Grand débat national: «Les plus pauvres ne doivent pas être les grands oubliés»

INTERVIEW Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, explique à « 20 Minutes » quelles doléances des plus précaires devraient être traitées dans le débat public…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre — Nicolas Messyasz / Sipa
  • Pour Christophe Robert, la situation des plus pauvres a été trop éludée dans la séquence des « gilets jaunes ».
  • Selon lui, certains sujets comme les minima sociaux, l’accès à l’emploi, le logement, les aides sociales n’émergent pas assez dans le grand débat national.
  • Le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre appelle le gouvernement à adopter une stratégie ambitieuse concernant la grande pauvreté et avance des mesures concrètes dans ce sens.

Puisqu’il redoute que les préoccupations des plus pauvres ne soient pas assez audibles dans le grand débat national, il portera leur voix. Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre sera l’un des invités de L’émission politique de France 2 ce jeudi sur ce thème. Pour 20 Minutes, il explique comment les questions liées aux conditions de vie des plus pauvres pourraient être mieux prises en compte dans le débat public.

Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », estimez-vous que la voix des plus précaires se fait entendre ?

Non, car ce mouvement s’est principalement focalisé sur les classes moyennes inférieures. A savoir majoritairement des personnes qui ont un emploi, souvent mal rémunéré et qui ont des dépenses contraintes fortes. Ils ont fait émerger de vrais problèmes, mais la situation des plus pauvres a été trop éludée dans cette séquence. Car quand on est occupé à survivre, la priorité n’est pas de battre le pavé ou d’occuper les ronds-points. Mais les plus pauvres ne doivent pas être les grands oubliés du grand débat. Rappelons que la France compte actuellement 9 millions de pauvres et que leur nombre a progressé d’un million en dix ans.

Parmi les mesures annoncées par le Président depuis la crise des « gilets jaunes », certaines d’elles ont-elles bénéficié aux plus pauvres ?

Les réponses du gouvernement s’adressent principalement aux personnes qui travaillent, comme la hausse nécessaire de la prime d’activité. Mais les plus pauvres, qui sont souvent éloignés de l’emploi, n’ont pas été dans le viseur du gouvernement. De plus, ils ils ont souffert des petites phrases du Président, comme celle sur certaines personnes en difficulté qui « déconnent ».

Mais leurs préoccupations ne vont-elles pas être évoquées lors du grand débat ?

Nous craignons que le grand débat mette le voile sur cette catégorie de la population, car si certaines thématiques abordées les concernent, des sujets comme les minima sociaux, l’accès à l’emploi, le logement, les aides sociales n’émergent pas assez.

Comptez-vous organiser des discussions aux seins de vos structures d’accueil ?

Oui, et nous allons relayer leurs contributions pour les diffuser sur la plateforme en ligne. Nous allons aussi accompagner les personnes qui le souhaitent dans les mairies où sont organisés des débats locaux.

Quelles mesures attendez-vous de la part du gouvernement pour améliorer le sort des plus défavorisés dans notre pays ?

Il faut que le gouvernement déploie une stratégie ambitieuse de lutte contre la grande pauvreté et le mal-logement et remette en cause certains de ses choix fondamentaux. Car en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et en mettant en place la « flat tax », ce sont 5 milliards d’euros par an en moins pour les caisses de l’Etat. Parallèlement, le gouvernement a baissé les APL (aide personnalisée au logement), les aides à la construction de logements sociaux, il a quasiment gelé les allocations familiales et les pensions de retraites… Ces choix budgétaires ont des conséquences directes sur les conditions de vie des plus précaires. Plusieurs mesures s’imposent : des impôts plus progressifs, la création d’un RSA pour les moins de 25 ans, le dégel de certaines aides sociales, la rénovation massive des logements « passoires thermiques », la création de places en crèche pour les familles monoparentales… Nous gardons espoir, mais nous sommes inquiets.