Haïti: Sept morts dans de violentes manifestations contre le pouvoir en place

CONTESTATION A Haïti, l’inflation dépasse les 15 % depuis le début du mandat du président Jovenel Moïse

20 Minutes avec AFP

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Affrontements entre la police et les manifestants à Port-au-Prince, le 13 février 2019.
Affrontements entre la police et les manifestants à Port-au-Prince, le 13 février 2019. — HECTOR RETAMAL / AFP

Sept personnes sont mortes dans des affrontements entre la police et des manifestants à Haïti. A Port-au-Prince, le mouvement de colère de la population occupe les rues de la capitale depuis près d’une semaine. Les manifestants réclament le départ de Jovenel Moïse, le président en place.

« Un gouvernement qui ne peut pas donner de la nourriture et de l’eau à son peuple doit démissionner », avertit un manifestant. « Il faut aussi que la bourgeoisie se décide à ne plus accaparer toutes les richesses car nous, nous sommes plus nombreux du côté des quartiers populaires », poursuit-il.

Un président muré dans le silence

Haïti est plongé depuis le 7 février dans une crise politique profonde. Les activités du pays sont paralysées par des manifestations populaires dans les principales villes, souvent hérissées de barricades. La colère populaire se cristallise autour de la personne du président Jovenel Moïse, au pouvoir depuis deux ans. L’inflation dépasse les 15 % depuis le début de son mandat. Se voyant reprocher par les manifestants de ne pas avoir tenu ses promesses et d’avoir contribué à l’aggravation de la pauvreté, le président haïtien reste muré dans le silence.

Un jeune homme a été tué dans l’après-midi, selon les observations d’un journaliste de l’AFP, à quelques dizaines de mètres des bureaux de la présidence dont l’accès était bloqué par les forces de l’ordre à grand renfort de gaz lacrymogène. Au moins sept personnes ont ainsi trouvé la mort depuis le début du soulèvement jeudi.

Deux milliards d’euros détournés

Les confrontations entre les forces de l’ordre et les jeunes, majoritairement issus des quartiers populaires, ont été violentes. A distance, les deux groupes se sont longuement envoyé et relancé des pierres et des grenades lacrymogènes. En périphérie de la plus grande place d’Haïti, où la foule a terminé son parcours, quelques pillages ont été réalisés dans les commerces environnants.

La frustration populaire a été exacerbée par la publication, fin janvier, d’un rapport de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements de près de deux milliards de dollars du fonds Petrocaribe, un programme d’aide offert à Haïti par le Venezuela depuis 2008. Une quinzaine d’anciens ministres et hauts fonctionnaires sont épinglés. De même qu’une entreprise dirigée à l’époque par Jovenel Moïse, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d’une route sans signature de contrat.