Rapatriement des djihadistes français: «Est-ce qu’on pourra voir notre petit-fils? C’est le silence complet, on ne sait rien!»

JUSTICE Le gouvernement envisagerait de rapatrier les combattants français de Daesh détenus par les Kurdes en Syrie. Leurs proches déplorent le silence du gouvernement 

H.S.

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Le gouvernement français envisagerait désormais de rapatrier les enfants de djihadistes détenus en Syrie.
Le gouvernement français envisagerait désormais de rapatrier les enfants de djihadistes détenus en Syrie. — FADEL SENNA / AFP
  • Selon des sources françaises citées par l’Agence France Presse, une soixantaine de djihadistes adultes français sont à ce jour détenus par les forces kurdes en Syrie.
  • Au moins 90 enfants en bas âge se trouveraient également dans des camps, notamment dans le nord-est du pays.
  • Alors que le gouvernement envisagerait leur rapatriement en France, une association, qui regroupe près de 70 familles françaises de proches ayant rejoint un territoire tenu par, a sollicité par courrier tous les députés – français et européens –, sénateurs et ministères susceptibles de les entendre. Sans succès.

« Les seules informations qu’on obtient, c’est en regardant BFMTV », soupire Samira*. A quarante ans, cette mère de famille installée dans le nord de la France n’a plus de nouvelles de son fils depuis le mois de décembre. Parti en 2016 avec sa compagne pour rejoindre les rangs de Daesh, il serait détenu depuis plus d’un an par les forces kurdes en Syrie. Sa conjointe, qui a accouché depuis d’un petit garçon, est elle aussi retenue dans un camp au nord du pays avec son enfant.

Alors que l’option d’un rapatriement de ces ressortissants français était exclue depuis des années, elle serait désormais sérieusement envisagée par le gouvernement français, poussé par l’annonce soudaine d’un retrait de l’armée américaine en zone irako-syrienne. Mais face à ce changement de position, les familles de ces djihadistes français oscillent entre espoir et inquiétude, s’estimant mises de côté par les pouvoirs publics.

« Je reste sur mes gardes »

C’est un travail de fourmi qu’a entrepris depuis des mois, le collectif « familles unies ». Cette association, qui regroupe près de 70 familles françaises de proches ayant rejoint un territoire tenu par Daesh, a sollicité par courrier tous les députés – français et européens –, sénateurs et ministères susceptibles de les entendre.

« Nous n’arrêtons pas de prendre contact avec les autorités pour soulever la question du retour, en particulier des enfants toujours détenus en Syrie. Jusqu’à présent, nous n’avons obtenu que des fins de non-recevoir », déplore Thierry Roy, membre du collectif et père d’un jeune garçon décédé après s’être engagé dans les rangs de Daesh. Les quelques courriers renvoyés au collectif par les cabinets des différents ministères, et consultés par 20 Minutes, évoquent des « contraintes d’agenda » ou renvoient vers le tout récent secrétariat d’Etat chargé de la Protection de l’enfance.

L’hypothèse d’un rapatriement par l’intermédiaire de forces spéciales américaines d'« environ 150 » Français détenus en Syrie, et « fortement envisagée » par le gouvernement, a suscité chez Samira des sentiments mitigés. « Quand le ministre de l’Intérieur l’a évoquée, j’étais euphorique. Puis on a appris par la presse que l’option d’en transférer certains en Irak pour qu’ils soient jugés sur place était aussi examinée. Alors je reste sur mes gardes », confie-t-elle.

« C’est le silence complet »

Depuis la capture de son fils âgé de 21 ans, la quadragénaire déplore l’isolement dans lequel est plongée sa famille, comme la majorité des proches des djihadistes français. « C’est le silence complet. On ne sait rien. Personne ne veut nous recevoir. On se pose évidemment pleins de questions : Est-ce qu’on sera averti en cas d’un rapatriement ? Est-ce qu’on pourra voir notre petit-fils ? J’ai du mal à rester en place, j’ai constamment mon téléphone à la main, à l’affût de la moindre nouvelle », poursuit Samira.

Au flou logistique s’ajoute également le sentiment d’un manque de considération pour les proches des combattants partis en zone irako-syrienne. « On ne nous considère pas du tout comme des victimes collatérales. Pourtant, malgré les signalements de radicalisation par certains parents, les autorités les ont laissé partir. Et aujourd’hui certains responsables politiques nous disent : "qu’on les laisse crever là-bas ?"Mais on a besoin qu’ils s’expliquent ! On a besoin de comprendre ! », insiste Samira.

Une « nécessité » appuie aujourd’hui Thierry Roy : « Nous sommes aussi en quête de vérité. Nous militons pour un rapatriement des enfants, en application avec les conventions internationales qui protègent les droits des enfants. Mais ils doivent rentrer avec leurs parents. Lorsque la justice sera saisie, ils devront répondre de leurs actes devant les tribunaux. »

Contactés par 20 Minutes, ni le secrétariat d’Etat chargé de la Protection de l’enfance, ni le Quai d’Orsay n’ont répondu à nos sollicitations.

*Le prénom a été modifié