Journée du fétichisme: «De plus en plus de femmes assument développer un penchant fétichiste»

INTERVIEW Jean Streff, auteur du « Traité du fétichisme à l’usage des jeunes générations » dévoile les secrets de ce penchant à l’occasion de la journée internationale organisée ce dimanche…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Pour l'écrivain Jean Streff,
Pour l'écrivain Jean Streff, — StockSnap / Pixabay
  • Les fétichistes du monde entier pourront célébrer ce dimanche la Journée internationale qui leur est dédiée.
  • Pour le grand public, le fétichisme, c’est un truc d’amateurs de pieds et de petites culottes, mais c’est bien plus que cela, comme l’explique à « 20 Minutes » Jean Streff, auteur du « Traité du fétichisme à l’usage des jeunes générations » (éd. Denoël).
  • Peut-être même que tout le monde a un petit côté fétichiste.

Un sein rebondi, une longue natte, un pied délicat cambré dans un escarpin ou encore une petite culotte déjà portée. Autant d’objets de fascination dont la simple vue peut déclencher l’émoi et le désir sexuel chez un fétichiste. Vous trouvez cela bizarre ? « On peut être fétichiste sans en avoir conscience », répond Jean Streff, auteur du Traité du fétichisme à l’usage des jeunes générations (éd. Denoël) et dont les travaux portent sur les paraphilies, ces préférences et pratiques sexuelles hors norme, à l’instar du BDSM. Mais finalement, qu’est-ce que le fétichisme ? A l’occasion ce dimanche de la Journée internationale du fétichisme, on vous en dévoile les secrets.

Pour beaucoup, le fétichisme, c’est un truc d’amateurs de pieds et de petites culottes. Mais qu’est-ce que c’est réellement ?

Le fétichisme renvoie aux premiers émois sexuels et amoureux de l’enfance. Ces souvenirs sont à l’origine de tout fétichisme. Cela peut-être un homme qui deviendra fétichiste des grosses poitrines en souvenir de sa maîtresse d’école aux formes généreuses par exemple. Je connais un homme qui, enfant, se cachait sous la table lorsque sa mère recevait ses amies pour le thé. Eh bien il est fétichiste des jambes.

Descartes lui-même avait développé une forme de fétichisme. Il avait écrit : « Lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ». Et des années durant, il n’a été attiré que par des femmes qui avaient une coquetterie dans l’œil. Ce qui l’avait ému et séduit enfant chez cette petite fille, il a cherché à le retrouver une fois devenu homme avec des femmes qui avaient un strabisme.

Quel est le spectre du fétichisme ? Toute chose ou toute partie du corps peut-elle être l’objet d’un fétichisme ?

Il peut s’agir de n’importe quelle partie du corps : cheveux, poitrines (grosses ou petites), pieds, mais aussi nombril ou encore doigts de la main. Cela peut même être une déformation corporelle, en atteste le succès à la Belle Epoque des prostituées unijambistes, qui avaient de nombreux clients. On peut aussi développer un fétichisme pour certains petits défauts charmants, comme un zozotement, et n’être ainsi attiré que par des personnes ayant un cheveu sur la langue.

Dans mon livre, je cite aussi le cas d’une femme qui était fétichiste du cristal. Ainsi, pour ses séances de plaisirs en solitaire, elle se masturbait avec des pampilles de lustre en cristal. Il n’y a presque pas de limite au fétichisme, même si je doute que l’on puisse être fétichiste des machines à coudre. Mais rien ne me surprendrait.

Vous parliez du souvenir des premiers émois amoureux. N’y a-t-il pas une certaine dimension romantique dans le fétichisme ?

Si, absolument. C’est pourquoi les arts – littérature, peinture, cinéma — regorgent de références au fétichisme. L’ouvrage Les parias de l’amour raconte une très belle scène d’un homme qui va devenir fétichiste d’une ombre : « Il leva machinalement les yeux vers une fenêtre éclairée et il aperçut l’ombre d’une femme… qui changeait de chemise… Pygmalion était devenu amoureux de sa statue ; lui devint amoureux d’une ombre, et chaque soir, pendant des mois et des mois, il revint la contempler… Jamais il ne chercha à savoir qui était cette femme ; la silhouette lui suffisait, il n’avait pas besoin de la réalité ! »

On voit ainsi que le fétichisme a quelque chose d’irréel, de fantasmatique et d’onirique, ce qui peut lui conférer une certaine dimension romantique. Mais c’est en même temps quelque chose de très précis dans son objet, dans la chose même qui va éveiller le désir.

Finalement, ne sommes-nous pas tous pas un peu fétichistes ?

Bien sûr ! On a tous un côté fétichiste. Préférer les blondes aux brunes est déjà une forme de fétichisme, sans que l’on n’en ait conscience. Aux Etats-Unis, il y a eu une période de folie fétichiste dans les années 1960 avec les films du cinéaste Russ Meyer, qui avait une adoration pour les très grosses poitrines et qui mettait en scène dans ses productions pour adultes des héroïnes très pourvues. Les spectateurs allaient-ils voir ces films en se disant qu’ils étaient fétichistes des grosses poitrines ? Je n’en suis pas sûr, mais le fait est qu’ils se déplaçaient en masse pour voir ça.

Longtemps, le fétichisme a été quelque chose de très masculin. Mais depuis quelques années, de plus en plus de femmes assument développer un penchant fétichiste. Elles aussi peuvent être en émoi face à un slip d’homme. Le fétichisme n’est pas qu’une affaire de petites culottes de dames.