«Safer internet day»: «Passer 4 heures par jour sur un écran, c’est excessif», confie Céleste, élève de 4e

REPORTAGE A l’occasion du « Safer Internet day », les collégiens de l’école Massillon ont été invités à s’interroger sur leurs usages des écrans

Delphine Bancaud

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Une élève de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier . Lancer le diaporama
Une élève de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier . — D.Bancaud/20minutes
  • Lors de cet atelier, certains élèves ont pris conscience de leur dépendance au portable.
  • Car la majorité de ces élèves de 4e disent passer entre une et trois heures par jour à jouer, chatter, regarder des vidéos…

« Qui a un téléphone portable ? », interroge Axelle Dessaint, la directrice pédagogique de Tralalère, une société qui contribue à la sensibilisation des élèves français autour du thème « Les écrans, les autres et moi » dans le cadre du « Safer internet day » en France. Ce mardi, les collégiens de 4e de l’école Massillon à Paris participent à un atelier sur le sujet.

Des collégiens de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier
Des collégiens de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier - D.Bancaud/20minutes

Une nuée de mains se lèvent et les collégiens exhibent fièrement leurs portables, pour une fois qu’ils ont le droit de les sortir en classe ! Ils papotent, rigolent, jusqu’au moment où ils sont invités à répondre à un questionnaire en ligne. Quelques minutes plus tard, les réponses de la classe s’affichent sur le tableau numérique. A la question « combien de temps passes-tu par jour sur les écrans ? », la majorité des élèves ont répondu entre une et trois heures.

« J’ai quand même passé 33 heures dessus la semaine dernière »

Des chiffres que leur professeur principal, Alejandro Lopez, leur fait commenter : « Je trouve ça normal », déclare Charlotte. « Moi, je réponds à mes messages, j’écoute de la musique, je regarde des vidéos. Ce sont des petits temps, mais accumulés, ça fait beaucoup », reconnaît Rose. Encouragés par ces premières révélations, certains élèves qui avaient minimisé leur temps d’écran décident d’être un peu plus sincères, à l’instar de Corentin : « Moi je joue à “Overwatch”, Fornite et plein d’autres jeux. Et je dépasse les 5 heures par jour le week-end », déclare-t-il. Plusieurs camarades regardent alors le compteur de leur téléphone pour savoir où ils en sont : « Ah oui, j’ai quand même passé 33 heures dessus la semaine dernière », s’exclame une élève, sans que cela fasse moufter ses camarades.

Une élève de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier
Une élève de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier - D.Bancaud/20minutes

« Notre objectif n’est pas de vous dire que le téléphone, c’est horrible. Mais de vous aider à vous interroger pour savoir si vous êtes victime de votre portable ou si vous l’utilisez librement », commente Alejandro Lopez. « Sans compter que certains réseaux comme Snapchat ont été conçus pour vous donner envie d’y revenir tout le temps », ajoute Axelle Dessaint. Très intéressés par le sujet, les élèves ne cessent de lever la main pour prendre la parole : « Le téléphone, ça comble les trous quand on ne sait pas quoi faire. C’est un peu un signe de flemme de notre part », analyse Gabriel, qui suscite un jeu de mots chez Baptiste. « On fait néant », ironise-t-il.

« On s’est créé le besoin de communiquer instantanément »

Mais lorsqu’on les interroge sur ce qu’ils font sur leurs écrans, beaucoup d’élèves expliquent qu’ils n’en ont pas qu’un usage passif, mais aussi créatif. « Moi j’utilise Photoshop », annonce Corentin. « Je fais des montages vidéo », déclare son camarade. Et plusieurs élèves expliquent faire des dessins en ligne. Quant à ceux qui reconnaissent être addicts des réseaux sociaux, ils s’exposent aux critiques d’Alexandre : « Je ne vois vraiment pas l’intérêt de passer autant de temps sur les réseaux », lance-t-il à sa voisine interloquée.

A l'école Massillon à Paris, un atelier
A l'école Massillon à Paris, un atelier - D.Bancaud/20minutes

« Et que feriez-vous, si on vous demandait de passer une journée sans portable ? », interroge Axelle Lessaint. Les idées fusent : « des jeux de société », « du sport », « discuter avec des amis », « dormir », « lire », « voir des expositions ». « Moi, j’ai cassé mon portable cet été et je n’en ai pas de nouveau depuis. Et j’arrive à vivre », déclare Yvan, rassurant ainsi ses camarades. « On s’est créé le besoin de communiquer instantanément, mais, en fait, ce n’est pas une obligation », ajoute Alejandro Lopez. « Beaucoup d’entre vous ont exprimé le fait que l’utilisation de leur portable était un réflexe, je vous demanderai donc de travailler pour le prochain cours sur de propositions pour mieux l’utiliser », lance-t-il.

« Je vais moins utiliser mon téléphone »

Après deux heures d’atelier, c’est l’heure de la récréation. L’occasion de demander aux élèves ce qu’ils ont pensé de l’atelier. « Après avoir entendu tout ça, je ne vais pas retourner à l’ancien temps, mais je vais moins utiliser mon téléphone », assure Gabriel. Céleste sort aussi de la salle avec de bonnes intentions : « J’ai pris conscience que passer 4 heures par jour sur un écran, c’était un peu excessif. Je vais installer une appli pour évaluer ma consommation », déclare-t-elle.

Des collégiens de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier
Des collégiens de l'école Massillon à Paris lors d'un atelier - D.Bancaud/20minutes

Leur professeur principal ne s’exclut pas du lot des grands consommateurs de smartphone : « Je pense qu’on a tous un problème avec les écrans. C’est pour ça qu’il est utile de s’interroger sur un usage plus modéré que l’on pourrait avoir ». Jérémy Dubois, le responsable pédagogique du cycle 5e-4e, semble lui aussi satisfait de l’atelier : « Comme dans tous les établissements, nous sommes confrontés à des élèves addicts des écrans et à des cas de cyberharcèlement. Ce type d’atelier est l’occasion de faire réfléchir les élèves à une utilisation intelligente du numérique. On n’en attend pas des changements de comportement immédiats, mais c’est une manière de creuser un sillon positif », explique-t-il. Et pour les aider à être moins accros au portable, l’établissement l’a déjà interdit en classe depuis 4 ans !