VIDEO. La mobilisation des «gilets jaunes» marque le pas pour l'acte 13, qui s'est achevé par des incidents à Paris

MANIFESTATION Le ministère de l'Intérieur a comptabilisé 51.400 manifestants dans toute la France

B.C. avec AFP

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Manifestation de
Manifestation de — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

Des milliers de « gilets jaunes » ont manifesté samedi en France pour leur acte 13, après presque trois mois de contestation, et les rassemblements ont à nouveau été marqués par des incidents dans la capitale.

 

Les manifestants étaient 51.400 manifestants en France, dont 4.000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur, dont les chiffres sont contestés par les « gilets jaunes ». Ils étaient 58.600, dont 10.500 à Paris la semaine précédente, toujours selon le ministère de l’Intérieur. Un décompte parisien fait par le cabinet Occurence pour plusieurs médias, dont l’AFP, avait recensé samedi dernier 13.800 « gilets jaunes » dans la capitale.

Violences et main arrachée

Dans la capitale, des incidents ont éclaté à l’arrivée du cortège devant l’Assemblée nationale, où un manifestant a eu une main arrachée. Selon la préfecture de police, il a eu « quatre doigts arrachés ». La cause de la blessure reste incertaine. Mais, selon un témoin interrogé par l’AFP, il s’agit d’une « grenade de désencerclement », lancée par les forces de l’ordre, alors que des manifestants tentaient d’enfoncer les palissades protégeant l’Assemblée.

Des incidents ont eu lieu sur le parcours de la manifestation, qui est arrivée vers 16h30 près de la Tour Eiffel, dans une ambiance très tendue. Du mobilier urbain et des distributeurs de banques ont été cassés, une dizaine de véhicules a été incendiée, principalement des voitures de luxe, mais aussi une voiture de la mission antiterroriste militaire Sentinelle. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a dénoncé sur Twitter des « attaques intolérables » et exprimé son « indignation et dégoût ».

À 18h45, la préfecture de police comptait 36 interpellations à Paris. Il y avait 16 personnes en garde à 17h, selon le parquet de Paris.

Mobilisation forte en région

À Toulouse comme à Bordeaux, des villes où la mobilisation a été très forte et marquée par des heurts plusieurs samedis d’affilée, des milliers de « gilets jaunes » ont manifesté. « En route pour un monde meilleur », clamait une banderole à Bordeaux, où les forces de l’ordre ont utilisé un canon à eau en fin de parcours.

À Lyon, ils étaient aussi plusieurs milliers dans les rues. Parmi eux, Bernard, un logisticien de 56 ans : « C’est bien beau le grand débat, mais nous, on veut du concret, moins de taxes, plus de pouvoir d’achat. On sera là tous les samedis de l’année s’il le faut ».

À Dijon, autre place forte du mouvement, le cortège s’est élancé aux cris de « Macron démission ». Emmanuel Macron « ne parle pas, il fait un monologue », a déclaré Nadine, 55 ans, qui ne croit pas au grand débat. « On a encore l’espoir que (les manifestations) ouvrent un peu les yeux » au président.

Un mouvement fragmenté

Le mouvement des « gilets jaunes » apparaît toujours très fragmenté. D’un côté, certains souhaitent faire prospérer la colère sociale, quitte à remiser leur méfiance des syndicats, pour manifester avec la CGT : une première journée d’action a rassemblé 137.200 personnes en France mardi, selon l’Intérieur, plus que lors des dix derniers « actes » des « gilets jaunes ».

De l’autre, beaucoup veulent éviter toute récupération politique, au moment où Rome multiplie les encouragements au mouvement, dans la perspective des élections européennes. Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles et numéro deux du gouvernement italien, a semé la zizanie en rencontrant mardi Christophe Chalençon - une figure controversée qui a appelé à installer un ancien militaire au pouvoir - et d’autres membres d’une liste de « gilets jaunes » montée pour ces élections.

Une rencontre impromptue, organisée à l’insu de la tête de liste Ingrid Levavasseur, et qui a provoqué une crise diplomatique entre l’Italie et La France.

Pour protester contre toute instrumentalisation, Maxime Nicolle, l’une des figures historiques des « gilets jaunes », s’est déplacé vendredi à la frontière italienne pour répéter que le mouvement « n’a pas de leader » et « est apolitique ».