Grand débat dans la Drôme: «On ne peut pas sortir de la crise en ne rencontrant que les élus», des maires avertissent Emmanuel Macron

REACTIONS Les maires d'Auvergne-Rhône-Alpes, invités à échanger ce jeudi avec Emmanuel Macron, l'ont poussé à aller échanger directement avec les Français...

Caroline Girardon

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Emmanuel Macron était en déplacement dans la Drome ce jeudi.
Emmanuel Macron était en déplacement dans la Drome ce jeudi. — E. Foudrot / AFP
  • Emmanuel Macron a participé jeudi à sa troisième rencontre avec les maires de France dans le cadre du grand débat.
  • Les élus ruraux l’ont poussé à aller échanger directement avec les Français.

De notre envoyée spéciale dans la Drôme,

Cette fois, le temps de parole était limité à trois minutes maximum même si certains ont eu bien du mal à ne pas dépasser la durée impartie. Une soixantaine d’élus, pour la plupart des maires ruraux, ont été conviés ce jeudi midi, à Valence dans la Drôme, afin de déjeuner avec Emmanuel Macron et d’échanger dans le cadre du grand débat national. Un exercice auquel le président de la République se prêtait pour la troisième fois.

« On l’a vu hocher la tête pour approuver ce qu’il entendait ou prendre des notes sur son bloc-notes. Il a donné l’impression de nous écouter, oui », répond Michel Grégoire, président des maires de la Drôme. « On ne va pas dire que ce sont des réponses de circonstances mais lui-même, n’est pas dupe. Il sait très bien le travail qui l’attend », sourit Marie Jeanne Béguet, maire de Civrieux (Ain), en sortant de table.

Une population désenchantée

L’élue a toutefois eu l’impression que « la voix des concitoyens » qu’elle a portée, a été « entendue ». La voix des «"gilets jaunes" », tenus trois cents mètres à l’écart de la Préfecture où se déroulait le repas.

Pendant deux heures, les élus n’ont pas mâché leurs mots, faisant part du « désenchantement » de leurs concitoyens, de ce sentiment de mal-être ou d'« isolement », de leurs difficultés quotidiennes. Tout a été évoqué, à commencer par les territoires où « aucun train ne voyage », « où une seule route nationale existe », où l’on met parfois plus d’une heure de voiture pour aller consulter un médecin. « Les 80 kilomètres/heure ont été l’étincelle qui a mis le feu », assurent-ils. Emmanuel Macron, opine, penché sur son bloc-notes.

« On n’est pas encore dans le vif du sujet »

« Il a le mérite de s’adresser aux collectivités et il a réussi à les refidéliser mais sur le volet de la crise en elle-même, on n’est pas encore dans le vif du sujet », tranche Michel Grégoire. Et d’insister : « Il faut qu’Emmanuel Macron aille rencontrer les gens désirant le voir. C’est nécessaire. On ne peut pas sortir de la crise en ne rencontrant que les élus ».

De son côté, Aurélien Ferlay, le maire de Moras-en-Valloire, se dit un peu « déçu ». « On n’a pas eu les réponses à tout. Par exemple, aucune réponse n’a été apportée par le président sur le pouvoir d’achat ou sur les petites retraites », analyse-t-il, précisant ne pas avoir « le sentiment qu’il y aura des grandes mesures prises à l’issue de cette série de débats ».

« Il n’y a plus cet échange spontané »

« C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. Alors j’espère qu’il n’y aura pas de replâtrage et de mesurettes à l’issue car les Français attendent des mesures fortes, notamment plus de justice sociale et fiscale », avertit le maire drômois.

A la sortie, Laurent Wauquiez, président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes a tenu lui aussi à mettre le président en garde. « Un débat, c’est aller directement échanger avec les Français », avertit-il, pointant « une mise en scène bien rodée, des invitations filtrées et des réponses calibrées ». « Ce sont des voyages dans une bulle. ll n’y a plus cet échange spontané. Emmanuel Macron doit aller sur le terrain et échanger sans filtre », martèle-t-il, une dernière fois

Un signe que le Président de la République a semble-t-il entendu. Le chef d’Etat a fini par accepter d’accompagner Didier Guillaume à une réunion citoyenne ce jeudi soir à Bourg-de-Péage, près de Valence. Ce qu’il n’avait pas du tout prévu dans son agenda.