VIDEO. Insultes antisémites contre Alain Finkielkraut : Le résumé de l'affaire

RECAP' Selon le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, un suspect aurait déjà été identifié et serait le « principal auteur des injures » proférées à l’encontre de l’académicien

Manon Aublanc

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Alain Finkielkraut chez lui, à Paris, le 26 novembre 2013.
Alain Finkielkraut chez lui, à Paris, le 26 novembre 2013. — PIERRE VILLARD/SIPA

« Barre-toi, sale sioniste de merde ! » Après les injures antisémites adressées à Alain Finkielkraut, samedi, lors de l’acte 14 de la mobilisation des « gilets jaunes », le parquet de Paris a annoncé, ce dimanche, avoir ouvert une enquête. Le principal intéressé, lui, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne souhaitait pas porter plainte.

Si vous avez manqué le début de l’affaire, 20 Minutes vous résume tout.

Que s’est-il passé ?

Ce samedi, lors de la quatorzième manifestation des « gilets jaunes », boulevard Montparnasse à Paris (14e arrondissement), des manifestants repèrent le philosophe et académicien, Alain Finkielkraut, qui passait par hasard dans le quartier. Ce dernier est encerclé par plusieurs personnes, alors qu’il sort d’un taxi, qui commencent à l’insulter.

« Je voulais rentrer chez moi. Et en même temps, je vois cette manifestation qui défile, donc je vais quand même regarder. Je n’étais pas là depuis une minute que j’ai été en effet pris à partie de manière très violente par des manifestants », a-t-il expliqué sur LCI.

Le philosophe est immédiatement exfiltré par les policiers. « Je dois dire qu’ils avaient vraiment envie d’en découdre parce que si des policiers ne s’étaient pas interposés (…), je pense que certains d’entre eux voulaient me casser la gueule. C’était une violence, malgré tout, pogromiste », a-t-il raconté sur LCI.

« Je n’ai pas vraiment eu le temps d’avoir peur » et « je ne suis ni une victime ni un héros », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il ne souhaitait pas porter plainte.

  • Quelles sont les insultes qui ont été proférées ?

Sur les images mises en ligne sur les réseaux sociaux, on entend plusieurs manifestants proférer des insultes : « Barre-toi, sale sioniste de merde ! », « Nique ta mère », « Palestine ! », « Espèce de raciste, t’es un haineux, tu vas mourir, tu vas aller en enfer, espèce de sioniste ! », « Facho ! Palestine ! Rentre chez toi, rentre chez toi en Israël », « La France est à nous. Rentre à Tel-Aviv », ou encore « Tu vas mourir ». Certains disent avoir entendu des manifestants crier « Sale juif ! »

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a dénoncé, dans un tweet, « la haine à l’état brut dans les rues de Paris contre Alain #Finkielkraut hué aux cris de 'sale Juif' ».​

Mais pour Aude Lancelin, la directrice du Média, la phrase "sale juif" n’a pas été prononcée, ajoutant qu’elle « est inaudible dans la vidéo ». Cette dernière a accusé le porte-parole du gouvernement d’inventer « un nouveau mensonge gravissime pour faire monter la haine dans le pays ».

Le journaliste indépendant, Charles Baudry, présent au moment des faits, a expliqué à CheckNews qu’il n’était pas en mesure de confirmer si cette insulte avait bien été prononcée. En revanche, « sale race » a bien été dite, a-t-il ajouté.

Ces propos sont-ils antisémites ?

Selon la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra)​, oui. L’association, qui estime que ces injures ont un caractère antisémite, a annoncé dans un tweet, publié ce dimanche, qu’elle saisissait la justice.

Emmanuel Macron a lui aussi réagi, évoquant des « injures antisémites » contre ce « fils d’émigrés polonais devenu académicien français ».

Une « insupportable agression antisémite », a estimé, de son côté, Olivier Faure, le patron du Parti socialiste.

Dans un tweet, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national a regretté « la tentative d’’infiltration du mouvement des #GiletsJaunes par l’extrême-gauche antisémite ».

Le parquet de Paris, lui, a annoncé, ce dimanche, avoir ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion, par parole, écrit, image ou moyen de communication électronique ». Elle a été confiée à la BRDP (Brigade de répression de la délinquance à la personne).

Comment a réagi Alain Finkielkraut ?

« La haine est là, et elle m’attend assez souvent. C’est terrible à dire puisque à travers moi, ce qui est visé, ce sont les juifs en tant que sionistes, c’est-à-dire du fait de leur souci d’Israël », a indiqué Alain Finkielkraut à France 3. Le philosophe estime que ce ne sont pas des « gilets jaunes d’origine » qui l’ont insulté, a-t-il déclaré au Parisien. « Je pense que je n’aurais pas subi ce même genre d’insultes sur les ronds-points ».

L’académicien, qui a annoncé qu’il ne porterait pas plainte, a expliqué son choix au micro de LCI : « J’aurais porté plainte si on m’avait cassé la figure » a-t-il déclaré. « Il ne faut pas trop en faire non plus, j’ai l’impression que beaucoup de gens ont été plus traumatisés que moi et que les images leur ont fait plus peur qu’à moi », a-t-il confié au Parisien.

Où en est l’enquête ?

Dans un message publié sur Twitter, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, a indiqué qu’un suspect avait d’ores et déjà été identifié, ajoutant qu’il s’agirait du « principal auteur des injures ».

Un élément que Laurent Nuñez, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, a confirmé sur BFMTV. De son côté, le parquet de Paris n’a pas souhaité commenter cette information.

Selon le Code pénal, une personne accusée d’injure publique encourt jusqu’à 12.000 euros d’amende. Si le caractère raciste ou antisémite est également retenu, l’auteur peut écoper d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende.