«Parenting»: Pourquoi la course pour devenir un parent parfait finit par nous plomber

FAMILLE L'injonction à être un parent modèle est ressentie parfois douloureusement par les principaux intéressés

Delphine Bancaud

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Une mère et son fils.
Une mère et son fils. — Pixabay
  • A vouloir être un parent parfait, certaines mères et certains pères se mettent une pression excessive.
  • Les effets de cette trop grande exigence se répercutent sur les enfants auxquels on en demande beaucoup.
  • Mais en se débarrassant du mythe de la perfection parentale, on peut retrouver une vie de famille plus équilibrée.

La famille Ricoré, ils en rêvent ! Ils veulent que leurs enfants soient épanouis, polis, nourris au bio, qu’ils aient des bonnes notes à l’école, qu’ils soient sportifs, qu’ils aient des dons artistiques… Et pour y parvenir, les parents ne lésinent pas sur les moyens : ils lisent des ouvrages qui décortiquent les meilleures pratiques éducatives, consultent des psys, participent à des ateliers dédiés à la parentalité, monopolisent les conversations pour parler de leur vie de famille…

Aujourd’hui, force est de constater que l’injonction à être un bon parent est forte. Quitte à être ressentie de manière excessive par les principaux intéressés, comme le constate Frédérique Bertin, psychologue à Rennes et spécialiste de la parentalité : « La société actuelle est très exigeante. Il faut être performant au travail, comme à la maison. Du coup, dès qu’ils deviennent parents, certains adultes se mettent une pression excessive ». Un avis partagé par la psychothérapeute, Laurence Dudek, auteure de Parents bienveillants, enfants éveillés* : « La société actuelle valorisant la compétition, l’éducation n’échappe pas à cet emballement autour de la performance. Il faut être un parent idéal et si possible meilleur que le voisin », affirme-t-elle.

La compétition entre les parents sur l’éducation s’est accentuée

Une recherche de l’excellence parentale qui a été fortement influencée par la littérature pléthorique en éducation, comme le souligne le psychologue Saverio Tomasella, auteur de J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir** : « Les grandes découvertes des pédiatres, comme Françoise Dolto, qui ont mis en évidence le fait que l’enfant était une personne, ont fait évoluer les modes d’éducation. Les parents ont compris que l’on ne pouvait plus réclamer l’obéissance absolue à un enfant, mais qu’il fallait lui expliquer les choses, se remettre en cause…, explique-t-il. L’influence croissante de la pédagogie Montessori et de l’éducation positive participe à cette surenchère à être un bon parent. Cela bourre le crâne d’idées toutes faites qui ne permettent plus forcément aux parents d’être à l’écoute de leurs enfants ».

Les réseaux sociaux ont aussi joué un rôle dans l’essor de cette « dictature » de la bonne parentalité : « Ils ont accentué la compétition entre les parents sur l’éducation. Puisque certains d’eux exhibent les prouesses de leurs enfants ou les activités multiples qu’ils leur proposent », observe Saverio Tomasella.

Le risque d’épuisement pour les parents « hélicoptères »

Si le fait de s’interroger sur ses pratiques parentales est positif, ce n’est plus le cas quand cela vire à l’obsession. Assaillis de recommandations parfois contradictoires, certains parents ne savent plus à quels saints se vouer. « Ils demandent des conseils aux enseignants, aux médecins et aux psychologues, car ils ont besoin de curseurs. Et ceux qui viennent me consulter ont l’impression de ne pas savoir comment élever leurs enfants, ils voudraient que je leur donne des recettes, comme si tous les enfants étaient les mêmes », analyse Frédérique Bertin. « Soumis à des diktats éducatifs qui changent tout le temps, ils perdent leur spontanéité face à leurs enfants », complète Saverio Tomasella.

A force d’être un parent « hélicoptère », qui reste constamment à l’affût des problèmes que pourrait rencontrer son enfant, certaines mères et certains pères s’écroulent sous l’immensité de la tâche. « Cette course à l’échalote fait culpabiliser les parents et chuter leur estime d’eux-mêmes. La quête de perfection étant vaine par essence, elle entraîne des frustrations et dans les cas les pires, mène au burn-out parental », indique Laurence Dudek.

Des solutions pour lâcher prise

En outre, l’injonction à être un bon parent entraîne la pression d’être un bon enfant, comme le souligne Frédérique Bertin : « La pression que les parents se collent rejaillit sur les enfants. Ils doivent non seulement réussir à l’école, mais aussi être excellents dans leurs activités extrascolaires. Et une fois devenus adolescents, le château de cartes peut s’écrouler », souligne-t-elle. « A force de vouloir des enfants parfaits, certains parents trop exigeants finissent même par se montrer violents verbalement et physiquement avec leurs enfants », renchérit Laurence Dudek.

Mais il existe bel et bien des moyens pour faire redescendre l’anxiété parentale. En acceptant de lâcher prise, de ne pas tout contrôler dans l’éducation de ses enfants, en étant un peu plus souples avec eux et surtout en acceptant ses propres limites. Dans son cabinet, Frédérique Bertin reçoit souvent des parents qui se sont mis la barre trop haut : « Je travaille avec eux à partir de cas concrets et je tente de leur démontrer que vouloir le meilleur pour son enfant ne signifie pas être en quête de l’excellence dans ses pratiques éducatives », indique-t-elle.

Idem pour Saverio Tomasella : « Je leur montre que c’est en tâtonnant que l’on apprend. Souvent quelques séances suffisent pour que les parents reprennent confiance en eux », constate-t-il. « Je les invite à se souvenir de l’enfant qu’ils ont été afin qu’ils n’imposent pas des choses à leurs propres enfants qu’ils n’auraient pas appréciées eux-mêmes », résume de son côté, Laurence Dudek. Et à se souvenir du vieil adage : « le mieux est l’ennemi du bien »…

 

*Parents bienveillants, enfants éveillés, de Laurence Dudek, First Editions, avril 2017 (15,95 euros).

**J’aide mon enfant hypersensible à s’épanouir, de Saverio Tomasella, éditions Leduc, février 2018 (17 euros).