi des effets positifs sur l’agressivité, l’admission au sein du groupe, la diminution du stress, la confiance en soi. » L’expérience a donc été reconduite. Elle est aujourd’hui financée par la fondation Affinity, laquelle soutient, entre autres, trois interventions similaires en France.

En prison depuis 2016, Harley n’a « raté pratiquement aucune séance ». « Quand on vient ici, on se sent un peu libre, confie la jeune femme. En détention, on nous juge tout le temps sur notre image, notre passé, sur ce qu’on a dit. Les chiens, eux, n’ont aucun préjugé. Ils donnent de l’amour inconditionnel. Surtout Betty, elle, je l’adore. » La plupart des participantes avaient des animaux de compagnie avant l’incarcération. « J’ai laissé un chien et un chat, raconte Sarah, 52 ans. Ils me manquent beaucoup. Betty et Gandhi me font penser à eux. Ils me font du bien. Quand je rentre dans la cellule, j’ai envie de garder leur odeur pour me souvenir de ce moment passé avec les chiens. »

D’autres établissements pénitentiaires français proposent également des séances de médiation animale, parfois avec des rongeurs (cochons d’Inde, lapins). Ou même un cheval, comme à l’établissement pour mineurs (EPM) d’Orvault, en banlieue nantaise.