«Gilets jaunes» à Toulouse: Appart, mairie ou plateforme collaborative, à chacun son grand débat national

DEMOCRATIE Alors que peu de réunions se mettent en place en Haute-Garonne dans le cadre du grand débat national, les « gilets jaunes » d’Occitanie ont lancé de leur côté leur propre plateforme numérique…

Béatrice Colin
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Des "gilets jaunes" écrivent leurs doléances en marge d'une manifestation.
Des "gilets jaunes" écrivent leurs doléances en marge d'une manifestation. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Quelques citoyens et des mairies de Haute-Garonne ont décidé d’organiser des réunions dans le cadre du grand débat national.
  • Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR) appelle les gens à arrêter de manifester et à se saisir du grand débat.
  • Les « gilets jaunes » d’Occitanie, qui manifesteront à nouveau ce samedi à Toulouse, ont lancé dimanche leur propre plateforme numérique de débat.

Alors que l’acte 11 des « gilets jaunes » se profile ce samedi avec une nouvelle manifestation prévue à Toulouse, le grand débat national n’en est qu’à ses balbutiements en Haute-Garonne.

Si les cahiers de doléances mis en place dans plusieurs mairies continuent à recueillir les réflexions des citoyens, peu d’entre eux se sont lancés dans l’organisation de réunions pour faire vivre le débat.

« Nous recensons pour l’instant huit réunions d’initiative citoyenne. Cela se passe parfois au niveau de la commune et il y a même une Toulousaine qui a organisé une réunion dans son appartement avec ses voisins. Cela va durer jusqu’au 15 mars, il faut que chacun s’empare de cette démarche », insiste Sabine Oppilliart, sous-préfète et référente départementale du grand débat national en Haute-Garonne.

Stands de proximité fin février

Pour l’heure, quelques personnes l’ont sollicitée pour savoir où elles pouvaient se rendre pour échanger, mais aucune ne l’a sollicitée pour organiser des réunions. « Les services de l’Etat sont là pour faciliter leur organisation, mais nous n’en sommes pas les initiateurs car nous devons garantir l’indépendance des débats », insiste-elle.

La préfecture devrait en revanche mettre en place d’ici fin février des stands de proximité, sous forme de bornes, installés dans des lieux de passage, comme les gares ou les bureaux de poste.

Quelques mairies se lancent

A Fourquevaux, une petite commune de 800 habitants au sud-est de Toulouse, le maire a décidé de se lancer dès ce samedi. « J’avais déjà ouvert un cahier de doléances où il y a eu cinq contributions. C’est un effort de débat démocratique, même si je suis sceptique, car souvent il y a très peu de gens quand on organise une réunion sur la vie collective. Celle qui a le plus mobilisé concernait le PLU [plan local d’urbanisme]. Mon objectif est de voir des gens mettre leur bulletin dans l’urne avec une réflexion », explique François Aumonier.

Pour que ses habitants puissent s’exprimer, la mairie de Colomiers met à disposition le samedi 9 février une salle, avec un animateur indépendant et des agents municipaux qui aideront à retranscrire les échanges, « auxquels pourront s’associer des citoyennes et citoyens afin de garantir, en toute transparence, la neutralité de la transmission au gouvernement ».

Une semaine plus tôt, une réunion aura lieu à Toulouse, à la maison de la citoyenneté de la Roseraie, par le « gilet jaune » Yves Garrec, pour qui il ne faut pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Moudenc appelle à débattre plutôt qu’à manifester

Pour que d’autres débats de ce type aient lieu, le maire de Toulouse a mis à disposition des formulaires dans les mairies de quartier et va proposer la gratuité des salles municipales lors du prochain conseil municipal.

« La seule option constructive pour sortir par le haut de cette crise sociale est de prendre part au grand débat national. Les revendications des « gilets jaunes » ont bien plus de chances d’être entendues dans le cadre de cet exercice démocratique sans précédent que dans des manifestations systématiquement confisquées et dévoyées par des casseurs », insiste le maire de Toulouse. Jean-Luc Moudenc appelle à l’arrêt des manifestations et doit recevoir samedi matin une délégation au Capitole.

Une plateforme numérique des « gilets jaunes »

Pour l’heure, les membres du mouvement ont décidé de faire vivre le débat en dehors du cadre proposé par le président de la République. Ils ont ouvert le 20 janvier une plateforme numérique pour « proposer, voter et débattre » qui recense déjà 788 contributions et pas moins de 3.900 votes.

« Si nous avons souhaité développer cet outil, c’est bien parce que le grand débat ne répond pas à la demande citoyenne en cours selon nous. En effet, nous reprochons à ce grand débat de ne pas respecter des règles élémentaires de démocratie ouverte, notamment avec un choix de questions posées et définies à l’avance », plaide les « gilets jaunes » toulousains.