Des "gilets jaunes" sur le Capitole lors de l'acte 8, le 5 janvier 2019
Des "gilets jaunes" sur le Capitole lors de l'acte 8, le 5 janvier 2019 — F. Scheiber - Sipa

DÉCRYPTAGE

VIDÉO. Mais pourquoi Toulouse est devenue la capitale nationale des «gilets jaunes»?

Semaine après semaine, acte après acte, le flot des « gilets jaunes » grossit dans les rues de Toulouse. L’historien Rémy Pech y voit le signe du « tempérament occitan ». Tentatives d’explications…

  • Avec 10.000 manifestants, l’acte 10 des « gilets jaunes » a fait de Toulouse le nombril de la protestation.
  • L’historien Rémy Pech n’est pas étonné et explique le phénomène par une longue « tradition de protestation collective ».
  • Quand la manifestation dégénère, les interpellés ont plutôt un profil ordinaire.

Pour l’acte 10, le 19 janvier, 10.000 «gilets jaunes» ont déferlé dans les rues de la Toulouse d’après le décompte officiel. Plus que partout ailleurs, Paris compris. En dehors d’un léger coup de mou pendant la trêve des confiseurs, la mobilisation enfle de samedi en samedi, au grand dam du maire et des commerçants.

Alors pourquoi tant d’affluence à Toulouse ? « J’en vois qui viennent de loin, de Cahors, du Tarn et même de Bordeaux, témoigne Laurent, un «gilet jaune» habitué des cortèges. J’imagine qu’ils voient Toulouse à la télé et qu’ils se disent que c’est là qu’il faut être. » Christophe a une explication plus pratique qui ravirait les grands élus avides de TGV. « Pour nous, même en train, Paris ça fait long et cher. Alors autant converger sur Toulouse. »

« Une tradition de protestation collective »

Mais il y a aussi des raisons plus profondes à l’ampleur de ces manifestations. « Depuis très longtemps à Toulouse – c’était déjà le cas sous Sarkozy ou Hollande –, les cortèges des manifestations ont toujours été plus fournis qu’ailleurs », souligne Rémy Pech, professeur d’histoire contemporaine à l’université Toulouse Jean-Jaurès.

Sans recul, l’universitaire veut rester prudent sur le phénomène mais « je crois, dit-il, qu’il y a ici une tradition de protestation collective, un tempérament occitan qui fait que les gens sont prompts à se rassembler pour râler ou débattre. Dans d’autres régions, ils protestent par d’autres moyens, parfois à travers des démarches individuelles, parfois en allant voir les élus en délégation ».

Rémy Pech voit aussi dans l’ardeur toulousaine le signe que « derrière la belle vitrine de l’aéronautique et de la ville attractive, il y a aussi tout un tas de gens qui souffrent, qui prennent les bouchons pour aller travailler et des petites boîtes qui tirent la langue ».

De la castagne, à chaque fois

L’autre aspect spectaculaire du mouvement dans la Ville rose, ce sont les violences qui l’accompagnent, immanquablement. Dans un bilan dévoilé vendredi Dominique Alzeari, le procureur de la République de Toulouse, évoque « 353 interpellations, 72 comparutions dont une quarantaine a abouti à des peines de prison » depuis le début du mouvement. Et ce ne sont pas les habitués aux affrontements de l’ultra-gauche (particulièrement implantée dans la Ville Rose) ou de l’ultra-droite, ou les « casseurs » régulièrement recensés par la préfecture, qui se font prendre. « Ils se comptent sur les doigts des deux mains », assure le magistrat.

Les personnes impliquées dans les violences sont « très majoritairement des hommes, des régionaux de 25-35 ans. Il y a des artisans ou des chômeurs mais la plupart sont insérés, même si plus de la moitié a des antécédents judiciaires ». Aucune « mémé » n’a été arrêtée, « mais c’est connu depuis Nougaro, ici tout le monde aime la castagne », plaisante Rémy Pech. Encore le tempérament occitan…