Incendie criminel à France Bleu Isère: Pourquoi la piste anarcho-libertaire est prise au sérieux ?

ENQUETE L'incendie criminel qui a ravagé les locaux grenoblois de France Bleu Isère dans la nuit de dimanche à lundi a été revendiqué à demi-mot sur un blog anarcho-libertaire...

Elisa Frisullo

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La piste anarchiste est explorée après l'incendie survenu dans la nuit de 27 au 28 janvier 2019 à Grenoble. Illustration.
La piste anarchiste est explorée après l'incendie survenu dans la nuit de 27 au 28 janvier 2019 à Grenoble. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes
  • A la suite de l’incendie criminel qui a ravagé les locaux de France Bleu à Grenoble, la piste anarcho-libertaire est sérieusement explorée par les policiers.
  • Sur différents blogs, une publication laisse entendre que l’ultragauche revendique cet acte.
  • Le parquet de Grenoble y voit davantage un soutien mais considère que cette piste est privilégiée en raison d’une multitude d’actes similaires survenus ces dernières années en Isère.

Avant même que l’acte criminel ne soit revendiqué à demi-mot sur un blog, l’ombre anarcho-libertaire planait déjà dans l’esprit des enquêteurs. Deux jours après l’incendie criminel qui a ravagé les locaux de France Bleu Isère, à Grenoble, dans la nuit de dimanche à lundi, le sinistre a fait l’objet d’une publication sur un site anarchiste. 20 Minutes fait le point sur cette affaire et vous explique pourquoi cette piste est prise au sérieux.

Deux actes criminels qui semblent revendiqués

La lecture du texte, publié mardi soir sur un blog de l’ultragauche et repris ce mercredi par plusieurs sites anarcho-libertaires laisse clairement entrevoir la volonté des auteurs de revendiquer l’incendie criminel des locaux grenoblois de France Bleu. « Ici, on n’apporte rien de neuf contre les industriels d’hypnoses collectives, contre les fabricants de subjectivités consentantes à la société existante, écrivent-ils. Beaucoup font couler l’encre à propos des médias pour les critiquer, peu font couler l’essence dans leurs locaux pour les incendier. A cela on remédie. Dans les bureaux des radios dans le centre-ville, lundi. Dans la tour hertzienne en périphérie, cette nuit. » Une dernière phrase écrite en référence au saccage et au feu criminel qui ont endommagé, dans la nuit de lundi à mardi, l’émetteur TDF de Haute-Jarrie, en Isère.

Une piste privilégiée mais une revendication prise avec prudence

Malgré ces écrits, le parquet de Grenoble reste prudent. « La piste de l’ultragauche est privilégiée car il y a eu plusieurs actes du même type mené dans le département et clairement revendiqués », indique à 20 Minutes le procureur de la République Eric Vaillant, qui voit davantage la récente publication sur les blogs comme une forme de soutien. Pour l’heure, « aucun groupe n’a clairement revendiqué cet acte criminel. On a des gens qui soutiennent les auteurs de l’incendie et qui ne donnent que des informations qui étaient déjà publiques », ajoute-t-il. La même prudence avait été affichée la semaine dernière par le parquet, quelques jours après l’incendie de l’église Saint-Jacques à Grenoble. Alors que les premières conclusions de l’enquête avaient conclu à un feu d’origine accidentelle, le sinistre avait été revendiqué par la mouvance anarcho-libertaire. « L’enquête n’est pas encore terminée, mais les deux experts judiciaires et de l’assurance estiment à 95 % que le feu est parti de manière accidentelle dans les combles », précise le parquet ce mercredi.

Une série de précédents mais aucune enquête résolue

Si la piste des anarcho-libertaires a, dès les heures suivant l’incendie des locaux de France Bleu Isère, été clairement envisagée par les policiers, c’est que les précédents ne manquent pas dans ce département. Ces derniers mois et ces dernières années, plusieurs actions violentes imputées à cette mouvance et revendiquées ont eu lieu. En octobre, des activistes libertaires avaient revendiqué la destruction d’une dizaine de véhicules survenue lors de l’incendie criminel d’un entrepôt d’Eiffage à Saint-Martin-d’Hères. En 2017, à un mois d’écart, les gendarmeries de Grenoble puis de Meylan avaient également été visées. Les enquêtes ouvertes après ces sinistres n’ont toujours pas abouti. « Il n’y a eu aucune mise en examen dans le cadre de ces affaires », confirme le parquet.