Le Samu et les pompiers ont-ils refusé de soigner un manifestant parce qu'il portait un gilet jaune?

FAKE OFF Une vidéo virale tournée à Epinal (Vosges) accuse le Samu et les pompiers locaux de ne pas avoir soigné un manifestant parce qu’il portait un gilet jaune…

Alexis Orsini

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Un « gilet jaune » à Paris, pendant l'acte 9.
Un « gilet jaune » à Paris, pendant l'acte 9. — DMI/WENN.COM/SIPA
  • Des sources locales démentent formellement cette accusation auprès de 20 Minutes.
  • « La seule possibilité, c’est que le préfet soit intervenu au niveau du centre d’appel » affirme cette rumeur.

Les « gilets jaunes » blessés pendant les manifestations sont-ils victimes de discrimination en matière de soin ? C’est ce que soutient une rumeur particulièrement reprise ces derniers jours, à la faveur d’une séquence filmée à Epinal (Vosges).


Cette vidéo aux plus de 340.000 visionnages montre un « gilet jaune » en train de boiter, soutenu par une femme équipée comme une street medic et un autre homme jusque dans un bar. Sur ces images, on entend aussi le vidéaste demander à cette femme : « Et le Samu, ils prennent pas en charge s’il a le “gilet jaune” ? »

Tout en intervenant sur le blessé, celle-ci lui répond : « Non, on a appelé tout à l’heure et ils ont rappelé, ils ont dit “il a un gilet jaune ou pas ? C’était un civil ? S’il a un gilet jaune, on le prend pas”. […] Les pompiers, c’est pareil. »

Et la voix off de conclure : « Suite à cela, j’ai contacté un très bon ami qui est pompier professionnel. Il était complètement outré. La seule possibilité, c’est que le préfet soit intervenu au niveau du centre d’appel. »

Une théorie reprise dans un article du site complotiste Stop Mensonges sous le titre « Non assistance à personne en danger – Les pompiers et services d’urgence ont reçu l’ordre de ne plus soigner les gilets jaunes ! »… Or, si cette vidéo a bien été tournée à Epinal, aucun manifestant n’a été refusé par ces services de soin au motif qu’il portait un gilet jaune.

La capture d'écran de la vidéo accusatrice.
La capture d'écran de la vidéo accusatrice. - capture d'écran

FAKE OFF

« Rien de ce qui est dit dans cette vidéo n’est vrai, toutes les allégations sont inexactes », indique à 20 Minutes une source proche des pompiers d’Epinal, qui a pu écouter les enregistrements.

Le Centre hospitalier Emile-Durkheim d’Epinal nous indique en outre : « Evidemment [que] le Samu ne pratique pas de ségrégation sur ces interventions. Sur les différents actes de la mobilisation, plusieurs “gilets jaunes” ont d’ailleurs été pris en charge. […] On ne s’intéresse pas à l’orientation politique, à l’origine sociale ou à toute autre considération autre que médicale du patient. »

Dans un communiqué transmis à 20 Minutes, le préfet des Vosges indique pour sa part : « Toutes les demandes de secours reçues sur la plateforme unique des appels d’urgence 15-18-112, regroupant les sapeurs-pompiers et le SAMU, ont naturellement été traitées. […] Aucune différenciation, aucune discrimination, aucun traitement spécifique n’a été mis en œuvre ou ordonné pour des victimes “gilets jaunes” » poursuit-il.

Un appel à des ambulances privées ?

L’origine de la rumeur s’explique-t-elle par une potentielle confusion autour d’un service de soins qui aurait refusé d’intervenir non pas en raison du port d’un gilet jaune mais parce que les conditions de sécurité nécessaires à une intervention n’étaient pas réunies ? Une piste écartée par le Centre hospitalier Emile-Durkheim : « Lorsque les conditions de sécurité seraient susceptibles de mettre les équipes en danger, ces dernières font appel à la police ou à la gendarmerie pour les accompagner et ainsi assurer la protection. »

Le préfet des Vosges avance sa propre hypothèse : « Peut-être faut-il chercher la raison de cette vidéo dans le fait qu’une personne se prétendant infirmière ait réclamé auprès de la plateforme unique des appels d’urgence 15-18-112 l’engagement d’ambulances privées pour la prise en charge de victimes. »

« Conformément aux principes d’organisation des services publics de secours, ce sont des ambulances de sapeurs-pompiers qui ont été engagées pour apporter des secours d’urgence à des victimes blessées sur la voie publique ou dans un lieu public », conclut-il.

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