Grève du 5 février: Des policiers ont-ils obligé des manifestants à retirer leur gilet jaune pour sortir du cortège à Lyon?

FAKE OFF Une vidéo très partagée sur Facebook montre un policier refuser le passage à un manifestant s'il n'enlève pas son gilet jaune, mardi à Lyon

Alexis Orsini

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Des « gilets jaunes » à Lyon.
Des « gilets jaunes » à Lyon. — KONRAD K./SIPA
  • Une vidéo filmée mardi 5 février à Lyon, lors de la journée de mobilisation de la CGT, montre des « gilets jaunes » arrêtés à un barrage policier.
  • L'un des policiers refuse de laisser passer un manifestant tant qu'il n'a pas enlevé son gilet jaune.
  • Contactée par « 20 Minutes », la préfecture du Rhône revient sur le contexte de cette consigne, qui indigne nombre d'internautes. 

La séquence, filmée à Lyon mardi, lors de la journée de mobilisation de la CGT, à laquelle participaient des « gilets jaunes », est très brève, mais elle est relayée massivement sur différents groupes Facebook depuis sa première diffusion.

On y voit, au sein d’un groupe de manifestants, un homme vêtu d’un gilet jaune qui tente de traverser un cordon de policiers mais se voit bloquer le passage par l’un d’entre eux alors que des manifestants dépourvus de cet attribut peuvent passer sans problème. Le « gilet jaune » s’offusque alors : « Vous avez le droit de m’empêcher de porter un gilet ? Pourquoi ? Je suis pas violent, je manifeste depuis tout à l’heure, j’ai pas envie d’enlever mon gilet. On est en France, on est libres de faire ce qu’on veut, non ? »

Il finit par ôter son gilet jaune « pour faire plaisir » au policier, ce qui lui permet de traverser le cordon… et de promettre dans la foulée de le « remettre tout de suite ». Peu après lui, un autre « gilet jaune » passe pour sa part sans avoir à retirer ce signe distinctif, échappant ainsi à une consigne a priori surprenante.

FAKE OFF

Cette vidéo a bien été filmée à Lyon, mardi 5 février, sur le quai Victor-Augagneur, puis diffusée sur le compte Twitter de l’union syndicale Solidaires du Rhône – avant d’être reprise par des groupes Facebook de « gilets jaunes ». D’autres images, tournées juste avant, montraient déjà le blocage opéré par les forces de l’ordre.

Un membre de Solidaires présent à ce moment-là confirme à 20 Minutes : « C’était vers 13h30, vers la fin de la manifestation, qui était en cours de dispersion. On pouvait circuler librement entre le cordon de policiers sauf si on avait un gilet jaune. »

« C’était un peu ridicule, même pour le malheureux policier qui se retrouve à exécuter les ordres de la préfecture, puisque, comme on peut le voir sur la vidéo, certaines personnes enlèvent leur gilet et le remettent juste après être passées. C’est une forme d’humiliation des manifestants et un abus de droit, puisque porter un gilet jaune n’est pas un délit », déplore ce témoin.

« On ne voulait pas que la manifestation aille plus loin que prévu »

Contactée par 20 Minutes, la préfecture du Rhône tient à préciser le contexte : « La manifestation de la CGT était déclarée et le parcours encadré. Il s’agissait ici de "gilets jaunes" qui souhaitaient prolonger le parcours initialement prévu avec les organisateurs pour aller vers le centre-ville, où il y avait beaucoup de circulation et de piétons. On ne voulait pas que la manifestation aille plus loin que prévu, pour des raisons évidentes de sécurité. »

« Au vu des dégradations commises les semaines précédentes, les forces de l’ordre leur ont indiqué qu’ils ne pouvaient pas se lancer dans un autre parcours non déclaré. Aussi, afin de sortir du périmètre de la manifestation, il leur a été demandé de se dissiper, donc retirer leurs gilets jaunes afin d’éviter qu’ils ne reforment un nouvel attroupement en dehors du parcours de la manifestation », poursuit la préfecture.

Ce n’est toutefois pas la première fois que les internautes s’indignent d’éventuelles sanctions liées aux « gilets jaunes » depuis le début de la mobilisation. Un canular de Nordpresse à propos d’une amende pour « apologie du terrorisme » infligée aux automobilistes plaçant ce signe de ralliement sur leur pare-brise avait notamment suscité une vague d’inquiétude. Au même titre que des témoignages évoquant une amende de 135 euros pour port du gilet jaune pendant la visite d’Emmanuel Macron dans l’Eure, fin janvier, pour le lancement du grand débat national.

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