Ricard: Face à l’augmentation de prix, les Marseillais ne s’inquiètent pas

CONSOMMATION Le prix du Ricard a augmenté début février et le groupe E. Leclerc a décidé de les retirer des rayons

Adrien Max

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Une chaîne de Pernod-Ricard dans une usine de Vendeville, dans le nord de la France, le 31 janvier 2014
Une chaîne de Pernod-Ricard dans une usine de Vendeville, dans le nord de la France, le 31 janvier 2014 — Philippe Huguen AFP
  • La récente loi sur l’alimentation a eu pour conséquence une hausse du prix du Ricard, et d’autres produits de grande consommation.
  • Le groupe E. Leclerc a décidé de retirer des rayons les produits du groupe Pernod Ricard, faute d’accord sur le prix.
  • Les Marseillais restent terre à terre face à cette augmentation et à cette possible pénurie.

« Quand il n’y en aura plus, j’irai en racheter tout simplement. Et pis je n’en bois pas des hectolitres non plus », explique Bruno, la cinquantaine. Bien qu’ils pourraient être chamboulés, les Marseillais restent terre à terre face à l’augmentation du prix du Ricard, et même face à une possible pénurie. Le groupe E. Leclerc a décidé de ne plus commercialiser les marques du groupe Pernod Ricard dans ses supermarchés, à la suite de la récente loi sur l’alimentation entrée en vigueur début février.

Que les Marseillais se rassurent, il n’y a qu’un seul hypermarché Leclerc dans toute la ville. Peu de risque donc de faire face à une pénurie d’un des breuvages les plus consommés de Marseille. « Dès que j’aurai une proposition malhonnête d’un ami pour m’en ramener de la frontière espagnole, je sauterai sur l’occasion », confie Bruno.

Qui trinque ?

Si l’augmentation de prix était actée, le bras de fer entre Leclerc et Pernod Ricard l’était moins. « Difficile de savoir les enjeux derrière cette décision, mais selon toute vraisemblance il s’agit de problème de négociation tarifaire, et sur la marge », estime Yolande Piris, professeur à l’université Panthéon-Assas et spécialiste de la grande distribution. Car la loi impose désormais au distributeur de marger à 10 % minimum sur tous les produits, alors que certains produits d’appels, tel que le Nutella, le café ou le Ricard, étaient souvent vendus à prix coûtant.

« Dans ce cas, c’est soit le distributeur, soit le consommateur qui absorbe cette hausse. La position de Leclerc est de ne pas répercuter sur les consommateurs. Il est probable qu’ils aient tenté de négocier les prix pour ne pas avoir à les subir non plus », précise la spécialiste.

Dans cette période de transition, la loi a un effet pervers comme l’explique Yolande Piris : « Il s’agit de rééquilibrer les relations commerciales, pour qu’elles soient plus performantes pour l’ensemble des acteurs. Plutôt que de partir de l’image prix qui n’est pas le reflet de la réalité, cette loi tend à ce que le coût pour le producteur, le coût environnemental, etc, se répercutent sur le prix. Et ce sont les consommateurs les premiers impactés pour le moment. »

« Du foutage de gueule »

Et la plupart en ont marre de trinquer, comme Laurent, consommateur occasionnel de Ricard. « Quand on voit qu’une marque comme C’est qui le patron rétribue correctement le producteur tout en proposant des prix attractifs, on se demande vraiment à quoi sert cette loi. C’est une façon déguiser pour permettre aux grandes surfaces de continuer à générer de lourds profits », estime-t-il.

Il ne s’interdira pas d’aller acheter une bouteille de Ricard même si c’est « du foutage de gueule ». Et préfère se rassurer comme il peut : « tant que le prix de l’orgeat n’augmente pas, on continuera à boire des moresques ». Les places en terrasse risquent aussi de devenir chères à Marseille puisque les bars ne devraient pas subir cette augmentation.