Précarité, bas salaire, manque de considération... Pourquoi les accompagnants scolaires d'élèves handicapés sont à bout

EDUCATION Les AESH ont manifesté ce mercredi pour demander un meilleur statut et une hausse de salaire

Delphine Bancaud

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Illustration d'un élève handicapé.
Illustration d'un élève handicapé. — ATTILA KISBENEDEK / AFP
  • Les AESH sont souvent à temps partiel, en CDD et ont de faibles rémunérations.
  • Ils ont manifesté ce mercredi dans une trentaine de villes de France.
  • Le gouvernement doit faire des annonces lundi prochain, à l’issue d’une grande consultation sur l’école inclusive.

« On fait un travail difficile auprès d’élèves handicapés, on s’investit totalement dans notre mission, mais elle n’est pas valorisée, au sens propre comme au sens figuré », témoigne Hélène Elouard, AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap à Bordeaux). Comme elle, beaucoup de ses confrères sont en grève ce mercredi pour dénoncer leurs conditions de travail et mettre la pression sur le gouvernement, qui doit faire des annonces lundi prochain, à l’issue d’une grande consultation sur l’école inclusive. Des rassemblements ont d’ailleurs eu lieu dans une trentaine de villes à l’appel de huit syndicats.

Ce que les AESH dénoncent en premier, c’est la précarité de leurs contrats. Car selon le Snes, seulement 57 % d’entre eux exercent à temps complet et ils ne sont que 60 % à avoir décroché un CDI. « Nos conditions de travail sont très précaires. Du coup, on n’a pas accès aux prêts bancaires et on a du mal à se loger », témoigne Nathalie Legros, AESH à Reims. Des avancées ont cependant été constatées ces derniers temps : car depuis la dernière rentrée, il y a davantage d’accompagnants embauchés en CDD qu’en contrat aidé. Et dans Le Figaro, Sophie Cluzel, la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées, a déclaré que « plus aucun contrat du type contrat aidé ne sera recruté à la rentrée 2019 ».

« On réclame un statut de fonctionnaire »

En outre jeudi dernier, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi PS via laquelle les AESH se verront proposer des CDD de trois ans, renouvelables une fois avec un CDI à la clé au bout de six ans. Mais selon le groupe PS à l’Assemblée, le texte a été vidé de sa substance, car il proposait à l’origine « un recrutement direct des AESH en CDI », mesure supprimée en commission. « La perspective de CDI pour quelques-uns est insuffisante pour lutter contre le manque d’attractivité du métier », estime Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU.

« Normalement, le statut de contractuel est dédié aux besoins de recrutement ponctuels. Or, l’Education nationale a besoin de nous tout le temps. On réclame donc un statut de fonctionnaire », indique Floris Lemaire, AESH à Paris.

« Je gagne 1.235 euros net pour un travail à temps plein »

Les AESH dénoncent aussi la faiblesse de leurs salaires. « J’ai onze ans d’ancienneté et je gagne 1.235 euros net pour un travail à temps plein », témoigne ainsi Nathalie Legros. « Mais la moitié des AESH travaillant à mi-temps, ils gagnent plutôt autour de 700 euros par mois », souligne Hélène Elouard.

« On fait aussi un travail invisible qui n’est pas reconnu : on s’autoforme sur notre temps libre, on effectue un travail de coordination avec les enseignements. Tout ça, bénévolement. Quant aux AESH qui bossent dans les REP, ils n’ont pas de prime, alors que les enseignants en ont. Est-ce normal ? », interroge Floris Lemaire.

« On leur demande parfois d’effectuer des tâches qui n’ont rien à voir avec leurs missions »

Quant à la formation des AESH, elle est encore souvent inexistante. Le gouvernement a promis 60 heures de formation annuelles dès 2019. « Mais le ministère ne donne aucune garantie que ces heures seront effectivement suivies. Par ailleurs, les AESH devraient être formés dans les écoles du professorat avec les enseignants », estime Yvon-Yvan Barabinot, responsable des non-titulaires à la CGT éduc’action.

Parallèlement à des meilleures conditions de travail, les AESH réclament aussi une plus grande considération de la société pour leurs missions. Y compris de la part des équipes pédagogiques : « Dans certaines écoles, les AESH ne sont pas pris en compte, n’ont pas d’échanges avec les enseignants, déjeunent dans leur voiture. Et pire, du fait de la précarité de leur statut, on leur demande parfois d’effectuer des tâches qui n’ont rien à voir avec leurs missions, comme faire des photocopies, garder les enfants à la récré… Et quand il y a conflit pédagogique entre l’AESH et un enseignant, en général il est réaffecté ailleurs ou son contrat n’est pas renouvelé », révèle Hélène Elouard. Reste à attendre lundi pour savoir quels remèdes le gouvernement va leur apporter…