VIDEO. Profanation d'un cimetière juif en Alsace: Qui sont les «Loups noirs alsaciens»?

SOCIETE L’inscription « Elsassiches schwarzen wolfe », soit « Loups noirs alsaciens », a été découverte sur une des nombreuses tombes profanées à Quatzenheim, mardi

Alexia Ighirri

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Des inscriptions nazies ont été apposées dans un cimetière en Alsace, à Quatzenheim, le 19 février 2019.
Des inscriptions nazies ont été apposées dans un cimetière en Alsace, à Quatzenheim, le 19 février 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • Au milieu des nombreuses tombes juives profanées au cimetière de Quatzenheim (Bas-Rhin), une inscription « Elsassiches schwarzen wolfe » soit « Loups noirs alsaciens » a été découverte le 19 février.
  • Il s’agit d’une référence à un ancien petit groupe autonomiste et terroriste alsacien actif dans les années 1970. Les « Loups noirs » ont été les auteurs d’un incendie dans l’ancien camp de concentration du Struthof mais aussi d’une double destruction contre une croix de Lorraine à Thann.

Parmi les tombes profanées au cimetière israëlite de Quatzenheim, village situé au nord-ouest de Strasbourg dans le Bas-Rhin, l’une a été recouverte d’un tag à la bombe bleue. On pouvait y lire « Elsassiches schwarzen wolfe », soit après traduction « Loups noirs alsaciens ». Une inscription qui, de l’avis de plusieurs personnes sur place mardi 19 février, a étonné.

Qui sont les « Loups noirs alsaciens » ?

Il s’agit d’un groupe autonomiste et terroriste alsacien, trois leaders et moins d’une dizaine de membres, actif à la fin des années 1970. Les « Loups noirs » ont notamment été les auteurs d’un incendie en 1976 du musée à l’ancien camp de concentration du Struthof (Bas-Rhin). Visant les symboles de la France en Alsace, ils ont détruit, par deux fois à l’explosif, une croix de Lorraine, symbolisant la résistance française, à Thann en 1981 (Haut-Rhin). La même année, les autonomistes, alors âgées de la cinquantaine, sont arrêtés. Ils seront jugés et condamnés à des peines de prison en 1982.

Leurs actions n’ont ni blessé ni tué. Philippe Breton, directeur éditorial de l’Observatoire de la vie politique et sociale en Alsace (Ovipal) résume : « Ce sont des autonomistes radicaux, des gens violents, mais d’un “terrorisme soft” si on peut dire cela ainsi au vu de leurs actes, qui étaient à la marge du mouvement autonomiste mais aussi issus d’une mouvance autonomiste qui avait collaboré avec les nazis pendant la guerre. Ils sont marqué idéologiquement de ce point de vue là aussi. »

Est-ce qu’ils sont toujours actifs ?

Le dernier membre fondateur des « Loups noirs » encore en vie, Pierre Rieffel, est aujourd’hui nonagénaire. Le groupuscule n’est plus actif et la profanation de Quatzenheim n’est pas forcément signe d’une réactivation. « Il ne faut pas s’imaginer une reconstruction d’un groupe terroriste qui avait disparu, assure Philippe Breton. On ne connaît pas toujours parfaitement sa région, mais j’observe ces choses : je n’ai aucun signal, même faible, d’une remontée ou reconstitution d’un groupe de ce genre. »

Le sociologue fait part de sa « surprise. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas chez l’une ou l’autre personne ce fantasme. Mais comme on ne sait rien sur les auteurs, l’intention, il y a toujours l’hypothèse d’une fausse piste, d’une volonté de brouiller les pistes. »

Qui peut se retrouver dans cette référence ?

Si l’ancien groupuscule autonomiste n’est plus actif, ses idées peuvent-elles être reprises ? Un drapeau avec un loup avait été aperçu dans des manifestations contre la fusion de l’Alsace avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne au moment de la réforme territoriale. Le fondateur historique du mouvement Pierre Rieffel avait été invité par le Bastion social de Strasbourg l’été dernier : il avait alors expliqué s’être rétracté « ne voulant pas faire partie de “l’extrême droite” ».

« Pour l’instant, il n’y a pas de revendication. Or les terroristes agissent pour qu’on parle d’eux. Là, il n’y a même pas de revendication fantaisiste », rappelle le sociologue, qui « n’exclut pas la possibilité néo-nazie, dont des groupuscules étrangers ont fait parler d’eux dans la région en organisant des réunions dans les Vosges ». Et puis, « il y a toujours une sensibilité autonomiste en Alsace. Mais, contrairement à avant, elle s’est un peu gauchisée », juge-t-il, soulignant par ailleurs qu’Unser Land (principal parti autonomiste alsacien) a immédiatement condamné la profanation du cimetière israélite de Quatzenheim. « Ces agissements sont aux antipodes des valeurs alsaciennes et de nos convictions. […] La revendication truffée de fautes trouvée au cimetière profané renvoyant à un quelconque mouvement identitaire est incongrue et imbécile », a réagi Unser Land par communiqué.