Blessure de Jérôme Rodrigues: Une vidéo et un rapport relancent l’hypothèse d’un tir de LBD lors du rassemblement de «gilets jaunes»

ENQUETE Sur les images diffusées par « Quotidien », un policier semble tirer avec un lanceur de balle de défense (LBD) lors d’une manifestation de « gilets jaunes » place de la Bastille à Paris…

20 Minutes avec AFP

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Jerome Rodrigues, le 27 janvier 2019 à l'hôpital Cochin.
Jerome Rodrigues, le 27 janvier 2019 à l'hôpital Cochin. — AFP

Une vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC Quotidien et le rapport d'un policier relancent l’hypothèse d’un tir policier de LBD juste avant la blessure à l’œil du « gilet jaune » Jérôme Rodrigues, samedi, place de la Bastille à Paris.

Hospitalisée après avoir été touchée à l’œil droit lors de l’acte 11 des « gilets jaunes », cette figure du mouvement assure avoir été notamment atteinte par un tir de lanceur de balle de défense (LBD), une arme non létale accusée d’avoir éborgné plusieurs manifestants et dont l’usage fait l’objet d’une polémique croissante. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par Jérôme  Rodrigues.

Un canon laisse échapper une petite fumée

« Je n’ai aucun élément qui me permet de dire qu’il y a eu un usage d’un LBD qui aurait touché M. Rodrigues », a ainsi affirmé dimanche le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Laurent Nunez, tout en appelant à être « prudent » et ajoutant que 18 tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

Selon Le Parisien qui a révélé l'information mercredi soir, un policier en poste dans une compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) a finalement reconnu, dans un rapport adressé mardi à sa hiérarchie, s'être servi de son LBD au moment où Jérôme Rodrigues a été blessé, sans pour autant qu'un lien entre le tir et la blessure à l'oeil du militant soit formellement établi. Comme l'impose la procédure, ce tir avait été préalablement signalé parmi les 18 utilisations de LBD recensées place de la Bastille mais l'horaire renseigné n'était pas le bon.

«Nous avons eu connaissance de ce rapport aujourd'hui (mercredi). Il a été immédiatement transmis à l'IGPN. Aucun élément contenu dans cette note ne permet d'affirmer ou d'infirmer l'une ou l'autre des thèses», a affirmé auprès de l'AFP le ministère de l'Intérieur. «C'est à l'IGPN qui mène l'enquête sous l'autorité du parquet de Paris, qu'il appartient d'établir les faits. Le ministère de l'Intérieur communiquera à l'IGPN l'ensemble des documents dont il aura connaissance», a poursuivi Beauvau.

Le bruit typique d’un LBD

Diffusée mardi soir par Quotidien, une vidéo semble montrer qu’un projectile a bien été tiré par un des policiers présents sur la place de la Bastille à quelques mètres de Jérôme Rodrigues et avant que celui-ci ne s’écroule au sol. Sur ces images de qualité moyenne, on voit un policier épauler ce qui ressemble à un LBD dont le canon laisse alors échapper une petite fumée.

Sur une autre vidéo de meilleure qualité filmée au même moment, deux bruits sont entendus : l’explosion sourde d’une grenade puis le tir sec typique d’un LBD. « Les vidéos diffusées hier soir par Quotidien n’attestent en aucun cas qu’un tir de LBD a été dirigé contre Monsieur Rodrigues », a commenté mercredi le ministère de l’Intérieur, contacté par l’AFP. « Les vidéos en question ont été portées au dossier. Il appartient à l’enquête de faire la lumière sur les faits. »

Mardi sur BFMTV, le ministre de l’Intérieur a simplement reconnu qu’il y avait eu « l’envoi d’une grenade de désencerclement » avant que Jérôme Rodrigues ne soit blessé. « C’est le seul fait constaté », a indiqué Christophe Castaner, disant attendre « tous les éléments de l’enquête ».

« Pour chacun des tirs, non seulement ils ont été filmés mais en plus ils font l’objet d’un rapport le soir. C’est l’obligation que j’ai donnée aux policiers et je sais qu’ils la respectent. S’ils ne la respectent pas ou s’ils ne l’ont pas respectée et qu’ils nous l’ont caché, il y a une faute et ils seront sanctionnés, partout en France », a-t-il ajouté.