Le serveur d’un restaurant parisien était-il armé d’un Flash-Ball pendant l’acte 13?

FAKE OFF Une photo virale prise pendant l'acte 13 des « gilets jaunes » montre un serveur de restaurant parisien tenir un Flash-Ball dans son dos

Alexis Orsini

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Flashball, image d'illustration.
Flashball, image d'illustration. — RACKAM/WPA/SIPA
  • Depuis l’acte 13 des « gilets jaunes », le 9 février, une photo est devenue virale. On y voit une foule de manifestants face à un serveur de café, qui tient un Flash-Ball dans son dos, et un autre employé avec la même arme.
  • Le premier internaute à avoir tweeté la photo assure à « 20 Minutes » qu’elle n’est pas retouchée.
  • Le restaurant en question confirme qu’il s’agit de membres de son personnel mais soutient qu’ils n’avaient pas de Flash-Ball.

« Est-ce normal que ce barman en service possède un Flash-Ball ??! », « ACTE 13 PARIS : pour ceux qui pensaient que des [ gilets jaunes] avaient attaqué un café "gratuitement" : il s’agissait d’une riposte suite à la sortie de deux employés armés de Flash-Ball ! »…

Depuis le 9 février au soir, une photo suscite de vives réactions au fil de ses partages sur des groupes Facebook de « gilets jaunes » : on y voit, à la terrasse d’un restaurant, un homme en tenue de serveur tenir dans son dos une arme ressemblant à un flash-ball, face à une foule de manifestants. A l’intérieur de l’établissement, un autre homme vêtu d’un manteau noir tient une arme similaire, également entourée en rouge.

Si le restaurant en question se trouve bien à Paris, à deux pas de la tour Eiffel, le déroulé des évènements donne lieu à deux versions contradictoires.

FAKE OFF

Sotiri Dimpinoudis, le journaliste indépendant qui est le premier à avoir partagé la photo samedi soir, peu après 23 heures, explique à 20 Minutes l’avoir reçue « d’un internaute sur un espace de discussion anonyme » et affirme qu’elle « n’est pas truquée ».

La direction du restaurant, absente au moment des faits (samedi en fin d’après-midi), a pu consulter les bandes vidéo depuis. Elle nous confirme que l’homme en question est bien l’un de ses serveurs mais elle conteste la présence des armes : « Je pense que c’est une photo retouchée, il tenait juste son plateau de dos comme il en a l’habitude, j’en ai parlé avec lui avant son départ en vacances. L’homme en noir fait aussi partie de l’équipe mais il n’avait pas de Flash-Ball lui non plus ».

« Un groupe a commencé à provoquer les policiers à proximité puis à casser les tables, les chaises, et le serveur a reçu un coup alors qu’il les rangeait. Certains "gilets jaunes" ont aidé à ranger. Mais c’est la première fois qu’on a de la casse depuis le début des manifestations, même si on recevait des menaces, les premières semaines, de "gilets jaunes" qui traitaient les serveurs de "gosses de riche", ce qui n’est pas du tout le cas puisqu’ils travaillent dur et sont directement impactés par la baisse de fréquentation » poursuit l’établissement, qui a fermé ses portes à ce moment-là avant de rouvrir dans la soirée.

Un Flash-Ball authentifié par son fabricant

Le périmètre entourant le restaurant a bien été le théâtre de tensions assez vives entre manifestants et forces de l’ordre, comme on peut le voir sur des séquences du live vidéo de Brut filmées peu après 16h20 : une charge des forces de l’ordre (à 3:19:30), l’arrivée d’un camion de pompiers (à 3:26:00) pour éteindre une voiture incendiée.

On y aperçoit aussi brièvement l’un des serveurs du restaurant (à 3:24:52) en train de ranger la terrasse, un plateau à la main, sans qu’on puisse clairement voir s’il tient un Flash-Ball. Laurent Bortolussi, journaliste de l’agence Linepress qui est passé devant le restaurant – comme on peut le voir sur l’archive du direct vidéo – indique pour sa part : « C’est un endroit où ça tapait un petit peu mais je n’ai rien vu de spécifique. La fin de la manifestation était au niveau du mur pour la paix [un monument sur le Champ-de-Mars], j’y suis resté un moment. Quand je suis arrivé [devant le restaurant], c’était après le début des incidents, à la tête du cortège. Il y avait beaucoup de projectiles et de voitures brûlées »

Le Flash-Ball visible sur la photo est en tout cas un modèle assez courant, comme le confirme à 20 Minutes son fabricant, l’entreprise d’armurerie Verney-Carron : « ll s’agit bien d’un Flash-Ball, qui est une marque déposée, et plus précisément d’un Flash-Ball compact. Il est autorisé à la vente au public à condition de montrer un certificat médical et d’en faire la déclaration en préfecture ».

« Il y a un amalgame entre Flash-Ball et LBD. Cette confusion vient du fait que le terme de Flash-Ball a longtemps été utilisé dans les médias pour désigner les LBD40 des forces de l’ordre, qui font des dégâts bien plus dangereux. Le Flash-Ball n’a quasiment pas été utilisé par les forces de l’ordre, ou en tout cas de manière très brève avant d’être abandonné, et la version commercialisée aujourd’hui est bien moins puissante que celle dont disposait la police », rappelle l’entreprise.

Parmi ses clients, Verney-Carron compte donc notamment « des commerçants, des propriétaires de camping-cars, de bateaux qui cherchent à se défendre » à l’aide de cette arme « conçue pour donner la capacité à tout individu de se défendre de façon simple ». En décembre 2018, franceinfo avait notamment rencontré un bijoutier qui avait eu recours à un Flash-Ball afin de faire fuir des casseurs qui s’en prenaient à sa boutique.

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