Bouches-du-Rhône: Après deux mois de grève, l'avenir de la centrale à charbon de Gardanne reste flou

CENTRALE AU CHARBON La fermeture de la centrale à charbon de Gardanne doit intervenir d'ici 2022, mais son avenir reste flou

Adrien Max

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Gardanne le 22 septembre 2011 - La centrale thermique
Gardanne le 22 septembre 2011 - La centrale thermique — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Les salariés de la centrale de Gardanne, promise à la fermeture d’ici 2022, sont en grève depuis deux mois. Ils souhaitent un moratoire sur l’avenir de la centrale, avec comme priorité la transformation vers du charbon vert.
  • Deux réunions sont prévues au mois de février pour évoquer l’avenir.
  • La reprise de la centrale par le groupe EPH pourrait changer la donne.

Ils ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés. Les salariés de la centrale à charbon de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, sont en grève depuis deux mois. Ils s’inquiètent de leur avenir alors que la fermeture de la tranche charbon de la centrale, qui emploie 180 salariés, devra intervenir avant la fin du quinquennat. Cette fermeture est une promesse d' Emmanuel Macron, inscrite dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en novembre 2018.

Face à leur avenir incertain, les salariés réclament un moratoire sur cet arrêt programmé. Des contrats de transition écologique (CTE) ont bien été promis afin d’évoquer la transition des centrales à charbon, il y en a quatre en France, ainsi que le reclassement des salariés. Mais aucune réponse concrète n’a été apportée. « Depuis le début de la grève, pas grand-chose n’a bougé. On est dans une période complètement floue », estime Nadir Hadjali, représentant syndical à la CGT.

Une volonté « irresponsable »

Ce n’est pas la réunion prévue à la sous-préfecture d’Aix-en-Provence, mercredi prochain, qui devrait apporter plus de satisfaction. Elle concernera « la sécurisation du réseau électrique et la reconversion énergétique du site », explique la préfecture. Nadir Hadjali décrypte cet intitulé d’une autre manière. « Il y aura RTE (qui gère le réseau électrique en France), ils vont nous expliquer qu’ils n’ont plus besoin de nous pour approvisionner les Français en électricité, mais ils vont encore se priver de 650 MégaWatt », décrypte le syndicaliste alors que la centrale fonctionne lors des pics de consommation électrique.

Pour Roger Meï, maire de Gardanne depuis près de 42 ans, « la volonté d’Emmanuel Macron de fermer les centrales à charbon à l’horizon 2022 est irresponsable ». Il semble partager la volonté des syndicats, pour une reconversion de l’usine avec du « charbon propre ». « Des solutions d’exploitation industrielles propres existent depuis de nombreuses années, comme le procédé ultra carbofluide pour la dépollution du charbon. Le charbon propre, c’est l’avenir. De même, le bureau de recherches géologiques et minières a récemment livré une étude sur la captation et dépollution du C02 en sous-sol pour en faire un matériau solide », assure l’édile.

Projet de territoire abordé le 22 février

Nadir Hadjali le confirme, « nous travaillons sur un projet de reconversion, que l’on doit boucler ce vendredi avec le cabinet mandaté. Nous devrions être en mesure de le présenter lors de la réunion mais n’importe quel projet de cette ampleur ne peut être réalisé dans un délai aussi court que deux ans ».

Une solution qui ne satisfait pas Cécile Marchand, de l’association Les Amis de la terre. « Le charbon vert ça n’existe pas, estime-t-elle. On en parle depuis vingt ans mais la technique n’est toujours pas mature, comme le reconnaît l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Le charbon reste une énergie fossile, la captation du carbone est une fausse solution. Il faut investir pour réduire nos consommations d’énergie et dans les énergies renouvelables. »

La question du projet de territoire sera quant à elle abordée lors d’une deuxième réunion, le 22 février. Mais le ministère de la Transition écologique et solidaire a d’ores et déjà fait savoir qu’une reconversion en biomasse est exclue, et qu’une reconversion en charbon vert n’était pas sa priorité. Même si « aucune porte n’est fermée ». Quant au timing de la fermeture, le ministère considère qu’il est tout à fait faisable de faire émerger un projet de territoire en six mois, un an, voire un an et demi, avec une clause de revoyure qui permettrait de faire évoluer le projet.

Un rachat qui pourrait rebattre les cartes

Face à la situation, les syndicats sont prêts à engager un bras de fer. « Nous ne sommes pas à court d’idées, ce n’est que le début de la lutte. Ça va être long, donc on va y aller par pallier pour durcir le mouvement », prévient Nadir Hadjali.

Les salariés pourront compter sur le soutien du maire. « Avec les élus de Gardanne et du Territoire nous sommes solidaires des employés en grève. Ne fermons pas la centrale, trouvons des solutions. C’est ce que nous continuerons à défendre le 12 février en Préfecture, en espérant qu’une écologie progressiste, qui prenne en compte l’environnement et les hommes, prévaudra. »

La récente annonce d’un possible rachat de la centrale de Gardanne détenue par Uniper par le groupe tchèque EPH, dirigé par Daniel Kretinsky et spécialisé dans le rachat de vieille centrale, pourrait changer la donne. « Au lieu de préparer et anticiper les fermetures de sites, EPH a plutôt fait ses preuves en matière de licenciements éclairs, transfert des coûts sur le contribuable et lobbying agressif pour décaler les dates de fermeture puis toucher des compensations financières », considère l’association Les Amis de la terre.

L’avenir de la centrale de Gardanne est donc loin d’être fixée.