Mobilités: «Après l’électrification et la grande vitesse, la troisième révolution sera le train autonome»

TRANSPORTS Pour la SNCF comme pour Renault, l’avenir des mobilités passe forcément par l’autonomie des véhicules

Mickaël Bosredon

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Le nouveau TGV Oceane, le 7 décembre 2016 à Bordeaux
Le nouveau TGV Oceane, le 7 décembre 2016 à Bordeaux — SNCF
  • La SNCF est en train de préparer ses premiers trains autonomes pour 2022-2023.
  • Le train autonome devrait permettre de faire rouler 20 % de trains en plus sur une voie.
  • Renault se prépare de son côté au premier véhicule totalement autonome pour 2030.

Sur les questions de mobilité, l’avenir est au véhicule autonome. Invités à s’exprimer vendredi soir à Saint-Médard-en-Jalles près de Bordeaux (Gironde), dans le cadre d’une série de conférences sur Bordeaux Métropole en 2050 (#BM2050), Carole Desnost, directrice de l'innovation et de la recherche à la SNCF, et Olivier Murguet, directeur Commerce et Régions chez Renault, ont clairement affiché les ambitions respectives de leurs entreprises en la matière.

Carole Desnost a ainsi annoncé que « la SNCF est en train de préparer l'étape du train autonome pour 2022-2023. » « Après l’électrification et la grande vitesse, la troisième révolution sera le train autonome, poursuit-elle. Si on s’y intéresse, c’est pour des raisons totalement différentes que pour la voiture autonome, c’est parce qu’il va nous permettre de gagner en capacité sur une infrastructure existante. »

Carole Desnost, directrice innovation et recherche à la SNCF.
Carole Desnost, directrice innovation et recherche à la SNCF. - M.Bosredon/20Minutes

« Sur la ligne Paris-Lyon cela représente trois trains de plus à l’heure »

La SNCF doit en effet faire face à « des perspectives d’augmentation de trafic sur certaines zones, et notamment des LGV (Lignes à grande vitesse), de 20 à 30 %. » Or, « il n’est pas prévu de construire de nouvelles lignes » souligne Carole Desnost. « Le train autonome nous permettra de savoir exactement où est le train, et nous permettra de réduire les distances de sécurité et les espacements entre les trains. Grâce à cela, on peut gagner 20 % de capacité. Par exemple, sur une ligne TGV comme Paris-Lyon, cela représente trois trains de plus à l’heure, soit 4.000 personnes. »

Par ailleurs, « il y a aussi beaucoup d’opérations qu’on va mieux optimiser car elles seront faites à distance et en autonomie totale. Et on va aussi gagner 20 % en énergie, car c’est actuellement l’écart que l’on peut avoir entre deux conducteurs sur un même parcours. »

Attention toutefois, précise la directrice de l’innovation, « les conducteurs ne vont pas disparaître : il y aura toujours un conducteur à bord qui permettra de reprendre le contrôle en cas de problème. »

Pour les véhicules, le premier marché devrait être le centre-ville

Et sur la route ? Olivier Murguet a, lui, annoncé que Renault s’est fixé l’horizon de « 2030 » pour faire rouler les « premiers véhicules complètement autonomes. » « Il y a cinq niveaux d’autonomie, rappelle le directeur Commerce et Régions du constructeur automobile : le niveau 1, c’est le niveau actuel avec les voitures qui se garent toutes seules. Les autres niveaux consistent à, petit à petit, enlever les mains, regarder ailleurs, etc. Tout cela va se mettre en route dans les dix ans qui viennent, et nous investissons fortement sur cette technologie. »

Le premier marché devrait être, d’abord, les centres-villes, avec des navettes pouvant embarquer sept ou huit passagers, et qui rouleront dans des voies dédiées, et avec les véhicules de livraison. « Le transport de marchandises, la livraison dans les deux-trois derniers kilomètres, c’est le marché le plus clairement identifié en la matière. »

« Une demande des consommateurs d’avoir un rapport plus libre envers la voiture »

Pour Olivier Murguet, les avantages du véhicule autonome sont innombrables. « Cela va fluidifier le trafic, car le véhicule réagit de manière identique à chaque événement, il n’est pas distrait, et il maintient les distances de sécurité. Cela va réduire les accidents : les premières expériences démontrent une baisse de 90 % ! Et puis c’est le partage - on met plus de passagers que dans un véhicule classique - c’est la liberté totale. Il y a déjà une demande des consommateurs d’avoir un rapport plus libre envers la voiture : ils veulent prendre un véhicule quand ils en ont besoin, et le laisser où ils veulent. »

Que ce soit chez Renault ou à la SNCF, les acteurs de la mobilité insistent aussi beaucoup sur la diversité des offres de transport, qui va être déterminante ces prochaines années. « La nouvelle mobilité sera déterminée par le smartphone, assure Olivier Murguet, il vous donnera les meilleures solutions pour chaque trajet : vélo, trottinette, ou voiture autonome qui circule sur une boucle déterminée… Ou un mix de tout cela. Et évidemment tout cela se fera en électrique. Bientôt vous pourrez aller de Bordeaux à Londres en prenant des voitures autonomes qui vous amèneront à la gare, puis le train qui vous amènera à Londres, et enfin une autre voiture autonome qui vous acheminera à votre hôtel à l’arrivée. »

Cette variété de l’offre pourrait aussi amener la SNCF à revoir son fonctionnement à certains endroits. « Sur certaines petites lignes, explique Carole Desnost, on peut aussi envisager de conserver le train sur la première partie, et de passer sur du véhicule autonome en fin de parcours, en goudronnant l’emprise ferroviaire pour y faire rouler des navettes qui offriront un meilleur service, car on pourra peut-être en mettre tous les quarts d’heure. Nous avons une multitude de solutions, et cette diversité doit nous permettre d’améliorer la mobilité pour chacun. »