Eric Drouet et des «gilets jaunes» ont-ils été arrêtés «sans motif valable» à Paris?

FAKE OFF Un post Facebook viral affirme que l'arrestation d'Eric Drouet et d'autres « gilets jaunes » à Paris le 20 février ne reposait sur aucun « motif valable » et représente une forme de persécution

Alexis Orsini

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Eric Drouet, lors du douzième samedi de mobilisation des "gilets jaunes" à Paris, le 2 février 2019.
Eric Drouet, lors du douzième samedi de mobilisation des "gilets jaunes" à Paris, le 2 février 2019. — ISA HARSIN/SIPA
  • Mercredi 20 février, Eric Drouet et d'autres « gilets jaunes » se trouvaient près du dîner du CRIF, à Paris.
  • Alors qu'ils s'éloignaient du Carrousel du Louvre, ils ont été arrêtés par la police pour un contrôle d'identité.
  • Une arrestation qu'un post Facebook à succès juge « sans motif valable » et qui traduit une forme de persécution contre l'un des leaders du mouvement. « 20 Minutes » revient sur le déroulé des évènements.

Mercredi 20 février, les habitués des vidéos en direct réalisées par Eric Drouet, l’un des leaders des « gilets jaunes », ont assisté à un moment atypique : son arrestation par la police, à proximité du Louvre.

Ce soir-là, à quelques mètres du musée, où se tient le dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et alors qu’il se filme depuis plus d’une heure après avoir redescendu les Champs-Elysées avec d’autres « gilets jaunes », Eric Drouet s’inquiète de voir le groupe suivi par quatre policiers.

« Ils me font stresser ces cons à nous suivre comme ça là […] Holala, ça pue, ça pue, ça pue », souligne-t-il notamment (à 2’05 ci-dessous) avant le contrôle d’identité et l’interruption de la vidéo, lorsqu’un policier lance : « Messieurs, vous vous arrêtez trente secondes s’il vous plaît, contrôle de police. Carte d’identité, s’il vous plaît ! »

Dès le lendemain matin, une page du mouvement des « gilets jaunes » dénonce cette arrestation jugée arbitraire, photos à l’appui (un peu plus d’un mois après sa première arrestation remarquée rue Royale) : « Mes amis [« gilets jaunes »] Eric Drouet, Mike Rambo, Hervé, Matt et Alex persécutés par #Macron, arrêtés une nouvelle fois vers 23 heures ce mercredi soir, sans motif valable ! Ils ont été emmenés au commissariat du Faubourg Saint Honoré (Paris 8e) ! Fin du contrôle d’identité vers 1 heure du matin ! »

FAKE OFF

Mike Rambo, le « gilet jaune » animateur du direct Facebook « La quotidienne », qu’il animait également pendant cette soirée avec Eric Drouet, explique à 20 Minutes : « Après avoir mangé à Paris, on est repartis des Champs-Elysées et là, dans le live, on nous a dit que le dîner du CRIF avait lieu pas loin [au Carrousel du Louvre]. »

« Quand on est arrivés au Louvre, on nous a dit qu’on ne pouvait pas passer et on nous a indiqué une rue parallèle. On s’est retrouvés près des voitures des invités, derrière des barrières. On est restés une quinzaine de minutes, on n’attendait rien de spécial, on voulait juste voir si des gens connus ou [Emmanuel] Macron sortaient. Il n’y avait aucune provocation, aucune ambiguïté de notre part, on était devant la barrière, même pas dans le périmètre de sécurité », se souvient-il. Ce que l’on peut effectivement vérifier à 1’17’36 sur le direct de Mike Rambo : on y voit le groupe rester près de ce qu’ils pensent être la sortie du dîner et se demander si Emmanuel Macron est déjà parti.

« On était en train de faire nos live, de discuter. On a vu que ça s’agitait du côté de la police, que ça parlait par talkie-walkie, ça nous a mis la puce à l’oreille donc on est partis, on a repris notre chemin à l’envers. Ils nous ont suivi tout du long, du Louvre à [la place de la] Concorde […]. On était seulement quatre mais on s’est retrouvés face à deux fourgons de police, un type en costard, 5-6 personnes de la PJ en civil… », raconte le « gilet jaune ».

« Je ne pense pas que vous irez en garde à vue »

Le groupe se retrouve ensuite embarqué dans un fourgon qui l’amène jusqu’à un poste de police du 8e arrondissement, où se déroule le contrôle d’identité pendant « une bonne heure » : « On a bien vu que certains policiers étaient sceptiques, ils nous répétaient "je ne pense pas que vous irez en garde à vue" mais on sentait qu’ils n’étaient pas sûrs. Dans le commissariat, ça allait, les policiers étaient cool sauf les chefs qui jetaient des regards tendus ».

Mike Rambo conclut : « Je n’en veux pas personnellement aux policiers, qui ne font qu’obéir aux ordres […] et je n’ai pas de problème avec le contrôle en lui-même, mais normalement ça dure 5-10 minutes, et on vous dit « merci, au revoir ». Là, on s’est retrouvés face à deux fourgons et une vingtaine de personnes comme si on était de dangereux criminels, juste parce qu’Eric Drouet était avec nous. L’ampleur que ça a pris était exagérée. »

Contactée par 20 Minutes, la préfecture de police de Paris explique pour sa part : « Cette interpellation a été faite à proximité du dîner du CRIF, un évènement sensible et protégé. Différents contrôles d’identité ont été effectués à cette occasion. M. Eric Drouet en faisait partie, il a fait l’objet d’une vérification d’identité et a été laissé libre à l’issue. »

Eric Drouet ne s’attendait visiblement pas à passer à une telle soirée. « Non, je ne vais pas me faire arrêter, il n’y a pas de raison qu’on se fasse arrêter ce soir » affirmait-il pendant son live (à 20’25 ci-dessus), peu avant ce contrôle d’identité.

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