VIDEO. Antisémitisme, antisionisme... Quelle est la différence?

ANTI QUOI ? Des députés aimeraient que l’antisionisme soit sanctionné au même titre que l’antisémitisme. Mais est-ce vraiment pareil ?

T.C.

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Alain Finkielkraut a été visé par des insultes antisémites samedi à Paris (illustration).
Alain Finkielkraut a été visé par des insultes antisémites samedi à Paris (illustration). — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Des images montrent des « gilets jaunes » insultant l’académicien Alain Finkielkraut croisé près de son domicile à Paris.
  • « Barre-toi, sale sioniste de merde ! » ont notamment lancé au philosophe plusieurs manifestants.
  • Des députés de tous bords proposent que l’antisionisme soit sanctionné au même titre que l’antisémitisme.

« Barre-toi, sale sioniste de merde ! » « Grosse merde sioniste ! » Les images montrant le philosophe Alain Finkielkraut se faire copieusement insulter par de nombreux manifestants, samedi, à Paris, lors de la mobilisation des « gilets jaunes », sont devenues virales. Très rapidement, cette agression verbale a été condamnée par l'ensemble de la classe politique tandis que le parquet de Paris ouvrait une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ».

Une fois de plus, la formule mathématique « un fait divers = un nouveau texte de loi » va être respectée. Des députés de tous bords vont proposer, ce mardi, une résolution ou une proposition de loi pour que l’antisionisme soit reconnu comme un délit, à l’instar de l’antisémitisme, a révélé franceinfo ce lundi. Mais au fait, le sionisme, c’est quoi ? Peut-on sanctionner l’antisionisme ? Quelle est la différence avec l’antisémitisme ? 20 Minutes fait le point.

Le sionisme, c’est quoi ?

Commençons par le commencement et plongeons-nous dans le Larousse. Le sionisme est un « mouvement dont l’objet fut la constitution, en Palestine, d’un état juif », indique l’encyclopédie. Il date « de la fin du XIXe siècle : c’est une pensée politique qui a été imaginée par Theodore Herzl », précise à Franceinfo Dominique Vidal, journaliste, collaborateur au Monde diplomatique et auteur d’un essai sur la question*. Herzl « venait de constater les dégâts de l’affaire Dreyfus dans l’opinion française. Il considérait que les juifs ne pouvaient pas s’assimiler dans les pays où ils vivaient et qu’il fallait leur donner un Etat pour qu’ils puissent tous se rassembler. »

Antisionisme = antisémitisme ?

Toujours selon le Larousse, l’antisionisme est une forme d'« hostilité à l’existence ou à l’extension de l’État d’Israël » tandis que l' antisémitisme est une « doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires ». Est-ce vraiment la même chose ? « L’antisionisme est une pensée politique et n’a donc rien à voir avec le fait de développer la haine des juifs », tranche Dominique Vidal. « L’antisémitisme est un délit, puni comme tous les racismes par les lois françaises. L’antisionisme est une opinion que chacun est libre d’approuver ou non », précise-t-il à Franceinfo.

Il reconnaît néanmoins que « sioniste » est employé aujourd’hui pour remplacer le mot « juif » afin d’échapper à une condamnation. Une « opération de passe-passe linguistique », utilisée notamment par l’humoriste controversé Dieudonné et son acolyte Alain Soral. « A partir du moment où ils étaient poursuivis en justice pour leur incitation à la haine antisémite, ils ont changé de manière de s’exprimer. " Juif" est devenu "sioniste" et "antisémitisme" est devenu "antisionisme" dans leur discours. Ceux qui s’en sont pris à Alain Finkielkraut ont fait la même opération. »

« On a absolument le droit d’être opposé à la politique menée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. La ligne de partage à ne pas franchir c’est quand on remet en question le droit d’Israël à exister », explique, dans une interview accordée à l’AFP, le directeur de l’observatoire des radicalités, Jean-Yves Camus.

Que propose le député Sylvain Maillard ?

Le député LREM de Paris, vice-président du groupe d’amitié France-Israël, souhaite que l’antisionisme soit reconnu comme un délit, au même titre que l’antisémitisme. « La haine d’Israël est une nouvelle façon de haïr les juifs », déclare l’élu à Franceinfo. « On peut critiquer le gouvernement d’Israël, mais pas remettre en cause l’existence même de cet Etat. Personne ne remet en question l’existence de l’Etat français ou de l’Etat allemand. » Il va proposer, ce mardi, à la trentaine de députés qui composent son « groupe d’études », de choisir entre une résolution, votée par l’Assemblée nationale, ou une proposition de loi.

« Si l’antisionisme était condamnable, on pourrait poursuivre l’insulte “sale sioniste” [dont a été victime Alain Finkielkraut]. Aujourd’hui, c’est impossible », explique-t-il par ailleurs au Parisien.

Mais est-ce vraiment possible ?

Le choix des députés et le contenu du texte ne seront connus que ce mardi. Interrogé par 20 Minutes, Michel Lascombe, ancien professeur à Sciences po Lille, estime que « cela semble assez difficile d’interdire une idéologie ». Certains députés, notamment d’extrême gauche, s’insurgent : « Considérer l’antisionisme comme de l’antisémitisme, ça me pose problème », assure notamment le député LFI de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, au Parisien. Selon l’élu, l’antisionisme consiste simplement à critiquer la politique israélienne. « Je pense que du côté d’Israël, il y a une façon d’instrumentaliser la question de l’antisémitisme, ça serait naïf de ne pas le dire. »

« A La France insoumise, il y a quelque chose qui pose problème, estime Jean-Yves camus. Ce ne sont pas les convictions individuelles de Jean-Luc Mélenchon ou celles de dirigeants comme Manuel Bompard, François Ruffin, mais ce refus idéologique de considérer que certaines formes d’antisionisme mènent à l’antisémitisme. » Et d’ajouter : « Il ne s’agit pas de dire que toutes les formes d’antisionisme mènent à l’antisémitisme mais c’est par là que le ver entre dans le fruit. »

* Antisionisme = antisémitisme ?, Réponse à Emmanuel Macron, de Dominique Vidal, éditions Libertalia, 128 pages, 8 euros.