Neige: Les Québécois ont-ils raison de se moquer de nous?

METEOLOL Chaque année, nos amis canadiens ironisent sur notre capacité à gérer l'épisode neigeux...

T.L.G. avec F.F.

— 

Un québecois plonge dans la neige.
Un québecois plonge dans la neige. — Jacques Boissinot/AP/SIPA
  • La tempête Gabriel a traversé la France avant de rejoindre l’Allemagne, mercredi.
  • A chaque hiver, nos amis québecois ironisent sur nos difficultés à gérer la neige.
  • Peut-on pour autant comparer les deux pays ?

Chaque année ou presque, c’est la même chose. La neige affole la France et les médias. La tempête Gabriel a quitté le pays mercredi midi pour rejoindre l’Allemagne, laissant derrière elle quelques flocons, et des blagues plus ou moins réussies sur Internet. A chaque hiver, les moqueries affluent sur l’incapacité des Français à gérer l’épisode météorologique.

Les Québécois sont parmi les plus taquins.

Nos amis francophones, qui ont l’habitude d’avoir la neige à hauteur d’oreilles, s'amusent de nous voir tétanisés par l’épisode neigeux. « Ce qui nous fait le plus rire, c’est le contraste entre les deux situations. Avec 3 cm de neige en France les écoles sont fermées. Au même moment, nous avons 35 cm de neige et tout reste ouvert. Ce contraste nous fait rire et ça nous fait nous sentir très forts. On est très fiers de nous. C’est pour ça qu’on aime vous regarder vous débattre avec la neige », s’amuse Caroline, habitante de Montréal.

Sébastien, un Français qui vit depuis une dizaine d'années au Québec, approuve : « Je crois que ce qui fait rire les Québécois, c'est le décalage. Lorsqu'ici on voit un reportage télé français avec un bandeau "arrivée brutale de la neige" et qu'en même temps on voit qu'on parle de 4 cm, ça prête forcément à rire depuis le Québec. » Caroline se souvient elle aussi du décalage avec la France. « J’ai vécu un an à Bordeaux. Et ce qui me faisait le plus rire, c’était les gens qui m’affirmaient que -6 °C à Bordeaux c’était bien pire que -20 °C au Québec parce qu’à Bordeaux, c’est humide. J’ai beaucoup ri en entendant ça. »

Différences de météo, et donc de budget

Les Québécois ont-ils raison de se moquer ? 20 Minutes a bravé le froid (par téléphone) pour contacter un spécialiste de Météo France. « Ca n’a strictement rien à voir car les températures déjà sont différentes au cœur de l’hiver. On est à 2-3 degrés à Paris pour -8 ou -10 à Montréal », sourit François Gourand de Météo France. « On a plus de 2 mètres de neige par hiver à Montréal alors qu’on est à une dizaine de centimètres à Paris. On comprend bien que la différence de quantité de neige et de température change la manière dont le sol est recouvert ».

Pas étonnant alors, que les moyens mis en place par les deux pays soient différents. En 2014, le Québec a dépensé pas moins de 650 millions d’euros pour déneiger ses routes et ses rues, dans une province de 8,1 millions d’habitants, estimait en 2018 le Monde. A titre de comparaison, à Paris, 6.000 tonnes de sel sont achetées chaque année pour 100.000 euros, compris dans les 550 millions du budget propreté de la ville, note le quotidien. L’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait été clair, en février dernier : « Il faudrait acheter beaucoup de matériel, qu’on utilise une fois tous les trois ans. Lorsque vous êtes au Canada, il tombe 60 centimètres et tout le monde roule parce qu’ils ont investi des milliards et des milliards ».

Et s’il y avait un peu de mauvaise foi là-dedans ? « On rit en toute amitié, mais c’est évidemment plein de mauvaise foi. On se venge un peu de la représentation complètement caricaturale qu’ont les Français des Québécois, des gens qui vivent dans des cabanes en bois avec un accent bizarre. Vous vous moquez aussi de nous, on vous le rend, mais gentiment », confie Caroline, depuis sa cabane en bois.