VIDEO. Incendie à Paris: Quelles sont les normes de sécurité des bâtiments et faut-il les renforcer?

FAITS DIVERS Les pompiers ont mis plus de cinq heures à maîtriser l'incendie meurtrier mercredi à Paris, ce qui pose la question des normes de sécurité sur les incendies...

Oihana Gabriel

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Un incendie dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris fait 10 morts et une trentaine de blessés
Un incendie dans un immeuble du 16e arrondissement de Paris fait 10 morts et une trentaine de blessés — Benoit Moser/AP/SIPA
  • Au moins dix personnes sont mortes et une trentaine ont été blessées dont une grièvement dans cet incendie.
  • Il s'agit de l'incendie le plus meurtrier à Paris depuis près de 14 ans.
  • La femme de 40 ans suspectée d’être à l’origine de cet incendie souffre depuis longtemps de troubles mentaux.

Au moins dix morts et 32 blessés. C’est le terrible bilan humain de l’incendie d’un immeuble mercredi dans le 16 arrondissement de Paris, le plus meurtrier dans la capitale depuis près de quatorze ans. Il a fallu plus de cinq heures aux pompiers pour maîtriser le feu dans cet immeuble de huit étages peu accessible. Retour en quatre points sur cet incendie particulièrement violent, qui pose question sur les normes de sécurité des bâtiments.

Quelles ont été les difficultés rencontrées par les pompiers dans cet immeuble ?

« L’immeuble est enclavé, l’accès se fait par un couloir derrière un immeuble d’habitation », précise un porte-parole de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Impossible de faire passer les camions et donc les grandes échelles. « Le seul moyen, c’était des échelles à coulisse, qu’on a prolongées avec des échelles à crochet, précise-t-il. Un sauvetage périlleux, mais qu’on maîtrise. » Les soldats du feu ont même dû treuiller certains survivants jusqu’au sol.

Paris: Incendie meurtrier dans le 16e arrondissement
Paris: Incendie meurtrier dans le 16e arrondissement - 20 minutes - Slideshow

 

Mais pour ce pompier, ce qui explique surtout ce bilan meurtrier, ce sont les conditions du départ de feu. Cet immeuble des années 1970 de huit étages abritait 72 studios. « Les pompiers ont donc dû secourir une centaine de personnes, les gens étaient plongés dans leur premier sommeil, le plus profond puisqu’il était 1 heure du matin et le feu s’est rapidement propagé puisque à l’arrivée des pompiers, les 7 et 8e étages étaient déjà complètement embrasés. » Ce qui peut s’expliquer, sans doute par l’hypothèse que ce feu était volontaire. « Il y a eu plusieurs foyers distincts, ce qui complique l’action des secours », complète le colonel Philippe Moineau, expert en prévention et porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs pompiers.

Sept personnes sont mortes et une autre a été grièvement blessée dans un violent incendie qui a ravagé un immeuble du 16e arrondissement de Paris. Deux-cents pompiers ont été mobilisés.
Sept personnes sont mortes et une autre a été grièvement blessée dans un violent incendie qui a ravagé un immeuble du 16e arrondissement de Paris. Deux-cents pompiers ont été mobilisés. - Christophe Ena/AP/SIPA

Est-ce que beaucoup d’immeubles peuvent potentiellement présenter ce genre de difficultés ?

Oui, notamment à Paris, où certains bâtiments datent de plusieurs siècles… Mais plus généralement, « dans les villes historiques avec des quartiers qui datent du Moyen-Age, on peut retrouver ce genre de bâtiments enclavés et imbriqués », souligne le colonel Moineau. La réglementation actuelle sur la sécurité incendie date de 1986. Et « on peut estimer qu’elle est efficace puisque plus de 90 % des 600 décès par an dus à un incendie dans des bâtiments d’habitation ont lieu dans des immeubles antérieurs à 1986 », dévoile l’expert en prévention.

« Dans toutes les constructions récentes, l’aspect sécuritaire est pris en compte notamment sur l’accès aux cours et sur la desserte du bâtiment afin que les véhicules de secours puissent intervenir, complète Claude Pouey, directeur technique de l’Association des responsables de copropriété (ARS). Peut-être que cet incendie va montrer qu’il faut aller au-delà. Mais c’est compliqué de démolir des immeubles existants… »

Quelles sont les normes de sécurité incendie pour les immeubles d’habitation ?

« Il y a des normes en fonction de la configuration et du nombre d’étages », prévient Claude Pouey. En effet, il existe dans la nomenclature quatre types de « familles d’immeuble » qui reçoivent des prescriptions différentes. Qu’en est-il pour celui qui a pris feu mercredi ? Selon l’ARS, ce bâtiment de huit étages, donc de la famille B devait comporter normalement des blocs autonomes d’éclairage de sécurité (ces veilleuses qui permettent de trouver la sortie dans le noir), un système de désenfumage, des colonnes sèches (pour que les pompiers puissent faire passer l’eau) et des portes coupe-feu pour les locaux à poubelles.

« Ce qui est paradoxal, c’est qu’il n’y ait pas d’obligation d’extincteurs sur les paliers pour des immeubles de moins de 15 étages, souligne Claude Pouey. Peut-être qu’il faudrait durcir la réglementation. Dans ce cas précis, je pense que cela aurait pu être utile. » Mais un pompier de la BSPP n’est pas du même avis : « Le feu était d’une telle violence et a embrasé les étages avec une telle rapidité qu’un extincteur n’aurait pas pu l’éteindre ». Et encore faut-il que les habitants sachent s’en servir…

Quelles pourraient être les mesures de sécurité supplémentaires ?

Qui est responsable de ces installations de sécurité ? Le propriétaire de l'immeuble (ou la personne responsable désignée par ses soins) doit s'assurer que les équipements sont en bon état de fonctionnement tous les ans. « Le problème, c’est qu’à la différence d’un bâtiment public soumis à des contrôles de la commission de sécurité, pour les bâtiments d’habitation il n’y a pas de contrôle », avance le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs pompiers. La première action à mener, serait peut-être de faire un audit pour être certain que les immeubles respectent les mesures de sécurité incendie. « Sans doute faudrait-il aussi imposer toutes les mesures de sécurité à toutes les familles de bâtiments, suggère Claude Pouey. En attendant, nous conseillons à nos adhérents de doter d’extincteurs leurs immeubles, même s’il n’y a pas obligation. »

Certains internautes s’émouvaient hier que les immeubles parisiens ne disposent pas d’échelles extérieures, encore moins d’escaliers typiques des buildings américains. « Est-ce que les copropriétés doivent se doter d’échelles fixes, pourquoi pas ?, réagit le spécialiste de l’Association des responsables de copropriété. En priorité dans les immeubles avec les cours intérieures. Il y a en tout cas une réflexion à mener par les propriétés et copropriétés sur les équipements qu’il faudrait mettre en place. »

Mais pour le colonel Moineau, le véritable moyen de sauver plus de vies, c’est la pédagogie. « Malheureusement, les gens ignorent quelle conduite tenir en cas d’incendie. On pourrait afficher des consignes écrites sur la porte des logements, comme dans les hôtels. » Et les pompiers de rappeler les bons réflexes, pas forcément évidents à retrouver en cas de panique : il faut rester chez soi, fermer les portes, mettre un linge mouillé sur la porte et se manifester à la fenêtre. « Ce sont les fumées toxiques qui causent le plus de décès et de blessures », rappelle le porte-parole de la BSPP.