Najat Vallaud-Belkacem en novembre 2018.
Najat Vallaud-Belkacem en novembre 2018. — MATHIEU PATTIER/SIPA

INTERVIEW

Formation à l'égalité à Sciences po: «Trop de femmes subissent des affronts sexistes dans leurs vies professionnelle et privée»

Najat Vallaud-Belkacem, qui codirige cette nouvelle formation, explique à «20 Minutes» ses objectifs

  • Le certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques lancé le 14 février par Sciences po est codirigé par Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier, économiste à l’OFCE.
  • Il s'adresse à des étudiants de master, futur(e)s DRH, femmes et hommes politiques, directeurs ou directrices d'institut culturel, responsables d'organismes internatinaux, directeurs ou directrices administratifs.
  • La formation s'appuie sur des témoignages de personnalités qui partageront leurs expériences vécues au cours de leur carrière.

C’est une des conséquences de plus du mouvement #MeToo et de la prise de conscience de la société des discriminations vécues par certaines femmes dans la sphère publique comme privée. Les formations sur l’égalité femmes-hommes se développent dans les universités et les grandes écoles. Dernière en date : le certificat égalité femmes-hommes et politiques publiques lancé le 14 février par Sciences po et codirigé par Najat Vallaud-Belkacem, désormais directrice générale déléguée du groupe Ipsos en charge des études internationales et de l’innovation sociale, et Hélène Périvier, économiste à l’OFCE.

S’adressant pour l’instant aux étudiants en master de l’école, il vise à la fois à leur dispenser une formation théorique sur inégalités entre les sexes et des séances de coaching aux étudiants pour leur apprendre à affronter le sexisme dans leur future vie professionnelle. L’ex-ministre des Droits des femmes a accordé à 20 Minutes sa première interview sur cette formation.

A l’heure des révélations de cyberharcèlement sexistes qui ont affecté de nombreuses femmes, le lancement de cette formation tombe à point nommé…

Oui, car trop de femmes subissent des affronts sexistes dans leurs vies professionnelle et privée. Elles sont tournées en ridicule sur les réseaux sociaux, on ne les écoute pas lorsqu’elles prennent la parole en réunion… Trop d’entre elles ne savent pas comment réagir. Or, je suis convaincue que les questions d’inégalités femmes-hommes sont tellement ancrées dans nos sociétés, que pour y mettre fin, il faut de la méthode et une approche quasi scientifique. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de créer cette formation, qui s’appuie sur des travaux de recherche très éclairants à propos des discriminations sexistes. Avec l’ambition de rendre nos étudiant(e) s acteurs du changement.

Comment avez-vous pensé ce programme ?

Je me suis d’abord inspirée d’une formation de Harvard consacrée à ces questions, mais qui ne se destine qu’aux futures femmes politiques. Notre formation se veut ouverte à davantage de profils. Elle est également différente, car elle s’appuie tant sur la recherche sur les inégalités que sur des témoignages de personnalités qui partageront leurs expériences vécues au cours de leur carrière. Elle prévoit aussi des séances de coaching qui prépareront les étudiantes à affronter ces situations de sexisme et à réagir en fonction. Et aux étudiant(e)s d’apprendre à gérer ces cas de discriminations sexistes quand ils seront aux responsabilités.

Quelles seront les personnalités invitées dans la formation ?

Des personnalités de différents horizons, comme Isabelle Kocher, directeur général d’Engie, Kristalina Georgieva, directrice-générale de la Banque mondiale…

A quels étudiants s’adresse cette formation ?

A des futur(e)s DRH, femmes et hommes politiques, directeurs ou directrices d’institut culturel, responsables d’organismes internationaux, directeurs ou directrices administratifs… Car je ne crois pas que le pouvoir soit seulement aux mains des personnalités politiques ! L’objectif est de donner à ces étudiant(e)s les leviers à actionner pour faire évoluer les politiques publiques. Et pour les jeunes femmes de lever les obstacles qu’elles risquent d’affronter au cours de leur vie professionnelle.

Pour l’instant, la première promotion ne compte que 9 étudiants, ne craignez-vous pas que cette formation demeure confidentielle ?

C’est la première année, et nous n’avons pas beaucoup communiqué en amont. En outre, pour la première année, cette formation n’était ouverte qu’à des candidats en master. Mais nous comptons la proposer dans un second temps à des candidats en formation continue. Elle est donc promise à un bel avenir.