Pourquoi l’éducation aux médias est-elle toujours à la traîne en France?

EDUCATION D'après une étude du Cnesco rendue publique ce jeudi, l'éducation aux médias est loin d'être généralisée dans les établissements...

Delphine Bancaud

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Des élèves en classe
Des élèves en classe — Pixabay
  • Seulement 52 % des élèves de 3e déclarent que le sujet des médias a été évoqué en EMC (enseignement moral et civique) au cours de leurs années au collège et 56 % des élèves de Terminale lors de leurs années de lycée.
  • Pourtant, l'éducation aux médias est inscrite dans les programmes d’EMC de 2015 et dans les nouveaux programmes de 2018.

EDIT: A l'occasion du lancement officiel de la 30e Semaine de la presse et des médias dans l’École ce lundi, nous vous proposons de (re)découvrir cet article sur l'éducation aux médias. 

Théories du complot qui pullulent sur le web, fake news en cascade, détournement des jeunes des médias traditionnels… Jamais la nécessité d’une éducation aux médias n’a semblé plus criante. Or, même si elle est inscrite dans les programmes d’ EMC (enseignement moral et civique) de 2015 et dans les nouveaux programmes de 2018, elle est loin d’être proposée dans tous les établissements, comme le souligne une étude* du Cnesco parue jeudi 20 février.

« On constate que l’éducation par les médias, c’est-à-dire le fait d'utiliser un article ou un documentaire dans le cadre pédagogique est assez répandue. Ainsi, 65 % des élèves de 3e et 56 % de ceux de Terminale ont utilisé les supports d’information comme un documentaire ou une émission de télévision en classe au cours de l’année. Plus de la moitié d’entre eux ont travaillé aussi à partir d’une vidéo ou d’un article sur internet. Mais les médias en tant qu’objet d’étude, ne sont abordés que dans la moitié des collèges et des lycées », explique la sociologue et présidente du Cnesco, Nathalie Mons.

Pas assez de pédagogie active

En effet, seulement 52 % des élèves de 3e déclarent que le sujet des médias a été évoqué en EMC au cours de leurs années au collège et 56 % des élèves de Terminale lors de leurs années de lycée. Ce qui prouve que l'éducation aux médias est loin d'être généralisée. « Ceux qui ont eu droit à cette éducation aux médias ont pu apprendre à analyser un article, à identifier les sources d’une information, à vérifier sa fiabilité, et on de créer eux-mêmes un média », constate Nathalie Mons. Or, c’est en réalisant des journaux ou des blogs que les élèves prennent conscience de la rigueur qu’exige le travail journalistique.

Pourtant après les attentats de 2015, la ministre de l’Education de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem avait annoncé le développement de l’éducation aux médias et avait demandé que chaque collège et chaque se dote d’une radio éducative, d’un blog ou d’un journal pour mieux comprendre les enjeux de la fiabilité de l’information. « Mais la pédagogie active n’est toujours pas assez développée dans l’éducation aux médias », insiste Nathalie Mons.

Des initiatives intéressantes à dupliquer

Serge Barbet, directeur du Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information), préfère quant à lui, regarder le verre à moitié plein. Pour lui, si l’éducation aux médias n’est pas encore généralisée «c’est que son intégration aux programmes est encore récente». Mais pour lui, la marche est lancée : «l’éducation aux médias progresse de manière substantielle chaque année. D’ailleurs, le nombre d’écoles, collèges, lycées impliqués dans la "Semaine de le presse et des médias" est passé de 12.983 en 2004 à 17.500 en 2018», constate-t-il.

Et selon lui, beaucoup d’initiatives originales fleurissent dans les établissements : comme ateliers d’analyse de la presse où les élèves comparent un même événement dans plusieurs quotidiens, des débats sur des thèmes tels que «Peut-on tout dire, tout écrire, tout montrer ?», des concours de reportages… Sans oublier les ateliers Déclic’Critique animés par le Clemi, lors desquels les élèves sont sensibilisés aux problématiques du numérique. Info-intox, sources, fact-checking, protection des données…

Mieux former les profs, un impératif

Mais pour que l’éducation aux médias gagne davantage de terrain, il faudra former les enseignants à la dispenser : «la réforme de la formation initiale et continue qui est en cours devrait y aider», estime Serge Barbet. Et débloquer encore plus de moyens: en mars dernier, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, avait d'ailleurs annoncé le doublement de l’enveloppe financière consacrée à l'éducation aux médias. Et ce pour soutenir les associations  interviennant dans les écoles pour faire de l’éducation aux médias. «Ces crédits vont permettre une montée en charge des initiatives sur le terrain», assure Serge Barbet. 

 

 

*Etude réalisée au printemps 2018 via des questionnaires en ligne auprès d’élèves de 3e et de Terminale, de leurs enseignants en charge de l’EMC et de leurs chefs d’établissement. Un échantillon représentatif d’établissements de France a été tiré au sort. L’enquête repose sur les réponses de plus de 16.000 élèves.