Offrir un sex-toy pour la Saint-Valentin: Un cadeau comme un autre ou choix tabou?

TOUT SEXPLIQUE Si les femmes n'hésitent plus à pousser les portes des lovestores pour trouver de quoi pimenter un peu une soirée coquine en amoureux, les hommes peuvent parfois être plus frileux à explorer l'univers des sex-toys avec leur moitié

Anissa Boumediene

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Pour certains, offrir un sextoy pour la Saint-Valentin est encore tabou.
Pour certains, offrir un sextoy pour la Saint-Valentin est encore tabou. — JS EVRARD/SIPA
  • A l'occasion de la Saint-Valentin, certains amoureux vont s'offrir des cadeaux coquins.
  • Parmi les best-sellers, on retrouve des lubrifiants parfumés ou encore des bougies de massage.
  • Mais pour ce qui est des godemichés et autres gaines péniennes, là, on est plutôt dans le registre de l'achat et de l'utilisation en solo.

C’est la fête des amoureux. L’occasion pour certains de penser aux moyens de pimenter une soirée coquine. Car outre les chocolats et les fleurs, il y a d’autres plaisirs que certains choisissent d’offrir : ceux qui s’achètent en sex-shop. Menottes en fourrure, lubrifiants parfumés et autres bougies de massage comptent ainsi parmi les best-sellers des cadeaux coquins que l’on peut (se) faire. Mais l’offre est bien plus large, et comprend aussi quelques jouets un peu plus pimentés, à l’instar des anneaux vibrants, des godemichés pour ces dames ou encore des stimulateurs prostatiques pour ces messieurs. Toutefois, offre-t-on aussi facilement à l’élu(e) de son cœur un sex-toy qu’une boîte de chocolats ? Comment est accueilli ce cadeau qui sort des sentiers battus ?

Des sex-toys mignons et kits ludiques à utiliser à 2

Devanture aux tons pastel, déco soignée, quand on passe les portes du lovestore parisien Le Passage du désir dans le Marais, l’ambiance est bien différente des sex-shops à l’épais rideau de velours rouge du quartier de Montparnasse ou de Pigalle. Et ce n’est pas un hasard car ici, ce sont plutôt les femmes qui poussent les portes de ces temples du plaisir et qui passent à la caisse. Et ce qui leur plaît beaucoup à l’occasion de la Saint-Valentin, « ce sont les kits, des packages pour une soirée coquine, qui comprennent par exemple une huile de massage et un petit accessoire comme un anneau vibrant » explique Alice, qui travaille dans le lovestore parisien. « Les femmes se sont davantage ouvertes sur ces questions à travers certaines séries, et par l’attrait de nouveaux accessoires au design ludique, analyse le Dr Patrick Papazian, sexologue et auteur de Parlez-moi d'amour (éd. L’Opportun). Elles veulent explorer de nouvelles choses, avoir une sexualité plus ludique et inventive ». Anna, la trentaine, a ainsi prévu « un lubrifiant à la cerise et un anneau vibrant pour pimenter la soirée de la Saint-Valentin avec [son] amoureux. C’est pour s’amuser, tester un truc un peu fun. »

Et souvent, c’est traînés par leur chérie par ces messieurs découvrent ces nouvelles boutiques pour adultes. « L’année dernière, après un petit resto en amoureux à Montmartre pour la Saint-Valentin, en redescendant sur Pigalle, la curiosité nous a poussés à entrer dans un grand sex-shop qui faisait plus supermarché coquin que le petit truc glauque, raconte le jeune homme. On a pris un petit truc, et madame était beaucoup moins gênée que moi d’être là-bas, ce qui ça avait l’air d’être le cas pour tous les couples présents dans la boutique ». Un constat que partage le sexologue : « Dans ces boutiques, les hommes ont toujours l’air de se demander ce qu’ils font là et marchent tête baissée trois pas derrière leur compagne. Les femmes, elles, trouvent ça amusant. »

Et outre les bougies de massage et les anneaux vibrants qui ont la cote auprès des acheteuses pour la Saint-Valentin, le cru 2019 fait aussi la part belle à un petit œuf réservé au plaisir de monsieur. « C’est à utiliser pour un jeu de masturbation masculine, la base de l’œuf se retire puis l’œuf se met comme un petit bonnet sur l’organe masculin, explique Alice. C’est un petit objet joli et mignon, au design ludique et soigné, ça apporte un peu de piment de la part des femmes et ce n’est pas effrayant pour les hommes, c’est l’occasion de s’amuser un peu durant les préliminaires ».

Les gros sex-toys achetés et utilisés en solo

La Saint-Valentin, c’est donc l’occasion d’explorer de nouveaux plaisirs à deux. Mais pour certains accessoires promettant l’extase, l’achat se fait plutôt en solo, pour un usage en solo. Et c’est valable pour les hommes comme pour les femmes. « Je n’oserais pas offrir un godemiché à ma compagne, confie Raphaël, c’est assez gênant comme cadeau. Un truc un peu plus subtil comme des huiles de massage ou un jeu pourquoi pas, mais ça s’arrête là. » Même point de vue pour Thomas : « Chacun ses désirs et ses envies dans son couple, mais un sex-toy c’est relativement personnel », estime le jeune homme. Est-ce à dire que c’est tabou ? « Sûrement, répond-il, je ne me vois pas annoncer avoir acheté un sex-toy à ma partenaire, je serais mal à l’aise ». Et si Anna a trouvé marrant de faire quelques emplettes dans un lovestore, « jamais je n’offrirais à mon mec un sex-toy de type vaginette, ça ne me viendrait même pas à l’esprit. Non seulement c’est gênant à acheter et à offrir, mais je me verrais encore moins l’utiliser avec lui ».

Pourquoi cette gêne ? « En réalité, la sexualité n’est pas forcément beaucoup plus libérée ou plus simple, elle est parée de beaucoup de pudeur, et le sex-toy est la représentation de ce constat, expose le Dr Papazian. Les femmes se sont davantage ouvertes sur ces questions à travers certaines séries, et par l’attrait d’accessoires au design ludique. Mais les hommes, eux, ne sont pas ouverts du tout à la question des sex-toys, ils n’ont pas encore fait leur révolution sur ce terrain-là, ils n’y sont pas prêts, même sous l’influence de leur compagne. »

Certains schémas sous la couette auraient encore la vie dure. « On est encore dans une sexualité très phallo-centrée, poursuit le sexologue, et l’homme a un rapport assez freudien au sex-toy. Il considère que le meilleur sex-toy, c’est lui, donc il n’est clairement pas ouvert à son utilisation dans le couple. D’autant que le fait d’utiliser un sex-toy laisse planer l’idée que la sexualité sans accessoire n’est pas assez ludique, que les sex-toys s’adressent à ceux qui n’arrivent pas à trouver la voie d’un renouvellement de leur sexualité, alors que c’est une voie en soi ». Les hommes auraient-ils peur d’être remplacés par un objet en silicone et à piles ? « Le sex-toy inspire une forme de crainte, de concurrence d’un objet qui pourrait être capable de procurer au moins autant de plaisir sexuel qu’eux à leur partenaire, il y a un côté dérangeant, voire humiliant. Et c’est pareil pour les femmes, elles ne vont pas offrir de sex-toy ressemblant à un vagin à leur compagnon. Il y a dans cette catégorie de sex-toys un côté "substitut" qui peut-être dérangeant au sein du couple ».

Sexuellement incorrect. Libérez votre désir. Le sexe n’a pas de genre, éditions La Martinière, 17,50 euros.