Immeubles effondrés à Marseille: Les autorités toujours face à une «situation d'urgence très préoccupante»

HABITAT INDIGNE Près de trois mois après l’effondrement de la rue d’Aubagne à Marseille, Etat et collectivités territoriales doivent toujours gérer l’urgence, avant un plan à moyen terme…

Adrien Max

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Julien Denormandie, lors de la visite d'un appartement rue de la République à Marseille.
Julien Denormandie, lors de la visite d'un appartement rue de la République à Marseille. — B. Horvat / AFP
  • Julien Denormandie, la ministre de la Ville et du Logement, est revenu pour la troisième fois à Marseille après le drame de la rue d’Aubagne, le 5 novembre dernier.
  • Il a annoncé la mise à disposition de 75 logements pour les sinistrés, alors que 1.400 personnes attendent toujours une solution.
  • Face à l’urgence de la situation qui se prolonge, l’éradication de l’habitat indigne à Marseille n’interviendra qu’à moyen terme.

Pour sa troisième visite à Marseille, le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie doit toujours gérer une « situation d’urgence très préoccupante ». Près de trois mois après l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille, entraînant avec eux la mort de huit personnes, Julien Denormandie est venu faire un point sur la situation alors que « l’Etat est très fortement mobilisé aux côtés des collectivités territoriales ».

Il a annoncé la mise à disposition de 75 logements de la rue de la République auprès des familles évacuées, après avoir été alerté que certains étaient vacants par les collectifs de soutien aux personnes évacuées. « J’ai réussi à convaincre deux promoteurs immobiliers, Primorial et Covivio de mettre à disposition ces logements à court terme », a-t-il annoncé à la suite d’une visite d’un de ces appartements.

1.400 personnes toujours en attente d’une réponse

Le ministre souhaite néanmoins que les choses s’accélèrent, alors que « 1.400 personnes attendent toujours une réponse ». « J’invite tous les propriétaires institutionnels, les agences immobilières et les propriétaires privés à mettre à disposition leur logement afin qu’ils puissent être fléchés vers les personnes évacuées », a déclaré Julien Denormandie. Il a également assuré que « tout est fait pour trouver des solutions adaptées grâce à la mobilisation de tous ».

Kevin Vacher, du collectif du 5 novembre, regrette néanmoins la sollicitation des bailleurs sociaux qui « ne fera que pénaliser les milliers de gens déjà sur les listes d’attente ». Tout comme le choix des appartements, des studios, T1 et T2, « loin d’être adaptés aux besoins identifiés ».

L’autre urgence à traiter concerne la situation des habitants des 230 immeubles évacués à Marseille depuis le 5 novembre. « Nous intervenons en appui de la mairie pour les expertises techniques approfondies sur ces immeubles. C’est un processus long, que nous devons accélérer pour apporter des réponses à ces familles », souhaite le ministre alors que 400 personnes ont pu réintégrer leurs habitations, sur les près de 2.000 personnes évacuées. L’association France horizon devrait se joindre aux services municipaux et métropolitains à partir du 1er février pour l’accompagnement de ces sinistrés, rue Beauvau.

Des enveloppes pour des travaux d’urgence

Face à l’urgence de cette situation, l’éradication des logements insalubres à Marseille n’interviendra que dans un second temps, même si certains contours ont pu être dessinés au cours de cette visite. « Nous avons commencé à préparer l’après avec le maire Gaudin et la présidente Vassal, mais nous devons disposer d’une vision de la situation dans son ensemble, et non pas uniquement autour de la rue d’Aubagne », a prévenu Julien Denormandie. Cela prendra également beaucoup de temps.

Mais une convention avec l’agence nationale de l’habitat (ANAH) doit être signée début février. « Elle permettra de réaliser des travaux d’urgence pour enrayer la dégradation de certains biens et faire face à l’urgence de la réhabilitation grâce à une enveloppe de 240 millions d’euros », a-t-il détaillé.

« Besoin de requalification du centre-ville en grande profondeur »

Autre levier d’action, 50 millions d’euros devraient être alloués via l’agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) qui doit réunir son comité d’engagement le 6 février afin de financer une cinquantaine d’opérations sans attendre qu’elles soient élaborées dans leur ensemble.

Pour faire face au « besoin de requalification du centre-ville en grande profondeur », un programme d’aménagement partenarial avec la ville, la métropole et l'Etat doit être signé, ainsi que la création d’une société d’aménagement commune entre l’Etat et la métropole. Quant au risque de gentrification du centre-ville de Marseille soulevé par les collectifs, notamment, Julien Denormandie a assuré que « Marseille est une ville populaire et elle doit le rester, je pense avoir envoyé ce message en obtenant des logements rue de la République ».