VIDEO. «Gilets jaunes» à Toulouse: Les forces de l'ordre se montrent-elles trop offensives dans les manifs du samedi ?

DEBAT A Toulouse, l’Observatoire des pratiques policières trouve l’action des forces de sécurité trop « massive » et « offensive » durant les manifestations des « gilets jaunes ». La préfecture assume le dispositif…

Helene Menal

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Des affrontements sur la place du Capitole, à Toulouse, lors de l'acte 9 de la mobilisation, le 12 janvier 2019.
Des affrontements sur la place du Capitole, à Toulouse, lors de l'acte 9 de la mobilisation, le 12 janvier 2019. — F. Scheiber - Sipa
  • A Toulouse, les membres de l’Observatoire des pratiques policières écument les manifestations en spectateurs.
  • Ces militants, habitués des cortèges, estiment que la riposte policière est trop « offensive » et « disproportionnée » lors des samedis « gilets jaunes ».
  • La préfecture assume le déploiement.

Eux ont des chasubles bleues. Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », ces « observateurs » arpentent – en binômes ou en trios – les manifestations du samedi à Toulouse. Quand ils quittent leurs lunettes de piscine et abandonnent leur stock de sérum physiologique, ils sont militants de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), membres de la Fondation Copernic, avocats ou sociologue au CNRS.

Ces spectateurs attentifs, qui notent, filment et photographient, appartiennent à l’Observatoire toulousain des pratiques policières (OPP), monté il y a deux ans au moment de la protestation contre la loi Travail et qui ne pensait probablement pas faire autant de sorties. Mais à Toulouse, bastion de la contestation, chaque acte dégénère en scènes de violences et en affrontements.

L’OPP doit rendre son rapport en mars. Mais à l’heure où la loi « anti-casseurs » est débattue à l’Assemblée nationale, et devant ce qu’il considère comme un « usage massif et disproportionné de la force par le dispositif policier », il a décidé de faire un point d’étape. Il recense « au moins dix blessés graves » et demande "le retrait des lanceurs de balles de défense (LBD) et des grenades de désencerclement. Alors, que reprochent exactement ces militants aux forces de l’ordre ?

« 16h30, heure fatidique »

Selon Pascal Gassiot de la LDH, il arrive aux abords du cortège que des policiers reçoivent des projectiles ou des pots de peinture. « Mais sans que cela déclenche une réaction massive. » Du moins « jusqu’à l’heure fatidique de 16 h 30. Après, témoigne-t-il, le déclenchement des hostilités se fait de façon unilatérale. Les lanceurs de balle de défense et les grenades de désencerclement sont utilisés par les policiers comme des armes d’attaque ». « La manifestation est cassée comme si on n’avait pas le droit de manifester après 16h30 à Toulouse, ceux qui restent deviennent des délinquants », ajoute sa camarade, Marie Toustou.

La préfecture conteste cette version. « A cet horaire, explique-t-elle, les casseurs profitent du grand nombre de manifestants pour procéder à des jets nombreux de pierres ou projectiles, et à des dégradations de biens publics et privés. Les forces de l’ordre doivent dès lors impérativement intervenir afin de faire cesser ces violences envers les personnes et les biens. »

Didier Martinez, le secrétaire régional du syndicat Unité-SGP-Police s’inscrit lui aussi en faux. « Les policiers font leur travail du mieux qu’ils peuvent, dans les règles de l’art et avec les moyens qu’ils ont, réagit-il. Il y a énormément de manifestations à Toulouse qui, en temps normal, se terminent bien. Mais là, nous avons affaire à de véritables scènes de violences urbaines, avec des vitrines fracassées et des gens qui en subissent les conséquences, poursuit-il. Les policiers reçoivent leurs ordres de la salle de commandement installée en préfecture qui a une vision globale de la situation, contrairement aux observateurs dans le cortège. »

Lacrymos plus épicées ?

L’OPP relaie aussi l’inquiétude de nombreux « gilets jaunes » sur leurs pages Facebook. Ils ont l’impression qu’en ce mois de janvier les bombes lacrymogènes sont plus fortes. « Nous constatons un vrai rejet physique, des brûlures au visage, des nausées et des vomissements », affirme Pascal Gassiot. Les observateurs expliquent ce constat par un changement de « munitions ». Alors qu’auparavant ils retrouvaient des culots de grenades CM6, des CM3 ont fait leur apparition.

La préfecture confirme que « des CM3 ont nouvellement été fournies, à certaines compagnies républicaines de sécurité [CRS] uniquement ». « Elles ne sont pas plus concentrées en gaz », ajoute-t-elle. Après consultation de spécialistes, l’OPP maintient qu’elles permettent toutefois d’envoyer d’un coup davantage de gaz lacrymogène, sur un périmètre plus restreint.

Enfin, les observateurs critiquent la « judiciarisation » des manifestations et « la politique du chiffre ». Les chiffres officiels font état de quelque 340 gardes à vue depuis le début du mouvement et de plus d’une vingtaine de condamnations à de la prison ferme.