VIDEO. «Air Cocaïne»: Un des accusés était inscrit comme source de la police

ENQUETE « Début 2013, j’ai été contacté par un collègue qui m’a mis en contact avec une personne qui avait des informations sur un trafic de stupéfiants », a raconté un policier

Manon Aublanc
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Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux anciens pilotes impliqués dans l'affaire «Air Cocaïne», arrivent aux assises d'Aix-en-Provence en 2019
Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux anciens pilotes impliqués dans l'affaire «Air Cocaïne», arrivent aux assises d'Aix-en-Provence en 2019 — Gérard Julien / AFP

L’information n’avait pas été communiquée à la juge d’instruction. Le pilote Fabrice Alcaud, l’un des accusés de l’affaire « Air Cocaïne », était inscrit comme « source » dans les fichiers de la police, a indiqué, ce jeudi, Jocelyn Berret, un ancien policier de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), entendu par la cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône.

« Début 2013, j’ai été contacté par un collègue qui m’a mis en contact avec une personne qui avait des informations sur un trafic de stupéfiants », a raconté le policier. « J’ai pris contact (par téléphone) avec Fabrice Alcaud qui m’a dit qu’il y avait des pilotes qui faisaient un trafic un peu bizarre ». Fabrice Alcaud est codirigeant de la société SNTHS qui avait affrété le Falcon 50 intercepté en mars 2013 en République dominicaine avec près de 700 kilos de cocaïne à bord.

« Je lui ai dit de ne pas hésiter à dire la vérité »

Un rendez-vous entre les deux hommes a lieu le 25 février à Paris. « Je ne suis pas lié au trafic », lui dit Fabrice Alcaud. Parce que « l’information » sur un trafic qu’il lui donne, avant l’interception de l’avion, lui paraît bonne, Jocelyn Berret songe à l’inscrire au registre des sources de la police. « Il a été inscrit a posteriori (…). Je ne pense pas qu’il en ait été lui-même avisé », précise le policier.

Après la mise en examen et le placement en détention de Fabrice Alcaud, Jocelyn Berret lui rend visite en prison. « Je lui ai dit de ne pas hésiter à dire la vérité », dit-il à la barre, admettant que cette démarche qui n’apparaît dans aucun rapport dans la procédure, n’est « pas habituelle ».

La magistrate mise au courant seulement en juin 2014

« J’ai fait un compte rendu oral à ma hiérarchie », affirme Jocelyn Berret qui invite celle-ci à en informer la juge d’instruction. Mais Christine Saunier-Ruellan, la magistrate, n’est mise au courant que bien plus tard, en juin 2014. Elle dessaisit aussitôt l’Ocrtis de l’affaire au bénéfice des gendarmes.

Quel rôle a joué l’Ocrtis au début de l’enquête et après en avoir été dessaisi ? Les gendarmes ont des doutes. Devant la cour, mardi, le chef enquêteur de la gendarmerie, François Ségura, a réitéré ses critiques contre l’Office qui n’aurait pas « transmis tous les éléments qu’il aurait dû ». Neuf accusés comparaissent jusqu’au 5 avril devant la cour d’assises spéciale à Aix-en-Provence, dans l’affaire Air Cocaïne, pour leur implication présumée dans un trafic international de stupéfiants en bande organisée.