Homosexualité au Vatican: Trois questions sur le livre-enquête «Sodoma»

EGLISE Dans un livre intitulé « Sodoma, enquête au cœur du Vatican », à paraître le 21 février, Frédéric Martel, décrit « la culture de la double vie » au sein des cardinaux et prélats du Vatican

L.C.

— 

Le pape François au Vatican le 10 février 2019.
Le pape François au Vatican le 10 février 2019. — Andrew Medichini/AP/SIPA

Un livre choc sur l’Eglise catholique. Dans un ouvrage de 600 pages à paraître le 21 février, Frédéric Martel décrit un « système gay », hypocrite et secret, au sein du clergé. Le journaliste et sociologue français s’appuie sur une longue enquête et de très nombreux entretiens avec des ecclésiastiques. Voici trois questions sur Sodoma, enquête au cœur du Vatican (Editions Robert Laffont).

Comment l’auteur a-t-il enquêté ?

Le travail a duré quatre ans, raconte Le Point, pendant lesquels Frédéric Martel passait une semaine par mois au Vatican. Le journaliste et chercheur a interrogé 1.500 ecclésiastiques, dont 41 cardinaux et 52 évêques, explique-t-il dans une interview accordée à l’hebdomadaire. Il s’est rendu dans une trentaine de pays pour rencontrer les cardinaux chez eux, et n’a pas mené ce travail titanesque tout seul : 80 collaborateurs ont été mobilisés.

Que révèle son livre ?

L’écrivain décrit « l’omniprésence d’homosexuels » dans l’Église catholique, et au sommet du clergé au Vatican. « Il y a des homophiles, des gays non pratiquants qui sont fidèles à leur pacte de chasteté. Ensuite, il y a des gens qui ont peut-être eu des désirs, des relations mais le vivent très mal, se flagellent. Ensuite, il y a des gens qui vivent avec leurs amants, des cardinaux, souvent un assistant ou un ami. Ensuite il y a des cardinaux qui sortent, qui ont des amants. D’autres, au moins deux cardinaux proches de Jean-Paul II, ont eu recours à des prostitués masculins », explique-t-il à l’AFP.

L’auteur décrit au Point l’hypocrisie de ce système : « les prélats qui tiennent les discours les plus homophobes et traditionnels sur le plan des mœurs s’avèrent eux-mêmes en privé homosexuels ou homophiles ».

L’homosexualité très présente au sein du clergé nourrit selon lui une forte omerta dans l’Eglise sur d’autres sujets, comme la pédophilie ou les scandales de corruption. La protection de prêtres accusés d’avoir commis des abus sexuels est souvent le fait, selon Frédéric Martel, d’ecclésiastiques homosexuels qui ont peur que leur orientation sexuelle soit révélée s’ils sont exposés au scandale ou à la médiatisation. « Les prêtres pédophiles utilisent les informations dont ils disposent sur la hiérarchie catholique pour se protéger. Les évêques qui ont eux-mêmes des relations homosexuelles sont contraints de se taire », explique Frédéric Martel au Point.

Le sommet du Vatican est-il critiqué ?

Frédéric Martel remonte jusqu’à Paul VI, pape de 1963 à 1978, qu’il égratigne, tout comme Jean-Paul II, et Benoît XVI. Sous le mandat du pape polonais, « une véritable guerre contre les gays a été lancée », écrit-il. « Ironie de l’histoire : la plupart des acteurs de cette campagne sans bornes contre les homosexuels l’étaient personnellement ».

Benoît XVI est décrit en « dandy homosexualisé ». Le pape François est un peu épargné. « Jamais un pape n’a témoigné, en fait, d’une telle empathie pour les homosexuels et ce qu’il appelle les "périphéries" ». En 2013, l’Argentin a déclaré : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour juger ? ».

Dans un livre d’entretien publié en décembre, le souverain pontife avait déclaré que « l’homosexualité est une question très grave qui doit faire l’objet d’un discernement adéquat des candidats » à la prêtrise et à la vie religieuse. « Dans nos sociétés, il semble même que l’homosexualité soit à la mode et cette mentalité, d’une certaine manière, influe aussi sur la vie de l’Eglise (…) C’est quelque chose qui m’inquiète ».

La date de sortie du livre coïncide avec un sommet international organisé au Vatican sur la prévention des abus sur mineurs dans l’Eglise.