Comment le gouvernement veut pré-recruter des profs pour susciter des nouvelles vocations

EDUCATION Ce dispositif de recrutement d'étudiants fait partie du projet de loi « Pour une école de la confiance », débattu à l'Assemblée nationale à partir de ce lundi

Delphine Bancaud

— 

Un professeur de mathématiques (illustration).
Un professeur de mathématiques (illustration). — Pixabay
  • Le projet de loi « Pour une école de la confiance » est étudié à l’Assemblée nationale à partir de ce lundi et prévoit le pré-recrutement de profs.
  • Ce dispositif s’adresse à des étudiants de licence qui se destinent à devenir enseignants et qui pourront cumuler leur rémunération avec une bourse.
  • Les assistants d’éducation se verront progressivement confier des fonctions d’enseignement.

Le constat est le même depuis des années : faute de candidats en nombre suffisant, certains postes de professeurs ne sont pas pourvus dans le primaire (notamment dans les académies de Créteil, Versailles, la Guyane, etc.) et dans le secondaire (surtout en mathématiques, anglais, lettres et allemand). Et tous les ministres de l’Education ont tenté de remédier à ce problème, en vain. Au tour de  r Jean-Michel Blanquer de relever le défi.

Le projet de loi « Pour une école de la confiance », porté par le ministre de l’Education nationale qui va être étudié à l’Assemblée à partir de ce lundi, prévoit un dispositif de pré-recrutement d’étudiants qui se destinent à être profs. 20 Minutes détaille ce qui devrait mis en œuvre si le texte est voté en l’état.

En quoi consiste le pré-recrutement ?

Le principe est simple : il s’agit de rémunérer les étudiants pendant leurs études, en échange de leur engagement à servir l’Education nationale. Objectif : redonner de l’attractivité au métier d’enseignant et permettre à des étudiants issus des classes populaires de se projeter dans une carrière de prof. « On va recruter des jeunes en L2 pour un contrat de trois ans. Et en fin de M1, ils passeront le concours avec trois ans d’expérience », indique à 20 Minutes, Edouard Geffray, directeur général des ressources humaines de l’Education nationale.

Les étudiants alterneront entre leurs études et un temps de présence de huit heures par semaine en établissement scolaire (soit deux demi-journées). « Pour ceux qui se destinent à devenir professeur des écoles, ils seront concentrés dans les académies déficitaires. Pour le second degré, ce seront prioritairement des étudiants dans les disciplines déficitaires (maths, langues, etc.) », poursuit Edouard Geffray. Ces jeunes seront recrutés sous le statut d’assistant d’éducation.

Quelles seront les missions des assistants d’éducation ?

Les missions attribuées à ces assistants d’éducation seront progressives. « On ne parachutera pas des jeunes sans expérience devant les élèves. Mais l’on construira une trajectoire. En L2, les étudiants seront en observation d’un enseignant titulaire qui sera leur tuteur. Ils pourront cependant participer au dispositif « devoirs faits » au collège. En L3, ils seront en co-intervention avec un autre enseignant et pourront prendre en charge des petits groupes d’élèves. Et en M1, ils seront en responsabilité face aux élèves », précise Edouard Geffray.

Combien de jeunes seront prérecrutés ?

« On va monter en charge progressivement », indique Edouard Geffray. Pour la rentrée 2019, l’objectif du ministère est d’atteindre 1.500 pré-recrutements et pour l’année 2020 et les suivantes 3.000 pré-recrutements par an. « A terme, ces prérecrutés représenteraient 15 % des lauréats aux concours », précise la rue de Grenelle.

Combien seront-ils rémunérés ?

« La pré-professionnalisation va lever la contrainte financière », assure Edouard Geffray. Notamment car la rémunération des assistants d’éducation sera cumulable avec une bourse. En L2, le jeune touchera 683 euros par mois, 963 euros l’année suivante et 980 euros en master 1. Et si on prend l’exemple d’un jeune touchant une bourse d’échelon 2, il percevra 944 euros net en L2, 1.214 euros en L3 et 1.231 euros en M1.

Quelles sont les chances que le dispositif fonctionne ?

Le pré-recrutement n’est pas une idée nouvelle puisque, en 2012, le gouvernement précédent avait créé des contrats d’avenir professeurs pour réembaucher des enseignants. Un dispositif qui était resté embryonnaire. Mais avec ce nouveau dispositif, le ministère est plus confiant : « Les conditions financières ne sont pas les mêmes. Notamment parce que le jeune peut cumuler l’indemnité avec une bourse », souligne Edouard Geffray. Mais difficile de savoir si l’argument financier suffira à attirer les foules.

Xavier Marand, secrétaire général adjoint du Snes-FSU n’est pas très optimiste : « Je ne crois pas que cela suffise pour résoudre la crise du recrutement. Car pour un titulaire de master en maths, le secteur privé restera plus attractif. Ou alors il faudrait revaloriser les salaires des enseignants de manière conséquente et améliorer leurs conditions de travail », estime-t-il.

Pourquoi les syndicats sont-ils inquiets ?

Le Snes-FSU est favorable au pré-recrutement qui reposerait sur un système de rémunération de l’étudiant contre son engagement à rester au service de l’Etat. « Mais pas à ce dispositif de préprofessionnalisation. Car le fait qu’un étudiant se retrouve face aux élèves en M1 nous pose problème. Il ne sera pas suffisamment formé pour cela », explique à 20 Minutes, Xavier Marand. « Par ailleurs, dans un contexte de suppressions de postes, nous craignons que ces assistants d’éducation servent de bouche-trous, de remplaçants au pied levé », poursuit-il.

D’autres syndicats redoutent que ces assistants d’éducation occupent aussi des fonctions de surveillant. Mais Edouard Geffray s’inscrit en faux : « Les jeunes prérecrutés le seront sous le statut d’assistants d’éducation, mais ils auront un contrat spécifique avec des missions différentes de celles des autres assistants d’éducation (AED). Il n’est pas question qu’ils surveillent la cantine, par exemple. Ils ne vont pas non plus remplacer un prof absent », assure-t-il.