Seine-et-Marne: Des salariés brûlent leur stock de papier sécurisé, bientôt une pénurie de cartes grises et passeports?

SOCIETE Les préfectures d’Ile-de-France, l’Agence nationale des titres sécurisés et le ministère de l’Intérieur se renvoient la balle sur le risque de pénurie de cartes grises et de passeports…

R.L.

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Un permis de conduire et une carte grise. (Illustration)
Un permis de conduire et une carte grise. (Illustration) — B. Colin / 20 Minutes
  • Après le papier pour les cartes grises, les salariés d’une papeterie de Seine-et-Marne placée en liquidation judiciaire ont commencé à brûler leur stock de papier sécurisé pour passeports et chèques de banque.
  • L’usine Arjowiggins Security située à Jouy-sur-Morin doit fermer ses portes ce mercredi soir. Aucune solution n’a à ce stade été trouvée.

« La grève continue ce mercredi alors que l’usine doit définitivement fermer ses portes ce soir à minuit. On ne sait pas toujours ce qu’il va se passer », déplore auprès de 20 Minutes un salarié d’ Arjowiggins Security.

Depuis le 16 janvier, les employés de cette papeterie située à Jouy-sur-Morin en Seine-et-Marne, à 40 km à l’est de Meaux, occupent leur usine. Le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de cette société – employant 240 personnes – qui fabrique des billets de banque à destination de 120 pays, mais aussi du papier sécurisé pour les cartes grises, passeports ou permis de conduire. Autant de documents qui sont devenus un moyen de pression sur l’Etat.

« Situation embarrassante »

Depuis quelques jours, les salariés brûlent leur stock de papier sécurisé afin d’obtenir des conditions de licenciements « décentes ». Toutes les douze heures, ils brûlent une « bobine » pour cartes grises qu’ils disent être les seuls à fabriquer sur le territoire, brandissant la menace d’une pénurie « sous deux mois », rapporte l’AFP. Les préfectures et le ministère de l’Intérieur se renvoient la balle sur ce risque de pénurie.

Contactée par 20 Minutes, la préfecture de police de Paris qui délivre ce type de documents sur le territoire parisien ne commente pas et invite à joindre le ministère de l’Intérieur. Celui-ci renvoie vers la préfecture de Seine-et-Marne – où se situe l’usine – qui indique que la « situation est embarrassante » et le « sujet sensible » préfère renvoyer vers l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), qui gère les commandes. Cet établissement public botte en touche et explique que le ministère de l’Intérieur est l’interlocuteur pour ce sujet. Mais malgré les relances, les services compétents n’ont toujours pas répondu à nos sollicitations.

Des réponses « très insuffisantes »

En attendant, une délégation de salariés a rencontré lundi la préfète de Seine-et-Marne puis, mardi, un conseiller de Muriel Pénicaud, la ministre du Travail. Mais, aux yeux de Patrice Schaafs, délégué syndical CGT et secrétaire du comité central d’entreprise, les réponses sont « très insuffisantes », indique l’AFP. Rachetée en avril par un fonds d’investissement suisse, la société n’a mis en place de plan social. Les salariés réclament une indemnité de 50.000 euros, « ce qui est donné en moyenne lors des plans sociaux », selon le délégué CGT.

Selon lui, le gouvernement n’a proposé qu’un « rattrapage de salaire de 300 euros mensuels maximum pour ceux qui retrouveraient un travail moins bien payé ». La sénatrice LR Anne Chain-Larché a écrit lundi au président de la République pour lui demander « d’examiner la piste de la création d’un établissement public à caractère industriel et commercial » (EPIC). Mardi, la CFDT du secteur des papiers et cartons a quant à elle appelé l’Etat à « tout mettre en œuvre pour trouver une solution » de reprise pour les trois sites papetiers menacés de la filiale Arjowiggins.