Santé: Des entreprises et des chercheurs se penchent sur les effets du travail de nuit

ORGANISATION Mais la fin du travail de nuit est impensable dans des domaines qui nécessitent une présence 24h/24, comme chez les pompiers, dans les hôpitaux, les transports...

20 Minutes avec AFP

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Une femme et un homme au travail.
Une femme et un homme au travail. — Pixabay/rawpixel

Troubles du sommeil, hypertension artérielle, diabète, obésité et même cancer… De plus en plus d’entreprises changent leur organisation pour contrer les effets du travail de nuit sur la santé, affirme l’INRS qui organise une table ronde sur la question.

Un établissement industriel qui renonce en partie au travail nocturne, un théâtre qui avance l’heure de ses représentations pour éviter que le démontage de la scène ne se réalise nuitamment… L’Institut national de recherche et de sécurité va détailler les bonnes pratiques mises en place par un nombre croissant d’employeurs pour épargner la santé des travailleurs.

Près de 3,5 millions de Français travaillent de nuit

« Outre les conséquences rapidement visibles » et avérées comme le manque de sommeil, le diabète de type 2 ou l’hypertension artérielle, « des effets peuvent apparaître à long terme », a souligné l’INRS dans un dossier publié en janvier : santé psychique dégradée, obésité ou encore cancer. Voire un « possible risque d’accident vasculaire cérébral » (AVC). Selon Marie-Anne Gautier, médecin du travail et experte de l’INRS, le meilleur moyen d’éviter ces effets très indésirables, c’est de « ne pas mettre en place le travail de nuit. Ou se demander si c’est vraiment nécessaire ».

Mais le chemin est encore long. Selon les derniers chiffres du ministère du Travail, datant de 2014, 15,4 % des salariés (dont deux fois plus d’hommes que de femmes) travaillent la nuit, soit 3,5 millions de Français. Mais la fin du travail de nuit est impensable dans des domaines qui nécessitent une présence 24 heures sur 24 heures, comme chez les pompiers, dans les hôpitaux, les transports.

Des employés qui « trouvent leur compte »

Alors, même si la loi impose que ce travail dit « atypique » soit « justifié » entre 21 heures et 6 heures du matin, l’INRS propose des aménagements qui « sont là pour diminuer l’impact ». Organiser les tâches en privilégiant les aspects les plus exigeants en début de nuit, puis passer sur des « tâches plus routinières », ou encore faire des micro-siestes, « qui ne servent pas à récupérer de la dette de sommeil mais récupérer en termes de vigilance », détaille Marie-Anne Gautier. Des mesures à prendre au sérieux tant les effets liés à la désynchronisation de l’horloge biologique peuvent être graves, abonde la chronobiologiste Laurence Weibel.

Les risques sont de mieux en mieux cernés y compris pour des maladies graves comme le cancer, détaille cette experte. La faible exposition à la lumière fait cesser la sécrétion de mélatonine, hormone qui joue un rôle de protecteur contre le cancer. Quant au trouble du sommeil, il influe sur le système immunitaire, qui permet de tuer les cellules cancéreuses. Mais selon Laurence Weibel, la difficulté, c’est « les gens trouvent leur compte » dans le travail de nuit​, entre la rémunération supplémentaire non négligeable, l’éventuel surcroît de congés et la disponibilité en journée, qui attire notamment de nombreux parents.