Toulouse: «Des énergies pourries sont libérées dans ce pays et dans cette ville», les actes antisémites se multiplient

SOCIETE Tags, insultes… La Ville rose n’est pas épargnée par les actes antisémites, qui se développent en marge du mouvement des «gilets jaunes»

Helene Menal

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Le mémorial de la Shoah à Toulouse, point de ralliement du rassemblement contre l'antisémitisme du 19 février 2019.
Le mémorial de la Shoah à Toulouse, point de ralliement du rassemblement contre l'antisémitisme du 19 février 2019. — R. Gabalda - AFP
  • Un rassemblement contre l’antisémitisme aura aussi lieu ce mardi soir à Toulouse.
  • Tags, injures, menaces, la ville n’est pas épargnée par le regain des actes haineux.
  • Avant d’être effacés, les messages font l’objet d’investigations pour en identifier les auteurs.

A Toulouse, où des enfants sont morts sous les balles de Mohamed Merah parce qu’ils étaient juifs, Franck Touboul, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), aurait « imaginé » une intuitive retenue. Il n’en est rien. La vague d’actes antisémites qui accompagne au fil des samedis la mobilisation des «gilets jaunes» n’épargne pas la Ville rose.

Les premiers signaux ont été donnés avec l’apparition de croix gammées sur la façade du Capitole. La semaine dernière un « Macron Youpin », un énième, est apparu sur un abribus du centre-ville et sur un panneau d’information. « Et il y a eu l’histoire de ce médecin caillassé sur son balcon et traité de "sale juif", alors qu’il ne l’est même pas », ajoute Franck Touboul. Ou encore le courrier d’un autre temps reçu par Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie.

« Je n’ai rien contre le mouvement des "gilets jaunes", il y a dans notre communauté des gens qui connaissent des problèmes de pouvoir d’achat. Mais il est totalement infiltré par l’ultragauche et l’ultradroite qui cherchent à élargir leur base et à véhiculer un message haineux. Aussi, je pense qu’il est temps de passer à d’autres modalités de mobilisation », indique le président du Crif en Occitanie. Pour lui, « des énergies pourries sont libérées dans ce pays et à Toulouse ».

Effacement moins rapide, le temps de l’enquête

Franck Touboul reconnaît aussi que tout n’est pas lié aux « gilets jaunes ». « Il ne s’écoule pas dix jours sans qu’un rabbin se fasse insulter ou cracher dessus », dit-il. Depuis un an, il a dû organiser une dizaine de déménagements de familles modestes qui connaissaient des problèmes de voisinage liés à l’antisémitisme. D’ailleurs, depuis quelques mois et sur proposition du procureur de la République, Dominique Alzeari, le parquet a nommé un référent « antisémitisme » pour que chaque « fait signalé soit instruit et poursuivi ».

L’actualité et la multiplication des tags haineux a aussi modifié la stratégie. Avant, le Crif demandait à la mairie de les faire disparaître le plus vite possible. Depuis une semaine, la consigne est « de les laisser, le temps pour les enquêteurs d’exploiter les éléments techniques et la vidéosurveillance ». Pour en identifier les auteurs.

Lundi soir, à la veille du rassemblement contre l’antisémitisme (19h) au Mémorial de la Shoah des allées Frédéric-Mistral, Franck Touboul a été reçu par le préfet, Etienne Guyot. « Tout acte raciste, antisémite et xénophobe sera poursuivi sans faiblesse », a insisté le représentant de l’Etat.