Inégalités salariales: «Les femmes sont sous-représentées dans les entreprises qui paient bien»

INTERVIEW Elise Coudin, auteure d'un rapport de l’Insee sur les inégalités salariales entre hommes et femmes, a observé la différence de trajectoire professionnelle des femmes après avoir eu un enfant

Propos recueillis par Lucie Bras

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Une étude montre que les disparités salariales entre hommes et femmes explosent après la naissance d'un enfant.
Une étude montre que les disparités salariales entre hommes et femmes explosent après la naissance d'un enfant. — Caiaimage / Rex Feature/REX/SIPA
  • Un rapport de l’Insee sur les inégalités salariales entre les hommes et les femmes pointe l’influence de la vie familiale sur l’évolution de carrière des mères.
  • Selon l’auteure du rapport, la différence salariale entre pères et mères grimpe à 23 % à 45 ans.
  • En cause, le manque de mobilité des femmes, mais aussi la pression induite par le « statut social » de la mère.

Les écarts de salaires entre les hommes et les femmes s’expliquent aussi par la vie familiale. En étudiant des données mesurées entre 1995 et 2015, un rapport de l'Insee publié mardi observe que les disparités sont encore plus fortes quand les femmes ont des enfants : l’écart de salaire entre hommes et femmes se maintient à tout âge autour de 7 % pour les salariés sans enfant, tandis qu’il explose à 23 % entre pères et mères.

Pour Elise Coudin, l’auteure du rapport interrogée par 20 Minutes, la naissance d’un enfant a une influence déterminante sur la carrière professionnelle des mères.

Comment expliquer l’explosion des inégalités salariales pour les mères ?

Ce que l’étude montre, c’est que la répartition des pères et des mères dans certaines entreprises joue sur les écarts de salaire entre les hommes et les femmes. Les femmes sont sous-représentées dans les entreprises qui paient bien leurs salariés. Dans le même temps, la surreprésentation des pères augmente dans ce type d’entreprises plus rémunératrices après la naissance des enfants. C’est ce qu’on appelle l’effet de répartition. En résumé, on observe deux points d’écart de salaire entre les hommes et les femmes, qui s’expliquent par les plus fortes concentrations de femmes dans les entreprises les moins rémunératrices.

Quelles sont les caractéristiques de ces entreprises ?

Ces entreprises, considérées comme moins rémunératrices, sont plus proches du domicile, offrent un temps partiel plus élevé ou d’autres conditions de travail qui ont une valeur non monétaire, valorisées par les mères. Une situation qui répond à leurs attentes : on observe moins de mobilité chez elles. Les mères sont moins enclines à changer d’emploi : soit elles ont d’autres préoccupations, soit elles ont moins d’opportunités. Tout est lié au statut social de la mère. A l’inverse, les entreprises qui surrémunèrent leurs employés, où l’on trouve le plus de pères, le font au prix de conditions de travail plus compliquées.

A quel moment charnière se creusent les inégalités ?

En général, ce moment intervient entre 30 et 40 ans, dans une fourchette comprise entre deux ans avant la naissance de l’enfant et 10 ans après. Mais la différence se creuse encore deux à trois ans après la naissance du deuxième enfant. Le fait d’être une mère va jouer sur le choix de carrière ou les opportunités proposées. Cela est différent pour les pères. Avec la parentalité, les mères gagnent 7 % de moins que les hommes à 25 ans et 20 % à 45 ans. On observe des effets différenciés dans les carrières. Après ces naissances, les hommes bénéficient beaucoup de la mobilité dans leur évolution salariale : en changeant d’entreprise, ils voient leur salaire augmenter. C’est à ce moment-là que la différence salariale devient très forte.