Grand débat dans le Rhône: Entre scepticisme, réserve et devoir, comment les maires se positionnent-ils?

REACTIONS Les élus locaux déplorent un manque de directives mais certains restent persuadés qu’ils peuvent agir…

Caroline Girardon

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Emmanuel Macron est interpellé par de nombreux maires présents dans l'Eure lors du lancement du grand débat national.
Emmanuel Macron est interpellé par de nombreux maires présents dans l'Eure lors du lancement du grand débat national. — PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
  • Les maires du Rhône restent divisés sur le grand débat national.
  • Si certains en reconnaissent l’utilité, d’autres déplorent un manque de directives.
  • Quelques-uns restent persuadés qu’ils peuvent agir.

Des maires peu engagés ? Et encore moins enclins à organiser les débats ? C’est ce qu’a laissé entendre la semaine dernière André Laignel, vice-président de l’association des maires de France au sujet du grand débat national, proposé par le gouvernement afin de mettre fin à la crise des « gilets jaunes ». Dans le Rhône, la réalité est bien plus nuancée.

Renaud Georges, maire de Saint-Germain-au-Mont-d’Or, a été l’un des premiers à s’être saisi du sujet, avant même de recevoir des directives. Il organise mercredi soir une réunion publique, la première d’une série de « débats du territoire » dans l’Ouest lyonnais pour « écouter » et « étudier la nature des sujets » avant d’organiser dans un second temps, des « réunions avec des groupes d’experts ».

« Qui peut imaginer que l’on a le choix aujourd’hui ? »

« Qui peut imaginer que l’on a le choix aujourd’hui ? Je n’avais encore jamais vu de mouvements sociaux auxquels participent des commerçants et des entrepreneurs », argumente-t-il pointant l’urgence de la situation. « Ce mouvement est très particulier. Si on ne s’en rend pas compte, on n’y arrivera pas. Si la seule solution est d’endetter la France à mort, on n’y arrivera pas ».

« Les maires n’ont pas à organiser le débat, répond Renaud Pfeffer, le maire LR de Mornant. Nous n’avons pas à assumer la politique du gouvernement et nous n’allons pas porter une responsabilité qui n’est pas la nôtre. Les préfets seraient plus aptes à le faire en désignant par exemple des animateurs. »

Des réserves sur les garanties

De son côté, Hélène Geoffroy, maire PS de Vaulx-en-Velin, admet également que « les contours » de l’exercice sont « flous ». Une urne et un cahier ont été mis à disposition des habitants en attendant d’en savoir plus. « Les élus participeront », promet celle qui reste « attachée à la démocratie participative » et qui a toujours fortement soutenu Ségolène Royal. « Je ne suis pas maîtresse des décisions qui seront prises in fine mais les maires sont ceux que les habitants rencontrent au quotidien. Nous avons cette proximité-là qui nous permet d’assurer un lien avec le gouvernement et de porter la parole des habitants », argumente-t-elle tout en émettant « une réserve sur les garanties ».

« La question est de savoir ce qui se ferait ensuite de tous ces échanges. Comment seront-ils restitués ? Sous quelle forme ? », s’interroge Hélène Geoffroy. Et de préciser : « L’Etat doit nous expliquer comment ils comptent faire car au final, c’est à nous que les habitants demanderont des comptes ».

Les maires en dernier rempart

Une réserve partagée par Raymond Durand, le maire Nouveau Centre de Chaponnay. « J’espère que cela débouchera sur quelque chose de concret, explique-t-il un brin dubitatif. Lorsque les échanges seront analysés, nous serons à un mois des élections européennes. Les Municipales seront en ligne de mire. Le tout est de ne pas mettre de côté ce qui aura été dit pour se concentrer sur la campagne électorale. »

« Il ne faudrait pas que le débat soit superficiel et vire à la politique spectacle. C’est tout ce que les gens détestent », prévient Renaud Pfeffer. Le grand débat national risque à l’évidence de nourrir des déceptions, voire de tourner au fiasco. Emmanuel Macron excelle dans l’art du show. On l’a vu mardi face aux maires mais il ne dupe plus personne. »

Renaud Georges reste toutefois confiant, persuadé que les élus locaux ont une mission à accomplir. « Les cahiers de doléances ne sont pas un outil de débat. Nous sommes là pour animer la démocratie de proximité. Et les solutions viennent d’en bas. Ce sont les maires qui peuvent les porter », poursuit-il citant l’exemple d’une mutuelle communale et solidaire, instaurée dès 2015 dans le Rhône. Un système qui a permis d’obtenir des tarifs très attractifs. « Si un maire peut agir sur le pouvoir d’achat, la Région peut le faire. Et l’Etat aussi », conclut-il.