VIDEO. Quels sont les pires dispositifs anti-SDF «primés» par la Fondation Abbé-Pierre

SOCIAL La Fondation Abbé-Pierre a remis ce mercredi soir des « Pics d’or » lors d’une cérémonie satirique pour dénoncer l’essor du mobilier urbain anti-SDF

Delphine Bancaud

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Le 11 juin 2014, des pics installés devant une banque parisienne dans le 2e arrondissement de Paris.
Le 11 juin 2014, des pics installés devant une banque parisienne dans le 2e arrondissement de Paris. — G. de la Bourdonnaye/20 minutes
  • Ce mercredi soir a eu lieu la première cérémonie des « Pics d’or », des prix décernés par la Fondation Abbé-Pierre aux pires dispositifs anti-SDF.
  • « Ces dispositifs anti-SDF sont intégrés dans les pratiques de certains architectes et urbanistes qui redoublent d’innovations depuis une dizaine d’années pour créer ces aménagements », dénonce Christophe Robert, le délégué général de la Fondation.

Des prix pour dénoncer des pratiques inhumaines avec un rire grinçant. Ce mercredi soir a eu lieu la première cérémonie des « Pics d’or », des prix décernés par la Fondation Abbé-Pierre aux pires dispositifs anti-SDF. « Il y a un an, nous avons lancé la plateforme « soyonshumains.fr » pour que les citoyens y postent des photos d’équipements urbains anti-SDF. Avec cette remise de prix satirique, nous voulons inviter la société à prendre conscience de quelle manière elle repousse ses exclus toujours plus loin des regards », explique à 20 Minutes Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre.

Et à consulter les lauréats de cette année, on ne peut qu’être étonné de l’inventivité des copropriétés, des mairies, des commerçants et des entreprises pour dissuader les sans-abri de rester au pas de leurs portes. « Ces dispositifs anti-SDF sont intégrés dans les pratiques de certains architectes et urbanistes qui redoublent d’innovations depuis une dizaine d’années pour créer ces aménagements. Il y en a de plus en plus dans l’hyper centre des villes. Et certaines d’entre elles s’échangent leurs pratiques en la matière », dénonce Christophe Robert.

Un dispositif anti SDF.
Un dispositif anti SDF. - plateforme soyonshumains.fr

« Il s’agit d’empêcher à un SDF de s’allonger »

Ainsi dans la catégorie « Fallait oser », le « pic » du dispositif le plus décomplexé a été attribué à un Abribus sans banc avec un seul siège situé à Biarritz, avenue d’Anglet. « Il s’agit d’empêcher à un SDF de s’allonger », souligne Christophe Robert. Le prix « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », saluant le dispositif le plus contradictoire a lui été remis à un centre de santé situé à Paris qui a disposé des sortes de grilles devant ses portes pour que les SDF ne puissent pas s’y arrêter. « Mais on aurait aussi bien pu primer la ville de Lourdes qui a adopté un arrêté anti-mendicité », lance Christophe Robert.

Un dispositif anti-SDF à Biarritz.
Un dispositif anti-SDF à Biarritz. - plateforme soyonshumains.fr

La récompense du dispositif le plus fourbe intitulée « Ni vu ni connu », a été attribuée à une devanture rue Bayard à Toulouse, ou des pots de fleurs semblent être là pour décorer. Sauf que des pics sont disposés par terre, ce qui permet de comprendre que cet attirail visait à éloigner les sans-abri. Reprenant la chanson de MC Solaar, le « pic » de l’arrêté anti-mendicité « Bouge de là » est attribué à la ville de Besançon.

Des murets truffés de clous

Quant à la catégorie la plus en vue, intitulée « le clou », « récompensant » le dispositif le plus agressif, il est attribué à une agence bancaire située à Paris, dont les murets sont truffés de clous au cas où l’on aurait eu l’idée de s’y installer. Mais la France n’est pas seule à devoir rougir, comme le montre le prix « C’est pas mieux ailleurs », qui a été attribué à la Suède. Incroyable mais vrai, dans ce pays, les SDF peuvent obtenir un permis de mendier pour 15 euros !

Un dispositif anti-SDF à Paris.

Avec cette mise en lumière des pires dispositifs, la Fondation Abbé-Pierre espère que certains d’entre eux seront désinstallés : « L’an dernier, la mairie de Paris a supprimé un aménagement après notre mauvaise publicité », explique Christophe Robert. « Il faut surtout que cela pousse chacun à s’interroger sur l’impact de ces dispositifs anti-SDF. Non seulement, ils empêchent les sans-abri de se protéger de froid, mais quand ils se cumulent à l’absence de point d’eau dans la ville, de toilettes publiques et à des arrêtés mendicité, cela devient une stratégie d’exclusion complète », dénonce-t-il.