«Grâce à Dieu»: Pourquoi François Ozon a remporté une première bataille en justice

CINEMA Le juge des référés a autorisé ce lundi, la sortie du film mercredi dans les salles obscures mais une deuxième décision est attendue mardi

Caroline Girardon

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Denis Ménochet, Eric Caravaca, Swan Arlaud et Melvil Poupaud dans Grâce à Dieu de François Ozon
Denis Ménochet, Eric Caravaca, Swan Arlaud et Melvil Poupaud dans Grâce à Dieu de François Ozon — Mars Films
  • La justice a autorisé lundi la sortie du dernier film de François Ozon.
  • Elle estime que « Grâce à Dieu », respecte la présomption d’innocence.
  • L’avocat du Père Preynat, mis en cause dans le film, va faire appel de cette décision.

Grâce à Dieu, le film de François Ozon sur la pédophilie dans l’Eglise et le combat de la Parole Libérée, regroupant des victimes du prêtre Bernard Preynat, sortira bien dans les salles obscures mercredi. La justice, qui a rendu sa décision lundi, estime que la présomption d’innocence n’est pas bafouée. Une deuxième décision est attendue mardi.

Dans cette première décision, le juge a considéré que le fait d’insérer un carton dans la bande d’annonce de fin, indiquant que le curé bénéficiait de la présomption d’innocence, répondait aux exigences de la loi.

« Ce ne sont pas des arguments très satisfaisants »

Sa décision est également motivée par deux autres raisons : la date de la sortie du film n’est pas concomitante avec celle du procès, qui n’a toujours pas été dévoilée. Enfin, le fait de devoir changer le nom des certains protagonistes, dont celui du Père Preynat, lui apparaît comme étant une mesure « disproportionnée », susceptible d’entraîner des conséquences dommageables pour l’exploitation du film. Et surtout, cela n’empêcherait pas au final d’identifier les personnages.

« Ce ne sont pas des arguments très satisfaisants à mon sens », réagit Frédéric Doyez, l’avocat du Père Preynat, précisant qu’il allait faire appel de cette décision. « Il y a dans ce film une mauvaise approche de la présomption d’innocence. La loi stipule bien que l’on ne peut pas être présenté comme coupable tant que l’on n’a pas été jugé. Bernard Preynat a-t-il été jugé ? Non », insiste l’avocat.

« Ce film a un impact sociétal très important »

Pour les victimes du curé, la décision du juge est hautement symbolique. « Les faits étaient déjà connus et reconnus par le principal intéressé. La justice s’est refusée à la censure », se félicite Alexandre Hezez, incarné par Melvil Poupaud à l’écran. Et d’ajouter : « Les réactions, que nous avons vues lors des avant-premières, montre que ce film a un impact sociétal très important ».

Le fait qu’il ait été primé samedi à Berlin prouve également selon lui, qu’il s’agit d’un « véritable chef-d’œuvre artistique », d'« une justesse incroyable ». « Tout a déjà été dit sur le sujet. Il y a eu des reportages, des documentaires. Là, il n’y a aucun scoop mais on voit toute la puissance que peut dégager le cinéma », conclut-il.

Cette victoire est cependant nuancée par la tenue d’une autre audience à Lyon. Le réalisateur est également assigné en référé « heure à heure » par Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon, poursuivie aux côtés de l’archevêque de Lyon pour non-dénonciation. Elle demande que son nom soit retiré du film au nom de la protection de la vie privée et de la présomption d’innocence. La décision de la justice pourrait reporter de deux ou trois semaines et coûterait 50.000 euros.