Le prix du Ricard et d'autres produits alimentaires va-t-il augmenter de 10% le 1er février?

FAKE OFF Un panneau photographié dans un E.Leclerc dénonce l'augmentation de prix de « centaines de produits » à compter du 1er février 2019, dont celui du Ricard...

Alexis Orsini

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Le panneau d'un E. Leclerc dénonçant une hausse des prix.
Le panneau d'un E. Leclerc dénonçant une hausse des prix. — capture d'écran
  • Sur Facebook, une affiche photographiée dans un E.Leclerc s’insurge contre l’augmentation de prix de « centaines de produits » à partir du 1er février.
  • Elle cite notamment en exemple le Ricard et le café Carte noire.
  • Ce texte fait référence à une disposition de la loi sur l’agriculture et l’alimentation, qui prévoit une augmentation de marge sur certains produits, comme le détaille à «20 Minutes» un spécialiste de la grande distribution.

Alerte sur le Ricard ? A en croire une photo partagée plus de 8.000 fois sur Facebook dans un groupe de « gilets jaunes » bretons, son prix, au même titre que celui de nombreux autres produits, va prochainement augmenter de 10 %.

Le cliché montre le coup de gueule d’un panneau du magasin E.Leclerc de Lanester (Morbihan) : « Nouvelle loi de notre président Macron : Nouveau prix minimum de vente majoré de 10 % à compter du 01/02/19 sur des centaines d’articles ».

Le panneau d'un E. Leclerc dénonçant une hausse des prix.
Le panneau d'un E. Leclerc dénonçant une hausse des prix. - capture d'écran

« Exemples : le litre de Ricard se vendait à 18.22 euros et passera à 20.02 euros ; Le café Carte noire se vendait à 5.69 et passera 6.26 euros » précise en outre ce texte qui s’achève par une question : « Pourquoi la presse reste-t-elle silencieuse ?? »

Si les marges minimums de denrées alimentaires spécifiques – connues sous le nom de « produits d’appel » –, vont bien augmenter au 1er février, celles-ci varieront au cas par cas selon les enseignes.

FAKE OFF

Sans la nommer, le panneau fait référence à la loi sur l’agriculture et l’alimentation (Egalim). Promulguée le 1er novembre 2018, celle-ci vise notamment à « rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs » sans « modifier substantiellement le prix global du panier du consommateur », selon le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation.

A ce titre, elle prévoit donc d’imposer à certains produits alimentaires spécifiques « une marge minimum applicable de 10 % », comme l’explique à 20 Minutes Olivier Dauvers, expert de la grande distribution : « A partir du 1er février, les produits alimentaires qui étaient à 0 % de marge ou à une très petite marge vont bien passer à 10 % ». En clair, pour reprendre l’exemple cité par le ministère, un produit acheté 1 euro par le distributeur ne « pourra être revendu à moins de 1,10€ » alors qu’il pouvait jusqu’ici être proposé pour son prix d’achat.

Cette nouvelle réglementation s’applique uniquement aux produits d’appel, qui varient d’une enseigne à l’autre, mais répondent à certaines caractéristiques. « La première c’est qu’ils sont très connus des consommateurs, ce sont des grandes marques : Nutella, Coca-Cola… La deuxième, c’est qu’ils se vendent très bien. Et, enfin, qu’ils sont disponibles partout, dans tous les magasins » souligne Olivier Dauvers.

Le gouvernement estime que ces produits alimentaires vendus « à très faible marge » représentent aujourd’hui 7 % du chiffre d’affaires des produits alimentaires. Et espère donc que les 93 % restants – incluant les fruits et autres productions agricoles – verront leurs prix baisser dans le même temps.

« Un principe et pas un mécanisme »

« Le principe philosophique derrière cette loi, c’est de se dire qu’en obligeant les distributeurs à vendre plus cher certain produits, on leur dégage une marge de manœuvre pour acheter plus cher les produits agricoles comme le lait et la viande » analyse le spécialiste de la grande distribution.

« Mais c’est un principe et pas un mécanisme de la loi. Le risque, c’est que les distributeurs se servent de la cagnotte pour faire des promotions sur d’autres produits, notamment aux rayons drogueries et hygiène comme on l’a déjà vu ces derniers temps » précise Olivier Dauvers, qui ne « croit malheureusement pas à cette loi ».

L’inquiétude du E.Leclerc de Lanester – qui a retiré le panneau, selon nos confrères du Télégramme, et nous a indiqué « n’avoir aucune déclaration à faire » – s’explique donc logiquement : « Il s’agit du magasin le moins cher de France, il est réputé pour ça. Son fonds de commerce, ce sont les prix les plus bas donc il est évidemment le premier concerné [par cette loi] ».

Reste que le pouvoir d’achat des clients de l’Hexagone ne devrait pas être touché par ce changement. « Ce que le consommateur va payer plus cher sur certains produits, il va le récupérer sur d’autres en promotion » conclut Olivier Dauvers.

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